Camembert Orange

26/02/2013

Mon enfant, tu viens d’avoir 10 ans. Tu deviens un grand garçon maintenant. Il est temps que tu apprennes une des choses les plus importantes de ma vie. J’en suis fier, c’est vrai. J’ai souvent été déçu mais tu sais, la facilité ne me ressemble pas. Oui mon enfant, mon fils, ma bataille, je vais t’apprendre à aimer un club moyen et ainsi à devenir un supporter du Toulouse Football Club.

Mon petit Erik (tu comprendras un jour pourquoi je t’ai appelé comme ça), je sais que tu vas me poser beaucoup de questions. Pourquoi ? Comment ? Où ? Je vais mettre des mots sur tes doutes, ne t’en fais pas. Mais tu dois d’abord savoir pourquoi je fais partie d’une de ces trop rares personnes en France qui aiment ce club. Tout commença par les histoires que me racontaient tes grands-parents, entre la fabuleuse époque européenne des années 1980, le sex-appeal de Beto Marcico ou bien les déplacements en train jusqu’à Bordeaux, cet ennemi qui se fout de nous comme de son premier slip. Je ne comprenais pas tout mais je sentais une émotion, une passion chez eux. Puis vint la découverte, mon premier match au Stadium. Ce lieu mythique, toujours à moitié vide mais où les saucisses n’ont pas d’équivalent en France (mention toutefois aux galettes saucisses rennaises). Mon premier match a été un inoubliable TFC-Guingamp. Nous avions gagné 3-0 dans un stade en ébullition (non là je te jure, je ne mens pas). Ce fut mon premier émoi. Puis vinrent les premières rencontres : un autographe de Teddy Richert, Samuel Ipoua m’offrant ses équipements, des photos avec Thierry Moreau. J’étais touché, je ne pouvais plus m’en séparer. Le destin l’avait décidé (ce qui plaisait bien à mes parents) : je supporterais le TFC, quoiqu’il arrive.

J’ai connu beaucoup de choses par la suite : les maillots Elpozo ou Ola, Nicolas Dieuze buteur, la descente en National, la remontée en Ligue 1 en 2 ans, ta naissance bien évidemment, la coupe d’Europe, Liverpool, Nicolas Dieuze capitaine, Baup et Battles unis par la même voix, Gignac, les défaites contre les promus, les matchs chiants dans un stade vide, le départ de Nicolas Dieuze, le coaching de Casa ou bien les folles courses de Rivière. Tout ce trésor, je l’ai vécu. Mais ce n’est jamais facile : chaque année, tu y crois, tu espères. Tu regardes fébrilement les rumeurs de mercato, tu te dis qu’enfin Sadran va lâcher quelques pépettes pour renforcer. Bon il l’a fait par le passé mais ça ne nous a jamais réussi (Santos ou Rivière t’expliqueront peut être un jour leur échec). Un changement d’entraîneur te ferait espérer monts et merveilles mais finalement, ne voyant pas les choses bouger, tu te convins que Casa c’est la famille. Son côté survèt’ Kappa te le rend sympathique même si tu es bien souvent en rage contre ses sempiternels changements de la 75ème minute. Mais voilà, j’ai appris progressivement à l’apprécier, ou du moins à ne plus le détester.

Il ne faut cependant pas désespérer de voir le stadium se vider face à la qualité de jeu proposée. Plusieurs futurs s’offrent à toi. C’est vrai, quand tu seras plus grand, et si les choses n’évoluent pas positivement d’ici là, tu feras partie des rares insiders qui suivent le TFC. Ça ne t’aidera toujours pas à draguer les minettes place Saint Pierre qui préfèreront encore les bodybuildés d’Ernest Wallon mais au moins tu pourras parler en connaissance de cause face aux rageux qui critiqueront ton club adoré.

Et puis regarde, Montpellier a bien été champion, l’Atletico est un club populaire en Espagne alors qu’il est le symbole absolu de la lose. Les sens sont décuplés quand tu supportes un club moyen : l’espoir est peut-être le sentiment le plus récurrent chaque année avec quelques pics en été ou à l’automne, la frustration et la joie se croiseront pour parfois laisser un peu de place au dépit ou bien à la grande satisfaction quand tu verras ton équipe finir devant Bordeaux. Tu sauras prendre conscience de l’aspect éphémère de ton bonheur mais tu seras fier, fier de ce maillot dont tu sauras défendre l’audace esthétique face à tes détracteurs préférant les sempiternelles couleurs blanche, rouge ou bleu. Et surtout ne baisse jamais la tête face à tous ces footix qui peuplent notre belle région et qui préfèrent supporter l’OM ou le PSG sans en connaître une once de leur histoire. À l’argument de l’étoile européenne sur leur maillot, tu répondras qu’un jour Toulouse l’aura aussi, quand un magnat du cassoulet aura du temps et de l’argent à perdre.

Pour terminer, sache que si un jour notre club devient un grand club français voire européen (rêvons un peu) et bien tu seras 100 fois plus respecté par les vrais connaisseurs du foot qui eux sauront voir en toi la personne fidèle, qui était là même dans les moments les plus durs de ton club. Sache qu’un peu de ventre mou maintenant deviendra peut-être ton argument de drague pour le futur. Et si tu peux choper grâce à Casanova, ce sera le plus beau jour de ta vie.

Pascal Arroyo


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