1. //
  2. // EA Guingamp

Blas est prêt à enflammer le Roudourou

Après une saison prometteuse à l'En Avant Guingamp où il a signé son premier contrat professionnel, Ludovic Blas, dix-huit ans, a brillé pendant l'Euro U19 remporté par les Bleuets. Inconnu du grand public, ce talentueux gaucher originaire de région parisienne franchit sereinement les étapes du côté des Côtes d'Armor.

Modififié
1k 1
Passements de jambes, vitesse, mobilité, passes lumineuses. En Allemagne, Ludovic Blas a étalé tout son talent en montrant notamment sa capacité à créer des décalages. Positionné sur le flanc droit de l'attaque, aux côtés du Parisien Augustin et du Monégasque Mbappé, le Guingampais s'est peut-être fait un nom au cœur d'un trio offensif très prometteur. « Notre objectif était d'atteindre la demi-finale qualificative pour les prochains Mondiaux. Mais nous savions tous que nous pouvions viser plus haut. C'est que du bonheur. On n'attendait que ça » , affirme-t-il au lendemain du sacre. Décisif, il a inscrit deux buts, le premier en demies, le second en finale. « Je suis ravi, car ce sont deux buts importants. Contre le Portugal en demies (3-1), j'égalise et on revient bien dans le match. Et contre l'Italie en finale (4-0), je marque le but du break. En plus de la tête, ce qui ne m'arrive pas souvent. C'est une très grande fierté de remporter ce titre. On savait que si on gagnait contre les Pays-Bas (5-1), on allait remporter ensuite le tournoi. »

Premiers grigris en région parisienne


C'est pourtant loin de la Bretagne, sur le synthétique du stade du Vieux-Moulin à Rambouillet dans les Yvelines, que tout a commencé. Une école de football de district réputée pour son côté famille, sa nature et son beau jeu. Une enfance tranquille et saine, à une dizaine de kilomètres du célèbre centre technique national de Clairefontaine. Dès ses premiers pas en poussins, Ludovic sort du lot à chaque entraînement. À chaque match. « Au FC Rambouillet, j'ai appris à jongler, à faire tout et n'importe quoi du pied gauche et du pied droit. J'ai toujours été surclassé. Je marquais beaucoup de buts. On gagnait souvent par des 10 ou 11-0 » , confie-t-il. Représentant des éducateurs dans les Yvelines et formateur, Gérard Dacheux se souvient : « C'était un petit bonhomme, un centre de gravité bas, un caractère bien trempé. Il aimait le contact du ballon. Son point fort était le dribble dans les petits espaces dans le couloir gauche en benjamins, ainsi que sa vision du jeu. Il savait où se trouvait le but et surtout voyait vite le positionnement du gardien de but. On lui a fait prendre conscience qu'il fallait accélérer après son dribble. Qu'après son dribble, il y avait soit une passe, un centre ou un tir. » C'est la mutation professionnelle de son papa dans les Hauts-de-Seine qui envoie finalement Ludovic dans le club de Montrouge. Là-bas, il découvre un niveau supérieur et parcourt l'Île-de-France. « J'y ai gagné mes premiers titres, puis j'ai intégré l'équipe des Hauts-de-Seine. J'ai participé aux Inter-District. Puis un jour, les recruteurs de Guingamp se sont manifestés les premiers. »

« Guingamp ? Je ne savais pas où c'était. »


Malgré l'intérêt d'autres clubs, dont Monaco, c'est finalement la petite ville d'irréductibles Gaulois qui accueille la pépite. « Moi, je ne connaissais pas Guingamp. Je ne savais pas où c'était. Quand je suis arrivé là-bas pour la première fois, j'avoue que j'ai eu un peu peur. Même Châtillon, ma ville, c'est plus grand qu'ici, mais on s'y fait. Le plus dur, c'était la première année. Après, on s'habitue. Finalement, je n'aurais pas pu tomber mieux. Il y avait plein de gars de la région parisienne, je connaissais la moitié de l'équipe. Je me suis vite intégré. Plus tu restes longtemps, plus tu progresses et plus tu joues au plus haut niveau. J'ai fait DH, puis U17 et U19 nationaux. » C'est ensuite en CFA 2, lors de sa quatrième année, que ce milieu relayeur explose aux yeux des dirigeants du club. Son potentiel met tout le monde d'accord. « Je l'ai eu une saison avant son intégration chez les pros, assure Coco Michel, le responsable du groupe CFA qui a réalisé toute sa carrière à l'En Avant. Il a eu une progression linéaire. Ce qui nous a séduits, c'est sa qualité technique. C'est un joueur élégant sur le terrain. Avec nous, il a passé un gros cap avec une saison pleine. Devant, il peut évoluer à tous les postes dans n'importe quelle organisation. Il est capable de marquer et de délivrer des passes décisives. Son gros défaut, c'était le repli défensif. Le fait de le repositionner sur un côté lui a permis de compléter son panel tactique. Il voit vite le jeu. Avant de recevoir le ballon, il a toutes les balles possibles dans ses pieds. Il est capable d'enchaîner vite son contrôle avec la passe qu'il veut faire. Et ça, c'est une qualité première chez les pros. » Comme le prouve son match le 17 avril face à Rennes (victoire 3-0). Titulaire, c'est lui qui est à l'origine du corner qui permet à son équipe d'ouvrir le score, après une frappe limpide du pied gauche. Sans la main ferme de Benoît Costil, le ballon aurait conclu sa course en pleine lucarne.

Vista et haricots rouges


C'est en octobre dernier que Ludovic Blas signe un premier contrat professionnel de trois ans. Cinq mois plus tard, le 3 février, il devient le plus jeune buteur de l'histoire du club en inscrivant le quatrième but de la victoire face à Troyes, le soir même de son baptême du feu au Roudourou. « Je ne pouvais pas rêver mieux pour ma première à domicile. J'avais tellement attendu ce moment, moi qui avant regardait les matchs dans la tribune. » Premier but et premier clapping avec les supporters qui scandent son nom. « Les supporters m'aiment bien. Avec Marcus Coco, nous sommes un peu les chouchous. Nous avons fait la formation ensemble. Dans le vestiaire, au milieu des anciens, il y a toujours un peu de pression, alors ça aide d'être ensemble. On est vraiment inséparables. » Une adaptation réussie. Ludovic enchaîne les bonnes prestations et grappille du temps de jeu, à l'instar de ses trente minutes face au PSG le 9 avril (défaite 2-0). « Ils n'étaient pas venus avec l'équipe type, mais nous avons souffert. Cela va beaucoup plus vite, mais c'est comme ça qu'on apprend. » Lucide, il reste conscient que rien n'est acquis. Sa priorité : se renforcer musculairement. « Il faut que je prenne du volume, un peu plus de gabarit, car je suis assez maigre encore. Il faut que je travaille ça après chaque entraînement. » Son ancien coach Jocelyn Gourvennec, désormais aux Girondins, a suivi son évolution de près : « C'est un garçon qui est capable de courir beaucoup. Il apporte de la vista et une touche technique. Mais c'est quelqu'un qui a besoin de rester concentré sur son sujet pour continuer à progresser comme il le fait actuellement. »

Des mots justes, sur lesquels rebondit Coco Michel. L'ex-capitaine emblématique de l'EAG est convaincu que le minot va enchanter le Roudourou dans les prochains mois. « Sa grande qualité technique et son positionnement dans l'espace face aux adversaires sont sa force. Bien sûr, il lui faut encore un temps d'adaptation. Chez les pros, les impacts sont plus forts, tout va plus vite. Mais c'est un joueur qui réfléchit. Dans les efforts, cela fait toute la différence. Il a des paliers à passer. Le prochain est de gagner sa place. On souhaite le garder le plus longtemps possible. Mais il ne restera pas à Guingamp, ça c'est sûr. » La tête sur les épaules, le jeune homme ne semble pas pressé. Il s'apprête à passer prochainement son baccalauréat STMG et parle très rarement aux médias. Conscient des dérives du milieu, son entourage le protège énormément. À Guingamp, il évolue dans un club moins prestigieux que ses compères d'attaque en Bleu. Mais après un but et deux passes décisives en 14 apparitions la saison passée, il pourrait bien disputer le prochain championnat dans la peau d'un titulaire. Son nouvel entraîneur, Antoine Kombouaré, est en tout cas « ravi de récupérer un gamin qui a montré que, dans cette catégorie, il était en place » . Serein, le numéro 21 confirme : « C'est vraiment une belle saison. Après ma première année en Ligue 1, je finis par un titre de champion d'Europe. Je veux vraiment réussir la prochaine avec Guingamp et aller gagner la Coupe du monde 2017 en Corée du Sud. » Cette tranquillité, il l'a doit peut-être à ses parents, et notamment sa mère Patricia, qui lui prépare encore aujourd'hui son péché mignon martiniquais : du riz et des haricots rouges. Du rouge, il veut surtout en porter chaque week-end avec ses coéquipiers, en avant pour maintenir Guingamp parmi l'élite.

Par Florian Dacheux
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Dans cet article

Lui, c'est un vrai bon joueur!
Pourvu qu'on lui dise pas de se concentrer sur ses dribbles et sur ses stats en passes décisives et et en buts...
Pourvu qu'il n'embauche pas un Community manager pour développer son image sur Twitter, Snapchat, Facebook, Instagram...
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
Article suivant
L'ovni Belahmeur
1k 1