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Blaise Matuidi, un fauteuil pour deux

En fin de contrat en juin prochain, Blaise Matuidi devrait, comme Jérémy Ménez, affoler les colonnes rumeurs puisqu’il peut signer, libre, dans le club de son choix. Sauf que le milieu de terrain, coincé par le litige qui oppose son ancien agent officiel (Jean-Pierre Bernès) à son nouveau (Mino Raiola), a le cul entre deux chaises et ne peut rien faire.

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« Pour moi, je peux le confirmer, Thiago Motta et Blaise Matuidi restent au Paris Saint-Germain. Blaise est très heureux au PSG. Et si vous posez la question à Thiago Motta, il va vous dire qu’il veut rester et finir sa carrière au PSG. On discute avec les joueurs et leurs agents. » C’était à Doha et le président Nasser Al-Khelaïfi n’a pas souhaité prendre des raccourcis sur les ondes de RMC pour parler de l’avenir de ses milieux de terrain. Pour Thiago Motta, c’est quasiment fait (prolongation d’une saison, jusqu’en 2016). Pour Blaise Matuidi, c’est un poil plus compliqué puisque le joueur est au cœur d’un litige entre son ancien agent - Jean-Pierre Bernès - et son supposé nouveau - Mino Raiola. Officiellement, Matuidi peut signer dans le club de son choix, sans indemnité de transfert, depuis le 1er janvier. Normal, il est dans la même situation contractuelle que Jérémy Ménez. À savoir que son bail avec le PSG prend fin en juin prochain. Mais comme ses deux agents se font la guerre depuis des mois, tout est au point mort.

En gros, Jean-Pierre Bernès réclame 3,5 millions d’euros au milieu de terrain parisien et 5 millions à son nouvel agent, le sulfureux Mino Raiola qui gère également les affaires de Zlatan Ibrahimović et Maxwell. Bernès, qui est également l’agent de Jérémy Ménez et Laurent Blanc, accuse le joueur de rupture abusive de contrat pour avoir dénoncé en mars 2013 un contrat dont le terme était prévu fin juin 2013 et Raiola d’être « à l’instigation » de cette rupture. Un beau bordel, quoi. Et un petit conflit d’intérêt au cœur de la maison parisienne. C’est presque une histoire d’inceste. Une première comparution a eu lieu en novembre dernier devant le tribunal de grande instance de Paris. Ce dernier s’est déclaré compétent pour juger le litige entre les deux parties. La prochaine audience, technique, aura lieu le 28 janvier. Pendant ce temps-là, Blaise est à poil.

Le PSG attend la fin de la tempête

Et le club également puisque, dans cette histoire, l’entité parisienne se retrouve prise en otage par ce conflit. Pourtant, il se murmure que les dirigeants parisiens auraient déjà acté la prolongation de contrat du numéro 14. On parle d’une prolongation de 4 ans (jusqu’en 2018) avec une énorme revalorisation salariale à la clé pour un joueur qui émarge déjà à 240 000 euros par mois. Pour communiquer, le club attend la fin du conflit qui, lui, s’éternise. Le PSG ne semble pas vraiment inquiet, sa puissance financière lui assure un coup d'avance avant la fuite de son cerveau. Surtout que le joueur souhaite rester. Pour autant, il faut signer le contrat. D'ailleurs, si le conflit devait s'éterniser devant les tribunaux au-delà du 30 juin, quid du contrat du joueur ? Une situation unique qui donne matière à s’interroger sur l’identité réelle de la personne qui gère finalement les affaires du joueur. Pour Jennifer Mendelewitsch, agent de joueur, « il faut en premier lieu savoir avec quel agent Matuidi a signé un mandat même si, en règle générale, Mino Raiola ne fait jamais signer de mandat. L’agent officiellement mandaté est celui qui parle au nom du joueur. Lui et pas un autre.  » Vu que Mino aime travailler autrement, il existe des chemins détournés pour rapatrier un joueur dans un club ou lui faire signer une extension de son contrat. Et ces chemins, Mino les connaît par cœur. C’est lui qui a balisé la moitié du chemin tel un garde forrestier du business. « Raiola peut très bien se faire mandater par un club pour le faire signer. Ce genre de pratique est limité dans le temps, le mandat ne dure pas plus de 30 jours. Au final, le résultat est le même, c’est juste que Mino a bossé pour le club et non le joueur » , poursuit la jeune femme.


Généralement, les contrats entre un joueur et un agent durent deux ans, mais ils peuvent être rompus de manière unilatérale. En l’espèce, c’est ce qui est arrivé à Bernès. Et c’est là où le bat blesse. Car il faut quand même un minimum argumenter avant de rompre. Comme dans un couple. Mendelewitsch toujours : « Il faut justifier et démontrer la faute de l’agent pour rompre le lien contractuel. C’est de la bonne foi, pas besoin d’un fait avéré. Ça peut être tout et n’importe quoi, poursuit-elle. Cela dit, si Bernès se porte devant la justice, c’est qu’il doit avoir des billes. Il faut savoir qu’une relation entre un joueur et son agent marche essentiellement à l’affect. Bien entendu, un agent a énormément de pouvoir, car c’est lui qui gère tout. Le seul interlocuteur avec les clubs, c’est lui. Un agent peut facilement faire écran entre les clubs et son joueur. Globalement, le joueur est au courant uniquement de ce que son agent veut bien lui dire. Tout se fait systématiquement à l’oral. Si tu veux orienter la carrière d’un joueur, c’est très facile. C’est pour ça que la confiance est primordiale. » Pourtant, Blaise Matuidi n’en est pas à son coup d’essai. Le joueur avait déjà quitté son agent précédent de la même manière lorsqu’il avait rejoint Jean-Pierre Bernès. Et comme aimait le dire George Bush : Fool me once, shame on you ; fool me twice, shame on me.

par Mathieu Faure
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