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Blaise Matuidi, M. Patate

Et si Blaise Matuidi n'était pas milieu défensif ? Patate de forain, grinta sud-américaine et équilibre paradoxal, entre approximation visuelle et justesse finale. Flashback d'une vingtaine d'années pour comprendre d'où vient cet instinct de tueur.

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Quartier de la Cépière, Toulouse. Le petit Blaise n'a pas encore cinq ans, mais il joue déjà au ballon avec ses copains et ses frères, juste en bas de sa barre d'immeuble. Plus la force de courir, c'est l'heure des tirs au but. Son ami d'enfance, Pascal, fait des tours de vélo autour de la cage. Mauvaise idée. Le gaucher tire de toutes ses forces… Boum ! En plein dans la roue. Pascal bascule, tombe et s'éclate la cheville. Faria, le père de Blaise, locataire de l'appartement du sixième étage porte de droite, prévient un peu tard : « Pour un enfant de cet âge, je peux vous dire qu'il avait déjà une bonne frappe de balle. Si mes souvenirs sont bons, je crois qu'il s'est cassé la cheville. » Si personne ne sait ce qu'est devenu la victime, Blaise, lui, fait toujours parler la poudre. Dernière victime en date : Predrag Rajković, le gardien international serbe, qui ne pouvait pas deviner qu'il avait affaire à un marathonien armé d'un bazooka.

Hyperactivité et câlins à la chenille


La ville est rose, mais la famille Matuidi n'y fait pas long feu. Très vite, pour des raisons professionnelles, Faria emmène sa colonie en région parisienne. À Fontenay, où petit Blaise fait ses premiers pas en club, c'est Juan Ruiz, son entraîneur de l'époque, qui le catapulte en pointe : « C'était le plus fort, il n'y avait que lui qui pouvait marquer des buts. Et puis, il avait déjà une bonne patate ! Le physique et le corps toujours bien équilibré et une très bonne conduite de balle. » , explique le bonhomme. Une preuve en image que Blaise n'a pas toujours donné cette impression de démarcheur incertain sur le pré vert : « J'ai un souvenir précis de lui, c'était à un tournoi en poussin à Fontenay. En finale, on rencontre le PSG et on gagne 3-0. Trois buts de Blaise. Son deuxième est monstrueux, en pleine lucarne, une grosse frappe de seize mètres. » À en juger par le ton et les souvenirs énoncés par Juan, c'était rarissime pour un gamin de son âge : « Ils étaient tous super heureux. Ils ont même fait la chenille en fin de match. »



À côté de ça, le garçon est poli, « aimant respecter l'ordre établi » selon son père, mais aussi pour son coach : « Dès qu'on lui disait quelque chose, il l'appliquait à la lettre. C'est agréable. Mais dès qu'il perdait, c'étaient les larmes. » Blaise le philanthrope est aussi attaché à se faire aimer du plus grand nombre : « Toujours très souriant, aimable, et aussi un peu câlin. Tactile. Toujours prêt à sauter dans les bras des autres quand il marquait, à féliciter ses adversaires, à serrer des mains. » Fan de rap, « gros joueur de Nintendo et aujourd'hui de jeux de foot en tout genre sur Playstation  » , il passe son temps libre à bouquiner « des romans et des BD » et profite déjà de son fameux troisième poumon : « Il n'était jamais fatigué. Jamais. Courir, courir, courir. Ballon, ballon, ballon.  » Son père confirme : « On ne cessait de lui répéter toujours de remonter à la maison, mais lui, il voulait toujours jouer... » Non, on ne devient pas coureur de fond du jour au lendemain.

« Je l'ai vu marquer un lob de 80 mètres »


Les années passent, mais Blaise ne change pas. Enfin si, mais « sur la forme » , comme on dit : changement de club, palette technique plus élargie… Laurent Piombo, éducateur au CO Vincennes, parle d'un véritable coup de foudre footballistique pour le petit Matuidi : « C'était en 1999, à la pentecôte. Comme toutes les années au club, il y avait un tournoi et je préparais mon équipe pour la saison qui suivait. J'ai tout de suite été séduit par le bambin. J'ai tout de suite vu qu'il avait quelque chose de particulier. Aujourd'hui je suis heureux de le voir là où il est, mais surtout de le voir évoluer à son vrai poste. » Son mentor à Vincennes est à l'époque persuadé qu'il n'est pas attaquant, mais qu'il doit jouer très haut sur le terrain : « Par exemple : je l'ai vu en Coupe de Paris marquer un but de 80 mètres. Un lob exceptionnel. Certes, il a du déchet, mais quand on le voit marquer des buts comme ça, on ne peut que se dire qu'il est fait pour jouer à un poste offensif. »


Mieux positionné sur le terrain - au goût de Piombo - et c'est le début de la gloire. Il le prend sous son aile et l'inscrit à Clairefontaine : « Après l'avoir surclassé en benjamin, j'ai rencontré très tôt ses parents pour leur dire qu'il avait beaucoup de qualités. À la fin de l'année, ça a été banco ! Dans l'équipe, trois joueurs dans l'INF, dont Jérémy Taravel, Kevin Parienté et donc Blaise.  » Pendant ces trois années d'études à Clairefontaine, les deux hommes se retrouvent en club à Créteil : « On a notamment été champions de Paris et on a été en finale de Coupe de Paris aussi. » La belle vie pour Blaise.

Niaque, CV et 105 km/h


Mais en sortant de Clairefontaine, le voilà dans la panade. L'adolescent doit faire parler dans la vie cette niaque qu'il emploie sur les terrains. La faute à Ben Arfa. Son papa raconte : « À sa sortie de Clairefontaine, on ne lui trouvait pas de club. Je l'ai amené à Lyon, il est arrivé là-bas, et on lui a dit qu'il devait être plus fort qu'Hatem, surclassé à l'époque. Blaise était censé le remplacer. C'était mal parti et ça n'a pas marché. C'était une période de flottement. Mais lui n'a pas baissé les bras. Il a commencé à se motiver, à écrire des CV… Et puis Troyes l'a appelé. Et il a rassemblé d'autres enfants de Clairefontaine et il leur a dit de rejoindre Troyes. Et avec cinq ou six personnes, il est monté là-bas. Pour un enfant, je me suis dit : "Il est motivé quand même !" » Un choix payant. Puis la suite : milieu défensif, récupérateur, Saint-Étienne, Paris (son club de cœur), les Bleus et enfin cette patate de forain contre la Serbie. Bon sang, 105 km/h… Un chiffre terrible. Et ce n'est pas Pascal, le copain d'enfance, qui dira le contraire.

Par Ugo Bocchi et Théo Denmat
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