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Bixente Lizarazu : « J’ai toujours aimé le jeu »

Quand on l’interroge à l'occasion de la sortie du numéro 150 de So Foot, dédié à l'amour du football, Bixente Lizarazu n’a qu’un mot à la bouche : le jeu, qui ne le lâche plus depuis ses premières années et les terrains vagues d’Hendaye...

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Quand est-ce que vous avez rencontré le football ?
Dans la cour d’école et dans les tournois inter-quartiers, chez moi, à Hendaye. Enfant, j’habitais le quartier de la gare, et on jouait souvent contre les autres quartiers de la ville, le quartier de la plage, sur des terrains vagues en terre... Les tournois étaient organisés par la paroisse. À sept ans, je m’inscris en club, aux Églantins d’Hendaye. Je sens que j’adore ce jeu et que je me débrouille bien, mais ça ne va pas plus loin. En revanche, après l’école, oui, j'étais toujours avec un ballon. Ce qui est fabuleux avec le football, finalement, c’est qu’il suffit d’un ballon. C’est le jeu le plus facile à pratiquer, que tu sois dix, deux, ou bien même tout seul. Mon père a un atelier de menuiserie charpente et je m’entraînais à frapper contre la porte du garage pendant des heures, seul, face à un mur. Je faisais des frappes de balle suivies de contrôles. Je faisais mes gammes. Ensuite, je me faisais des circuits de dribble avec des plots tout seul sur le parking... Dans ma famille, on voit ça d’un œil normal parce qu’on fait tous beaucoup de sport. On pratique le foot, le surf, la pelote basque, le tennis, la plongée, la voile. Moi, à côté, je jouais à la pelote et au tennis, j'étais classé 30 à dix ans.


Du coup, pourquoi le football finit-il par l’emporter ?
À l’âge de treize ans, alors que je fais partie des meilleurs joueurs d’Aquitaine au tennis, un recruteur des Girondins de Bordeaux vient à la maison demander à mes parents que je signe au centre de formation des Girondins. Le choix se fait vite, c’est mon premier grand voyage. Bordeaux, ce n’est pas loin, mais c’est loin, en fait. Il n’y avait pas l’autoroute encore, il fallait donc faire trois heures de route. J’étais à l’internat de Mérignac. Je me retrouve loin de la maison, du cocon familial, c’est une aventure. Jusqu’à treize, quatorze ans, j’ai une progression fulgurante, je m’amuse, je suis le pitchoun de l’équipe, tout le monde m’aime bien. Je suis sélectionné en équipe Pyrénées-Atlantique, puis Aquitaine, je fais partie des meilleurs. Puis, en cadet, j’ai plus de mal, je joue moins. Un jour, l’entraîneur dit à mes parents en ma présence que je n’ai pas les qualités pour devenir professionnel. Je suis touché, mais je me révolte, en silence. Je suis patient, et le déclic vient plus tard, finalement, lors de l’année de junior. Dans cette catégorie d’âge, les plus mauvais jouent en junior, les moins mauvais en division honneur, les un peu meilleurs en troisième division, et les meilleurs chez les pros. En une saison, j’ai démarré avec les juniors et j’ai fini avec les pros. Physiquement, j’ai passé un cap sous les ordres de Pierrot Labat et Ante Mladinić. Cet entraîneur en cadet s’était précipité, je ne lui en ai pas voulu, mais c’est une scène que j’ai gardé en mémoire, qui m’a servi de moteur à certains moments.

« J’ai toujours détesté les à-côtés d'un match : les mises au vert, les siestes, les réveils musculaires, les cafés, les discussions, se parler, se rassurer, blabla, c’était interminable. »

Vous n’avez ensuite plus jamais été remplaçant de toute votre carrière...
C’est vrai, et les rares fois où ça m’est arrivé, ça m’a toujours mis dans des états pas possibles. J’ai toujours eu l'impression d'être inutile, de ne servir à rien, d’être privé de mon kiff. J’aime le jeu et jouer, en fait. Heureusement que je n'ai jamais été remplaçant durablement. J’ai toujours été titulaire, que ce soit en équipe de France ou dans les clubs où j’ai joué. Un autre truc que j’ai toujours détesté, c’est les à-côtés d'un match : les mises au vert, les siestes, les réveils musculaires, les cafés, les discussions, se parler, se rassurer, blabla, c’était interminable. En Allemagne, on jouait toujours à 15h30, c'était parfait. Quand le match est à 21h, tu te fais chier grave ! En revanche, l’entraînement, j'ai adoré ça pendant toute ma carrière. Quand j'arrive au Bayern en 1997, le football allemand est encore sauvage. La tactique, c'est : « on est dix contre dix et si t'es plus fort dans les duels, tu gagnes » . Alors, à l'entraînement, on se met des brins, on se met bien, c'était bon. J’adorais ça.


Aujourd’hui, comment regardez-vous l'évolution du football ?
Le football a beaucoup changé. Sur le plan financier, je me dis que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel et qu’on aura l’équivalent d’un crack boursier. Il y a actuellement une bulle spéculative entretenue par deux pays du Golfe - le Qatar et les Émirats arabes unis - et les droits télé anglais. Ça ne peut pas durer éternellement... Sur le plan médiatique, les personnalités du foot s’aseptisent, les joueurs ne font que de la communication, ils sont craintifs de la presse et des réseaux sociaux. Les communicants avec qui ils travaillent ne font que de l’emballé, et on ne sait plus qui on a en face, on ne peut plus s’attacher... Et en même temps, il y a une surenchère des médias dans la polémique qui rend l’ambiance tendue. On est dans un joli bordel. À la fin, est-ce qu’on s’attache plus aux footballeurs aujourd’hui qu’hier ? Je ne pense pas.

« Je suis arrivé à une saturation du football de possession. C’était long à la finition. C’est comme l’amour sans le sexe. »

Et sur le plan de jeu ?
En ce moment, j’aime beaucoup le Real Madrid de Zizou, c’est un fin mélange d’esthétisme et de pragmatisme, c’est le football qui gagne aujourd’hui. Je ne fais pas partie des ayatollahs de l’esthétisme, je pense qu’une belle équipe, c’est une équipe qui joue avec ses moyens. Un bon entraîneur, c'est celui qui exploite les qualités de ses joueurs. Parfois, tu as simplement à ta disposition une équipe pour jouer un football défensif avec des contres. J’aime bien l’idée qu'avec une bonne organisation, tu arrives à contrer une addition de talents. Je trouve que c’est une belle leçon. C’est la vie. C’est la chance de celui qui a moins au départ. Tu as celui qui est beau, talentueux et tu as l’autre, qui, par son travail, par sa force mentale, va progresser et va devenir aussi bon ou meilleur.

Le football n’est pas une obligation esthétique. Je suis arrivé à une saturation du football de possession. C’était long à la finition. C’est comme l’amour sans le sexe. Quand il se transforme en passe à dix, le football me fait chier. Ces échanges de passe, ce jeu en triangle, quand tu n’as pas la transition dans les trente derniers mètres avec une frappe, un centre, quelque chose, c’est chiant. J’aime un football plus direct. J’ai beaucoup aimé le Bayern de Jupp Heynckes en 2013. Pendant l’Euro, j’ai bien aimé l’Italie. Les mecs semblaient habités. Leur force était décuplée, c’est ça le football. C’est un entraîneur qui fédère, qui monte une armée et les mecs ensemble deviennent infranchissables. En 1998, on faisait aussi des matchs très intenses. On dit souvent qu’en 2000, on jouait mieux, mais en matière de force collective, je vous assure que c’était plus fort en 1998. On avait la sensation d’être infranchissable. C’était jouissif.



Propos recueillis par Antoine Mestres
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