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Big Wes, le poids lourd devenu patron

Carcasse de rugbyman, cuisses opulentes et autorité naturelle, Wes Morgan ne passe pas inaperçu au sein de la Premier League. Capitaine et leader de Leicester depuis 2012, le défenseur jamaïcain est l’un des hommes de l’ombre d’une équipe étonnante. Un pilier incontournable qui a découvert l’élite sur le tard et pas mal galéré avant.

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Derrière chaque belle histoire, il y a des hommes. Des parcours de vie qui s’entremêlent. À Leicester, la liste des héros singuliers n’en finit plus de s’allonger. Après Jamie Vardy, Riyad Mahrez et N’Golo Kanté qui ont écumé les divisions inférieures avant de mettre à genou le pays de Sa Majesté, c’est au tour d’un autre pilier des Foxes d’attirer la lumière sur lui. Capitaine d’une formation qui s’est érigée comme trouble-fête dans les hauteurs d’un classement de Premier League d’habitude si figé, Wes Morgan porte tout l’édifice en défense. Le succès presque insensé que connaît aujourd’hui Leicester, c’est aussi une réussite personnelle pour lui.

« C’est comme un manège, vous ne voulez pas que tout cela s’arrête, confiait-il, éminemment fier, fin décembre. C’est un sentiment incroyable. Je ne peux pas croire que nous sommes là où nous sommes actuellement. Mais sur ce qu’on a montré, on mérite notre place. Des gens disent "cela ne va pas durer" quand on parle de nous comme des prétendants au titre. En interne, on essaie toutefois de garder les pieds sur terre. » Le défenseur, lui, n’a aucun mal à garder la tête froide. Parce que jamais, même dans ses rêves les plus fous, il ne se serait imaginé squatter le toit du Royaume.

Surpoids et études de commerce à l’université


Pour comprendre le sentiment de béatitude qui habite Westley Nathan « Wes » Morgan, il convient de conter les prémices de son parcours. S’il s’est très tôt découvert une passion pour le ballon rond, cet enfant de Meadows, l’un des quartiers les plus pauvres de Nottingham, aurait pu emprunter un tout autre itinéraire. Et connaître des ambiances britanniques bien plus feutrées qu’actuellement. Tout jeune, il n’est pas gardé à Notts County et rejoint Dunkirk en Central Midland League, modeste championnat régional. À l’époque, le football professionnel ne semble qu’un doux rêve inaccessible, d’autant que Morgan entreprend en parallèle des études de commerce à l’université parce qu'il « savait qu’il y avait pas mal d’argent » à se faire et qu’il « n’était pas trop mal en maths » . Ce n’est que grâce à un entraîneur à l’université, Chris Dowling, que sa trajectoire bascule. Proposé à Nottingham Forest, il réussit l’essai d’un mois et se voit offrir un contrat de courte durée. Avec une condition claire : le bonhomme, âgé de dix-sept piges, doit impérativement perdre du poids. « Disons les choses, j’étais un grand enfant. Ils avaient dû percevoir quelque chose en moi, mais ils savaient que j’étais loin de la condition physique requise » , se souvenait récemment le défenseur qui va hériter du sobriquet « Big Wes » .


Alors, avant de pouvoir arpenter les prés, Morgan regarde les autres en courant inlassablement, vêtu de couches de vêtements supplémentaires afin de diminuer sa masse graisseuse. « Les premiers mois où on le voyait au club, il ne faisait que courir » , explique Mathieu Louis-Jean, son coéquipier durant trois ans chez les Tricky Trees. « Il avait un physique hors norme. Pendant que les autres s’entraînaient, lui était toujours en train de faire des tours de terrain au stade. Ça montrait aussi sa force de caractère d’accepter de faire ça tous les jours. » Il faudra du temps avant qu’il n’obtienne une condition physique optimale. À ses premiers pas en équipe première, il s’est par exemple retrouvé à plusieurs reprises largué et perdu lors des footings de pré-saison organisés dans les bois. Mais, à force de travail, Wes se professionnalise. Et finit par tout casser sur son passage à partir de la cuvée 2004-2005, de la League One au Championship. Titulaire incontournable et très rarement blessé, l’homme qui affiche 1m88 sous la toise et 93kg sur la balance impressionne. « Il est dur sur l’homme, archipuissant, archisolide et pas lent. Car les gens croient qu’il l’est à cause de son physique, mais ce n’est pas le cas, étaye Guy Moussi, milieu de terrain qui a côtoyé le phénomène quatre saisons à Nottingham. Je me rappelle d’un moment où j’allais faire une protection de balle face à lui. Je pensais avoir l’avantage, car il était un peu déséquilibré. Mais non, impossible de le bousculer. C’est une force de la nature. »

Homme de base de Ranieri


Fort d’une excellente fin d’exercice 2011-2012 en Championship malgré le classement de Nottingham (19e), « Big Wes » tape dans l’œil de Nigel Pearson, alors manager de Leicester en Championship. Sous la tunique des Foxes, l’intégration se révèle immédiate. Nommé d’entrée capitaine de l’équipe, il devient le patron attitré de la défense et est l’un des grands acteurs de la montée du club dans l’élite en 2014. Preuve que son évolution n’est pas passée inaperçue, celui qui a choisi de représenter la Jamaïque depuis 2013 (ses grands-parents en sont originaires) a été sélectionné dans l’équipe type de la décennie par la Football League (organisme regroupant le Championship, la League One et la League Two). « Il est l’un des joueurs sur lesquels on veut s’appuyer pour construire l’équipe, expliquait il y a trois ans Pearson au micro de la BBC. C’est un excellent défenseur qui est performant depuis son arrivée, alors que l’équipe était moyenne au début. Il est très populaire auprès des joueurs, et sa contribution est appréciée à tous les niveaux. » Si Morgan s’élevait en seconde division comme l’une des valeurs sûres du championnat, l’apprentissage a été beaucoup plus difficile en Premier League. Au cours d’une saison 2014-2015 où Leicester a flirté et échappé sur le fil à la relégation, l’imposant défenseur avait quelque peu perdu de sa superbe. À cause notamment d’une adaptation difficile, d’erreurs répétées et d’une malchance malvenue.


Une scoumoune symbolisée aux yeux de l’Angleterre un soir de janvier où, contre Liverpool (2-2), il concède un penalty injuste alors qu’il avait reçu le cuir en pleine tête après un tacle glissé. Mais, cette saison, les malheurs semblent s’être évaporés. Avec Robert Huth, un autre bougre à l’envergure certaine (1m91, 88kg), il forme une charnière centrale davantage réputée pour son âpreté dans les duels et ses coups de casque que pour son anticipation et ses relances (8e meilleure défense outre-Manche). Claudio Ranieri, arrivé sur le banc cet été à la place de Pearson, a d’ailleurs récemment avoué, à demi-mots, être agréablement surpris par le joueur de trente et un ans : « Je suis énormément surpris de mon capitaine, car j’ai regardé six, sept ou huit matchs la saison dernière. C’est une chose de regarder à la télévision, c’en est une autre de le voir à l’entraînement et en match. Il est fort, grand, imposant, rapide. Incroyable. C’est un bon défenseur central, l’un des tout meilleurs selon moi en Premier League. » Des mots forts et sincères qui soulignent un peu plus la reconnaissance dont jouit désormais celui qui est un leader et un relais du technicien transalpin dans le vestiaire. « Nous avons tous lutté dans notre parcours pour arriver là où nous en sommes » , s’efforçait-il de rappeler, il y a peu, encore une fois au moment de qualifier l’aventure atypique des Foxes. Toujours dans la course au titre, Leicester continue donc de nourrir son ébouriffante épopée en défiant toute logique. « Big Wes » aussi.

Par Romain Duchâteau Propos de Mathieu Louis-Jean et Guy Moussi recueillis par RD, ceux de Wes Morgan extraits de l’Independent

Dans cet article

Très bon article, c'est vraiment cool d'avoir des articles de fond sur des joueurs qui travaillent dans l'ombre. ça fait quelques temps que je suis Leicester (j'aime beaucoup Mahrez) et je le trouve très efficace comme défenseur.
Merci So Foot ! (même si je suis le seul à commenter n'arrêtez pas s'il vous plait !)

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