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Bienvenue dans l'empire Pozzo

Ce samedi soir, Watford reçoit le West Ham de Payet. Dimanche, Grenade défie l'Espanyol à El Prat, quand Udinese affronte la sensation Sassuolo. Watford, Grenade, Udinese, trois clubs qui ont la particularité d'appartenir à une même famille, patronyme Pozzo.

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L'abdication de Romulus Augustule en 476 peut avoir, symboliquement, marqué la fin de l'Empire romain d'Occident, les fils de Rome n'en ont pas pour autant remisé leurs volontés d'expansion. Ainsi sa majesté Silvio Berlusconi continuant, avec Fininvest, Mediaset ou le Milan AC, de régner sur un monde immense et éclectique. Giampaolo Pozzo vient, lui, de la petite ville d'Udine, au nord de la Botte. Et il a fait de la capitale du Frioul le centre névralgique d'un empire s'étendant du Nord-Ouest de Londres au Sud de l'Espagne. Udinese Calcio, Watford FC, Granada CF, trois piliers discrets, mais solides d'une stratégie jeune et ambitieuse. Pour être un jour prince de l'Europe ?

Tu quoque mi fili


Enfant d'Udine, Giampaolo Pozzo a mal à son cœur d'homme de 44 ans en voyant l'Udinese Calcio relégué en Serie B à la suite d'une affaire de paris truqués en 1985. Alors, un an plus tard, il décide de reprendre le club tout juste remonté en Serie A. S'il ne peut dans un premier temps empêcher le club de faire l'ascenseur (neuf points de pénalité en début de championnat), Giampaolo restructure et injecte l'argent nécessaire aux succès du club. Résultat, près de 30 ans plus tard, Udinese pèse 12 qualifications européennes, affiche 140 millions d'euros de bénéfices, reçoit dans son stade fraîchement rénové et décoré de 4 étoiles UEFA. Une réussite qui doit beaucoup à un homme, Gino Pozzo, le fils du père. Une figure très éloignée de celle de Brutus, le conjuré.

Pozzo junior entre au club en 1993. Il introduit avec lui deux des axes principaux qui vont rapidement devenir une marque de fabrique : le scouting et l'internationalisation. Andrea Carnevale est ancien joueur du Napoli et actuel boss du scouting à l'Udinese. Son motto est simple mais efficace : « On doit arriver avant tout le monde ! » Pour cela, rien de mieux qu'être sur place : cinq scouts en Colombie et au Brésil, trois au Ghana, deux au Nigeria ou quatre en Suisse, entre autres. En tout, le budget du département détection se monte à 13 millions d'euros. De la thune, mais une approche plus Fabio Lucci que Nino Cerrutti : « Chelsea, Manchester, Inter, Arsenal et les équipes portugaises sont partout. Ils cherchent le produit sûr à 100%. Nous, on se contente du 50%, de le faire venir à Udine et de le faire devenir un bon joueur en deux ans. » Une stratégie qui a pu révéler Asamoah Gyan, Juan Guillermo Cuadrado, Gökhan Inler ou Alexis Sánchez, acheté deux millions d'euros à 18 ans.

L'Angleterre, salle des machines de l'Italie


Une fois signés, les joueurs sont ensuite prêtés, un leitmotiv de la méthode Pozzo. Si, comme le rappelle Gino, « le cœur de l'activité reste toujours à Udine » , il convient souvent de dégraisser le surplus de pépites potentielles. Ainsi, lors de la saison 2013-2014, Udinese ne comptait pas moins de 60 joueurs sous contrat. Et Grenade ou Watford d'entrer en jeu. En 2009, le club andalou se traîne en Segunda B (D3) avec une dette de 12 millions d'euros. Le savoir-faire Pozzo entraîne une double promotion en deux ans pour des Nazaries qui retrouvent la Liga 35 ans après l'avoir quittée. Watford est acheté en 2012, évoluant alors en Championship (D2) depuis 2007. La promotion se fait attendre un tout petit peu plus, validée lors de la saison 2014-2015. Si les deux clubs ne sauraient, à parler juridiquement, être considérés comme des filiales, la réalité les place bien dans cette position vis-à-vis de l'Udinese Calcio. Un destin que pourrait connaître le Rapid Bucarest, dont le rachat a été évoqué par la Gazzetta dello Sport.

En attendant, le président exécutif de l'Udinese, Franco Soldati, ne cache pas les rouages de son fonctionnement : « Watford sera notre salle des machines pour créer une équipe qui nous emmènera en Europe. Les meilleurs jeunes, au potentiel mondial, iront en Angleterre, où ils gagneront une expérience qui portera ses fruits dans le Frioul. » Un cheminement qui peut faire un détour plus au sud, du côté de l'Espagne. À Grenade, lors de la promotion, 13 joueurs de l'effectif étaient prêtés par l'Udinese. Les cas Ighalo et Layún sont les plus révélateurs de la gestion Pozzo. Le premier, propriété de l'Udinese, a été un pilier pour la promotion de Grenade pour ensuite se convertir en héros du club d'Elton John avec 20 buts la saison dernière, en Championship. Quant au Mexicain, engagé par Grenade en décembre 2014, il a immédiatement été prêté à Watford et évolue depuis le 1er septembre dans un autre club connu pour ses talents de formateur, Porto. Toujours prêté, évidemment.

189 millions d'euros de joueurs


Au total, la valeur des joueurs appartenant à l'empire Pozzo est estimée à quelque 189 millions d'euros. Et les joueurs italiens, plutôt réputés casaniers, d'aller essaimer dans les clubs-satellites. Désormais, au pied de l'Alhambra, il est possible d'admirer Biraghi, ex-Inter, à l'œuvre, aux côtés de Piccoli, toujours propriété de l'Udinese. Sans oublier les moins italiens, mais bien passés par le Frioul : Lopez, Dimitrievski ou Jaadi. À Watford, le terrain prend des accents italiens avec les arrivées de Britos du Napoli, de Holebas de la Roma, d'Ibarbo de Cagliari et d'Alino de Prato Diamanti, alors que le coaching a été du ressort de Magic Box Zola, puis de Beppe Sannino entre 2012 et 2014. Une stratégie d'infiltration pour un jour dominer l'Europe ? Quoi qu'il en soit, les cortex Pozzo ne manquent pas d'idées.

Par Josselin Juncker et Eric Carpentier Propos d'Andrea Carnevale tirés d'El Pais et du Guardian, propos de Gino Pozzo tirés de la Gazzetta dello Sport, propos de Franco Soldati tirés du Guardian.
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Milan_forza18 Niveau : CFA
Un savoir faire incroyable
Mais si ils se retrouvent en coupe d'Europe il se passe quoi?
Note : 3
On en est encore au stade où beaucoup de questions restent en suspens quant aux objectifs réels de la stratégie Pozzo qui est extrêmement risquée vis-à-vis des supporters des 3 clubs.
Il ne s'agirait pas de laisser penser à Grenade et à Watford que les clubs ne sont que des satellites uniquement destinés soit à évacuer le trop-plein de joueurs sous contrat, soit à former des jeunes au bénéfice unique de l'Udinese. La communication de Pozzo père le laisse pourtant penser.
A l'inverse, difficile de faire passer la pilule à Udine si par malheur le club se retrouve en difficulté en Serie A alors que les cousins anglais et espagnols se portent bien.
Bref, Pozzo a intérêt à ce que ça tourne bien ou son "empire" peut lui exploser à la gueule.
Note : 4
maintenant que Watford est en PL, c'est eux la vitrine, c'est clair et net !

Pozzo mérite toutes les éloges pour ce qu'il a réussi à bâtir et pour la restructuration du stadio Friuli. Sans parler du centre d'entrainement ultra moderne. Sans lui, l'Udinese aurait continué à faire l'ascenseur dans le meilleur des cas.

Pourtant, la fracture n'a jamais semblé aussi grande entre les tifosi frioulans et la famille Pozzo. Leur business a certes permis au club de grandir et se stabiliser comme jamais dans son histoire en Série A, mais selon moi ils ont fait l'erreur de le pousser jusqu'à son paroxysme. Les décisions prises sont très impopulaires (non confiance en Scuffet, départ de Pinzi le dernier jour du mercato) et les gens ne se reconnaissent plus dans cette équipe.

Sportivement ils sont sur le déclin. 13e en 2014, 16e la saison dernière, et bien partis pour lutter pour le maintien cette année. La faute à une politique qui n'a plus rien de sportive, où l'entraineur n'a pas son mot à dire sur la composition de l'effectif, où on se retrouve avec 4 latéraux gauches mais sans vrai regista...sans parlé de l'après Di Natale qui n'a toujours pas été anticipé.

c'est devenu ni plus ni moins qu'un grand supermarché du football. Le nouveau Stadio Friuli aurait du être l'apogée de l'ère Pozzo, mais cette impopularité grandissante fait que le nombre d'abonnés n'a pas significativement augmenté malgré la splendeur de l'ouvrage...ce qui en soit est un échec. Cet écrin aurait du servir non seulement à fidéliser les tifosi historiques, mais aussi attirer un nouveau public. Des autrichiens, des slovènes, qui ont peu de football de haut niveau à se mettre sous la dent. D'éviter aussi que de jeunes frioulans ne vendent leur âme au diable et aillent supporter la Juve, le Milan ou l'Inter.

Quand au travail de la cellule de recrutement et des scouts, il a quand même perdu de sa superbe, la plupart des joueurs achetés finissent en prêt en série B et ne percent jamais réellement, et ce depuis quelques saisons.

Pour ce qui est de Watford, le projet est parti sur de bonnes bases, la montée s'est faite attendre mais le choix de Quique Flores comme manager ainsi que le recrutement me paraissent cohérents, mis à part quelques recrues inutiles (Britos, Jurado, Ibarbo) qui font que l'effectif actuel est surchargé. Ils me semblent partis pour aller chercher un maintien confortable, à confirmer.

Grenade par contre va descendre en Adelante selon moi. leur effectif a trop de faiblesses et ça fait déjà plusieurs saisons qu'ils se sauvent par miracle. Je pense que cette année le couperet va tomber. Si cela arrive je pense qu'ils garderont quand même le club, car entre l'équipe première et l'équipe B ça permet de placer 50 joueurs de leur galaxie là-bas.

Par contre j'espère que cette histoire avec le Rapid Bucarest ne se confirmera pas. On est déjà à la limite du raisonnable. Si ça venait à se faire Pozzo ne deviendrait qu'un vulgaire Duchatelet, et il risquerait de mettre vraiment à mal son empire à force de se disperser. d'autant que le Rapid est descendu en Liga doi et que rien ne dit qu'il va remonter immédiatement.

en tous cas les leçons des dernières saisons n'ont pas été retenues, l'Udinese réalise un début de saison médiocre, il n'y a aucun jeu, aucun enthousiasme autour de cette équipe. Je crains que si les Pozzo ne prennent pas les mesures nécessaires pour améliorer la compétitivité de l'équipe, on se retrouve d'ici peu avec le plus beau stade de Série B...
Note : 1
Message posté par Milan_forza18
Un savoir faire incroyable
Mais si ils se retrouvent en coupe d'Europe il se passe quoi?


si cela arrive il faudra soit qu'un des clubs renonce à sa participation (mais au niveau des supporters ça risquerait de gueuler), ou faire un tour de passe passe au niveau de la répartition des parts des actionnaires (exemple : faire de Pozzo fils l'actionnaire majoritaire de Watford, Pozzo père reste majoritaire à l'Udinese, Quique Pina achète plus de la moitié des parts du Granada)
Il Ragno Nero Niveau : CFA2
A mon avis, c'est déjà comme ça au niveau des propriétaires "officiels" Thermiz. Même si on est loin d'avoir un seul club en Coupe d'Europe pour le moment...

Sinon, assez d'accord sur la baisse des performances de la cellule recrutement. J'imagine que la concurrence s'est accrue par rapport à l'âge doré des Sanchez, Asamoah, Isla, Handanovic, Inler... Peut-être que l'argent des droits TV anglais pourra permettre de refaire des efforts de ce côté.

Parce qu'après, ça me paraît logique que Watford ait des joueurs plus chers et mieux payés grâce à ses droits TV. La pilule aurait du mal à passer si cet argent était utilisé pour gonfler les masses salariales de l'Udinese et de Grenade. Après, ça n'en fait pas une meilleure équipe pour autant, comme on le voit avec le résultat des clubs anglais en coupes d'Europe. Ça me laisse d'ailleurs toujours perplexe. Comment on peut bâtir des effectifs aussi coûteux et aussi médiocres ?

Pour revenir à Udine, le cas Scuffet me semble avoir plutôt été bien géré. Dommage qu'il n'ait atterri "qu'à" Côme et pas dans un top club de Serie B ou un petit club de Serie A, mais Karnezis s'est montré meilleur que la plupart des gardiens de Serie A l'an dernier, difficile de ne pas le laisser dans les bois... D'autant qu'en 97, il y a Meret et Perisan qui sont aussi internationaux et doivent jouer. Si un ou deux arrivent à confirmer au très haut niveau sur le long terme, ça sera top, mais on n'y est pas encore.

Le cas Pinzi par contre, c'est un gros couac. Mauvaise communication entre les parties semble-t-il.

Et sinon, préparer l'après Di Natale, c'est compliqué. On parle d'un vrai fuoriclasse, dans le sens littéral du terme. On est extrêmement chanceux d'avoir pu en profiter aussi longtemps sous les couleurs noire et blanche.

Enfin, il y a déjà eu des rumeurs sur le rachat d'un club en Europe de l'Est. En Bulgarie, en Roumanie... Pour l'instant, rien de concret. Les Pozzo ne sont pas des aventuriers. Ils n'iront pas se fourrer dans un guêpier.

Et pour finir, c'est ça qui me rassure quant au fait que "l'empire" ne s'écroulera pas brutalement. Les clubs semblent quand même bien séparés , avec juste une mutualisation du réseau de scouting. Y'a que la gestion des lieux où sont enregistrés les contrats qui est chelou, pour des raisons fiscales je présume. Nombre de joueurs qui sont à Udine pour y rester sont enregistrés à Grenade par exemple (c'était encore le cas d'Allan avant son départ à Naples par exemple...).

Après, pour lutter avec les métropolitaines en Italie, le Big Four (qui est 5, évidemment) ou les 2 franchises espagnoles, il y a un monde dont on n'est pas prêt de faire le tour avec les règles économiques actuelles...
oui je suis d'accord que Karnezis mérite largement sa place. Mais Scuffet aurait du aller à Grenade ou être prêté dans un meilleur club que Côme : ils sont derniers de série B et encaissent énormément de buts. Très mauvais pour sa confiance.

je ne pense pas non plus que l'empire puisse s'écrouler brutalement, les Pozzo sont réfléchis et avisés. Mais attention quand même à ne pas avoir la folie des grandeurs...

après il n'est évidemment pas question de rivaliser avec les grosses métropoles italiennes, mais jusqu'en 2013 l'Udinese se qualifiait pour une compétition européenne tous les 2 ans. les règles économiques actuelles nous sont certes de moins en moins favorables mais je trouve qu'actuellement des clubs du même calibre financier comme Sassuolo et le Torino font du meilleur travail.

je suis lucide et je sais que le club en est arrivé à cette pérennité grâce à cette stratégie. Mais il y a quelques années, quand on vendait Bierhoff il y avait Amoroso derrière...quand on vendait Amoroso on achetait Muzzi et Fiore dans la foulée...quand on sortait d'une saison pourrie comme en 2001-2002 lors du mercato suivant on allait chercher Sensini, Jankulovski et Jancker (même si pour ce dernier ça été un flop énorme)...en 2004-2005 on se permet de recruter Mauri et Di Natale lors du dernier jour du mercato et ils étaient plutôt des 12e/13e choix dans l'esprit de Spalletti.

le club n'a jamais été aussi structuré, on a un super centre d'entrainement, un magnifique stade. Mais sur le terrain ça a rarement été aussi pauvre, car le business a pris le pas sur le terrain. Alors qu'avant il y avait un certain équilibre entre les 2.
Il Ragno Nero Niveau : CFA2
Oui, c'est sûr que les dernières années ont été très décevantes sur le plan des recrues. Depuis qu'il a été décidé de miser sur des joueurs plus "prêts" pour la Serie A en fait...

Je me demande s'il ne faut pas y voir aussi des économies liées à l'investissement qui a été consenti pour le stade. Arsenal s'était serré la ceinture du côté transferts au moment de la création de son nouveau stade.

Même chose avec la Juve, sauf qu'eux sont revenus au top pile l'année où ils ont emménagé dans leur nouvel écrin.

A voir l'été prochain, mais clairement, là, on tourne en rond depuis 3 ans. L'été des "piu pronti" Willians et Maicosuel et où finalement, le Brésilien qui explose, c'est Allan, recruté comme milieu droit...
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