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Bienvenue au FC Fake

Dans le New Jersey, un club a vu le jour il y a trois ans. Décidé à se mêler à la fête du football moderne, le Asbury Park FC ne base sa stratégie que sur le merchandising, envisage de construire un stade, mais a la particularité de n'avoir... aucune équipe. Entretien avec les fondateurs du seul club invaincu de la planète foot.

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Le Asbury Park FC a tous les attributs d’un club de football. À une lettre près, son maillot rappelle celui du Chelsea d'il y a quelques années avec son sponsor « SAMESONG » . Ce club possède tout sauf une équipe composée de joueurs de chair et d'os. Cette idée, moins folle qu’il n’y paraît, a été lancée il y trois ans et a germé dans les têtes de Shawn Francis et Ian Perkins, après que les deux compères eurent remarqué la difficulté de jouer au football dans le New Jersey. Ian, guitariste anglais du groupe Gaslight Anthem, a débarqué aux States il y a quatre ans. Il cherchait alors un endroit où taper le ballon : « J’avais mes nouveaux crampons, un maillot tout neuf, je suis donc allé au Asbury Park, mais personne ne jouait là-bas. Par l’intermédiaire d’amis communs, j’ai rencontré Shawn qui m’a expliqué que personne ne jouait au foot ici, c’est comme ça que tout a commencé. » Shawn, lui, pro des réseaux sociaux qui a bossé pendant dix ans pour la MLS, a une vision bien précise : « Avec le football business, jouer n’est plus important, il se passe tellement de choses loin du terrain. Aujourd’hui, le football est plus une question de lifestyle que véritablement suivre les matchs ou jouer. » Les gens n’ont plus envie de jouer ni même de voir des matchs ? Très bien, les deux amis vont donc leur donner ce qu’ils veulent. Les joyeux lurons, dont la plupart des brainstormings ont lieu dans les steakhouses d’Asbury, ont vu Umbro US les contacter pour réaliser le maillot du club. « Umbro nous a proposé de faire les maillots, on a accepté seulement s’ils utilisaient le même design que pour leurs équipes professionnelles, en rit encore Shawn. Mais j’ai l’impression que dans les bureaux, tous leurs employés ne comprennent pas pourquoi ils ont signé un club qui n’a pas d’équipe. »

« Invaincu. Aujourd’hui. Demain. Pour toujours »


Polos, survêts, et goodies suivront bientôt. Le Asbury Park Football Club n’est en fait que le résultat de la vision de deux nostalgiques d’un football populaire fondée sur des valeurs, et sur une identité culturelle, sociale ou politique, et rattachée à un territoire. «  Beaucoup de supporters sont contre le football business, notre club est une caricature de ce football-là » , lance Ian d’un air désolé. Jouir et surtout rire de ce qu’ils prétendent dénoncer, c’est le credo des deux lascars qui ont démarré cette aventure pour «  se marrer » . Les sourires d’aujourd’hui doivent être un peu plus larges que ceux d’hier, car l’APFC rencontre un certain succès. Les cent premiers maillots livrés par Umbro sont en rupture de stock, et le reste des équipements se vend bien, notamment ce T-shirt où figure ce slogan, un brin prétentieux, du club : « Invaincu. Aujourd’hui. Demain. Pour toujours » , renvoyant à la maison les « À jamais les premiers » et « Rêvons plus grand » .


Au premier abord, l’APFC a l’air d’une grosse farce, mais son développement repose sur une stratégie parfaitement huilée, le fameux « Penser global, agir local » de René Dubos. Ce club s’adresse d’abord au New Jersey, dont les principales franchises qui l’habitent – les Brooklyn Nets (NBA) et les Red Bulls (MLS) – se sont associées au nom d’un New York plus vendeur. Shawn affirme que c’est aussi cet aspect qui l’a décidé à lancer le club : « Les gens d’ici sont vraiment fiers, le New Jersey est positionné entre New York et Philadelphie, il y a beaucoup de gens qui ne voient aucune équipe du coin s’appeler New Jersey, et même si notre club n’est pas réel, il vient du New Jersey, tu peux porter ce maillot qui désigne l’un des quartiers de la ville, il n’y a pas beaucoup de manière de faire ça ici, à part porter le maillot du Asbury Park FC.  » Et il confirme que désormais, les habitants du coin flairent la piste de l’APFC. Il reçoit ainsi des emails qui témoignent de la zizanie semée dans les têtes.

« Si on en a marre, on se vendra aux investisseurs chinois »


« Je reçois des messages me demandant si on organise des essais, ou de gens qui veulent savoir où et quand ont lieu nos matchs. Les gens veulent croire que l’équipe existe. Après, avec l’élection de Trump, on a voulu signaler que nous, on était dans la parodie, dans la blague, et non dans les fake news, ajuste-t-il. Asbury Park, le quartier où nous vivons, ce n’est pas si grand, peut-être 17 000 personnes. Ça n’aurait aucun sens d’avoir une équipe professionnelle ici, aujourd’hui les gens voient que ce qu’ils ont envie de voir, un beau maillot, un short, et ils pensent qu’une équipe joue réellement ici. » Un bel écusson aussi, un visage souriant, la mascotte non officielle de la ville et dont le nom est devenu l’aimable surnom du club : The Tillies. Ian, lui, observe son « FC Fake » comme un hobby qui depuis mars dernier ne leur fait plus perdre un rond et les fait toujours rire autant : « On ne perd plus d’argent maintenant, mais on n’en gagne pas non plus, ça revient assez cher de faire ces équipements, et de les expédier un peu partout, mais on ne fait pas encore de profits, de toute manière à partir du moment où on ne perd pas d’argent, et que ça prend pas trop de temps à faire, et que surtout ça nous fait marrer, on continuera à le faire, au pire si on en a marre, on fera comme les vraies équipes, on se vendra aux investisseurs chinois. »

Mieux vaut en rire qu’en pleurer


Si Ian se souvient avec regret du football britannique d’autrefois, il n’oublie pas la dualité dans laquelle il est longtemps resté enfermé, entre valeurs populaires et violences exacerbées. « Les vieux jours, ce n’était pas si bien que ça, c’était une époque très violente surtout chez moi (en Angleterre), dans les années 1980’s, on a eu droit à beaucoup de tragédies, des bousculades dans les tribunes, des bagarres, décrit-il. On a une part de nostalgie, mais on reste nuancés, et toutes ces blagues aujourd’hui, c’est parce qu’on préfère rire plutôt que pleurer sur ce football qui nous manque parfois. » Une surenchère de blagues plus grosses que leurs auteurs, c’est la signature de l’APFC. En mai dernier, le compte Twitter des Tillies annonçait la signature d’un Québécois répondant au nom douteux de Benjamin Geaux-Homme, un clin d’œil à une expression locale « Benny go home! » , le « rentre chez toi Roger ! » , que lancent les locaux aux touristes new-yorkais ou philadelphiens un peu trop bourrés venus squatter les plages du New Jersey pendant l’été.


Six jours plus tard, le transfert de l’hypothétique joueur était annulé après une fausse engueulade dans un bar. L’an dernier, déjà, le club avait frappé fort en annonçant la construction de son nouveau stade, le Samesong Stadium. Shawn explique : « Toutes les choses qui tiennent en haleine les fans de foot, c’est ce qu’on a voulu utiliser : nouveaux joueurs, nouveau maillot, nouveau stade, on est allé sur Fiver (un site où des freelances proposent leurs services, ndlr), et on a trouvé un étudiant en architecture au Sri Lanka, on l’a payé 15 dollars, deux jours plus tard il nous a envoyé ces photos du stade qu’on n'a jamais dit qu’on ferait, mais simplement qu’on voudrait faire, et comme j’ai dit plus tôt, les gens croient ce qu’ils ont envie de croire, et n’ont pas envie de lire les infos. Si tu lis l’annonce qu’on a faite, tu te rends vite compte qu’il s’agit d’une blague. Les gens ont commencé à partager l’info, à retweeter, et donc des journaux comme le Washington Post l’ont vu, et se sont dit : "Oh c’est cool, ça va se faire !", et donc l’ont relayé à leur tour. »

Maillot rétro et création d'un club rival


Et comme le vintage est en vogue, leur dernier fait d’arme est la sortie d’une ligne de maillots rétro, histoire d’honorer la non-existence passée du club. Shawn et Ian pensent déjà à la suite, signer avec un nouvel équipementier : « Parce qu’il faut changer de maillot chaque saison !  » , et comme Bernard Tapie avant eux, ils s’apprêtent à monter une rivalité historique de toutes pièces. Le Neptune Park FC, selon le nom du parc voisin d’Asbury, sera ce rival-là, Shawn a déjà tout prévu : « Pour ce club, on va utiliser les mêmes écussons, et les mêmes couleurs que Manchester City, le Melbourne City FC et le New York City FC, tous ces clubs achetés par le même propriétaire. Ce sera une nouvelle rivalité artificielle. » Ian, lui, pourra enfin réaliser son pire cauchemar, celui d'enrouler une split-scarf (écharpe partagée aux couleurs de deux clubs, ndlr), très répandue en Premier League, autour de son cou : « C’est le prochain accessoire qu’on prévoit de lancer, une split-scarf avec d’un côté une équipe qu’on est censé adorer, l’APFC, et de l’autre une équipe qu’on est censé détester, le NPFC. Et on portera cette écharpe, donc, avec le nom d’un club qu’on déteste dessus, ça n’a aucun sens, mais c’est comme ça. » Ça n’a pas de sens sauf quand une foule de clients garnissent les tribunes de ton stade. L’APFC est a priori à l’abri de cela. C'est déjà ça.

Par Romuald Gadegbeku, à New York Tous propos recueillis par RG
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