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« Bielsa n'était pas très sociable »

Après avoir triomphé en Argentine avec son cher Newell's Old Boys, Marcelo Bielsa va tenter l'aventure mexicaine. De 1992 à 1996, il stationne en pays aztèque, dans un premier temps à l'Atlas Guadalajara, avant de rejoindre l'America. Retour sur les années mexicaines d'El Loco en compagnie de ceux qui l'ont fréquenté.

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L'America Mexico est le club le plus médiatique du pays. Des stars, des paillettes, et un organigramme bousculé au moindre contre-temps. Entre cette institution clinquante et Marcelo Bielsa, l'association semblait contre-nature. Elle fonctionna pourtant à merveille, dans un premier temps, mais ne survit pas à une série de mauvais résultats. « Je crois qu'on a craqué physiquement, estime l'ex défenseur, Raul Gutierrez, on n'était pas habitué à de telles charges de travail. » A la trêve, l'America pointait en tête du championnat.

En 1995-1996, Bielsa dirige un effectif replet en internationaux. Des noms : François Oman-Biyik, Kalusha Bwalya, Luis Garcia (ex Atletico Madrid), et le jeune Cuauhtémoc Blanco. « Cuauhtémoc était le seul à oser rompre la glace avec cet entraîneur sérieux, qui nous vouvoyait » se remémore le milieu défensif, Raul Rodrigo Lara. « Ce n'était pas quelqu'un de très sociable à l'époque, appuie Gutierrez, je crois que son relationnel avec les joueurs s'est amélioré avec le temps. » Pavel Pardo, que Bielsa avait voulu emmener avec lui à l'Espanyol Barcelone en 1999, ne dit pas autre chose. « Il s'intéressait au joueur mais pas à l'homme. »

L'Ajax de Van Gaal comme modèle

Dès le premier jour d'entraînement, Bielsa scie les joueurs de l'America. Il a concocté un montage vidéo pour chacun, fruit du visionnage de l'intégralité des rencontres des deux dernières saisons. « Personnellement, se rappelle Lara, aujourd'hui entraîneur des moins de 17 du club, il m'a indiqué qu'il voulait me faire évoluer comme milieu récupérateur et comme défenseur central droit, deux positions que j'ai occupé pendant la saison. Il m'a aussi incité à me montrer plus agressif. » Le magnétoscope tourne également pour inspecter au peigne fin le jeu de l'adversaire. « Le but c'était de nous simplifier la vie le jour du match » , indique Lara.

Rayon vidéo toujours, pour imposer ses idées, et surtout son 3-3-1-3, Bielsa invite ses ouailles à visionner les rencontres de l'Ajax Amsterdam de Louis Van Gaal. « Pour nous, jouer à trois derrière, c'était nouveau, indique Lara, mais avec un travail spécifique par lignes, on a rapidement digéré ses idées. » A la fin mars 1996, Bielsa se fait toutefois licencier au terme d'une série de mauvais résultats qui ont fait perdre son statut de leader à l'America. L'Argentin est remplacé par son assistant et compatriote, Jorge Castelli, ce que l'actuel entraîneur de l'Athletic Bilbao considère comme une trahison. Son éviction serait également due à un conflit avec une présidence qui ne goutait pas certains choix de l'Argentin, notamment quand il osait mettre sur le banc certains des joueurs les mieux payés.

Chassé de l'America, Bielsa accepte un retour à la case départ : l'Atlas. Il se consacre à nouveau au centre de formation, mais devant les pressions de la direction pour qu'il reprenne du service à la tête de l'équipe première, il finit par renoncer. Bielsa retournera au pays et prendra en 1997 les rênes de Vélez Sarsfield. « Avec Bielsa, tu apprends une manière de vivre le football, juge Pardo, cette exigence maximale, s'entraîner comme tu joues, et te dédier totalement à ta profession. » « Etre dirigé par Bielsa fut une étape très importante dans ma vie » conclut le plus cérébral des joueurs mexicains des années 2000, qui termine sa carrière en MLS, au Chicago Fire. « Quand tu vois l'Athletic Bilbao, estime Lara, tu reconnais sa patte, ce pressing opéré par les attaquants, son goût pour les ailiers, pour le jeu sur le côté, pour que le ballon sorte proprement... » Un style dont quelques piliers sont encore enseignés au sein du centre de formation de l'Atlas ...


Necaxa-America 1996 (4-4)
Vidéo

A lire : Marcela Bielsa au Mexique, partie 1

Par Thomas Goubin, à Guadalajara
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