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Bielsa ira-t-il faire sa révolution au Mexique ?

Quand Marcelo Bielsa a démissionné de l'OM, le Mexique a bien cru qu'El Loco viendrait prendre en charge El Tri ces prochaines semaines. Mais si ce pays a tout pour séduire Bielsa, il a aussi de quoi le rebuter.

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Marseille n'était pas inquiet. Ni ses supporters, ni la direction du club. La presse mexicaine pouvait bien affirmer depuis le licenciement du désormais ex-sélectionneur, Miguel Herrera, le 28 juillet, que Bielsa était la priorité pour lui succéder, rien n'indiquait que l'entraîneur argentin pourrait quitter le navire olympien. Changement radical de cap samedi soir : pendant que Marseille était plongé dans la fureur ou la tristesse, au Mexique, on jubilait. El Loco devenait libre… pour prendre en charge El Tri. Alors, les journalistes qui assuraient depuis déjà une semaine que l'entourage d'El Loco discutait avec la Fédération mexicaine, envoyaient de suite Bielsa à la tête de la sélection. Pedro Antonio Flores de Televisa, la chaîne qui fait officieusement la loi au sein de la Fédération mexicaine, l'annonçait même, mercredi, à Mexico, en compagnie de Claudio Vivas, qui fut son adjoint à l'Atlas Guadalajara et en sélection argentine, entre autres. Sauter d'un projet à l'autre, cela ne ressemblait pas à Bielsa. Lui assurait en conférence de presse qu'il ne le ferait pas, mais le pays d'El Chicharito voulait y croire.

Le Mexique, le must de l'Amérique latine


Bielsa au Mexique, l'association n'a, en tout cas, rien d'insensée. Tout d'abord, car l'homme de Rosario connaît bien ce football pour y avoir déjà passé cinq ans, entre 1992 et 1997. Directeur de football et entraîneur de l'Atlas Guadalajara, El Loco avait aussi dirigé l'América Mexico, d'où il s'était fait licencier avant le terme de la saison. Cette expérience lui a permis de se familiariser avec la qualité des infrastructures du football mexicain, un football riche dans un pays marqué par des inégalités criantes. En terme de centres d'entraînement, de stades, de travail de formation, personne ne peut dire mieux que le Mexique en Amérique latine. Au-delà de la question des moyens, El Tri a aussi la tête de l'emploi pour Bielsa. Autrement dit, celle d'une équipe de second couteau que l'Argentin aspirerait à transformer en outsider redouté. Toujours qualifié pour les huitièmes de finale du Mondial depuis 1994, le Mexique bute toujours à ce cap, au grand désespoir de ses supporters et de ses dirigeants. Comme le disait l'ex milieu de terrain de l'Atlas et de Stuttgart, Pavel Pardo, pressenti pour intégrer le staff technique d'El Loco s'il acceptait la proposition venue de Mexico, « le joueur mexicain est discipliné, il peut répondre aux exigences de Bielsa, il faut simplement qu'il croit davantage en lui. » Technique, résistant, et discipliné, le footballeur mexicain dispose clairement des bases pour interpréter le football selon Bielsa.

En théorie, le Mexique a donc tout d'un prétendant séduisant pour El Loco, que ce soit à court ou moyen terme. Reste que dimanche soir, Fox Deportes a flingué une bonne partie des espoirs des supporters d'El Tri, en annonçant que Bielsa aurait dit « non » , qu'il préférait prendre une année sabbatique. Fin de l'histoire ? Peut-être pas. Car cela fait un moment que le Mexique tourne autour de Bielsa, et au-delà de son expérience professionnelle, El Loco avait aussi apprécié la vie menée dans ce pays moins hystérique que l'Argentine quant aux choses du ballon. À l'automne 2010, le dirigeant argentin de Pachuca, Andrés Fassi aurait d'ailleurs obtenu l'accord de Bielsa pour prendre en mai El Tri, mais la Fédération avait finalement opté pour un local (Chepo de la Torre). Plus récemment, avant de s'engager avec Marseille, Bielsa avait décliné l'invitation des Rayados Monterrey, le rival local des Tigres d'André-Pierre Gignac.

Rancune, dignité et vaches à lait


Au Mexique, Marcelo Bielsa est un entraîneur estimé, notamment pour le travail fourni au sein du centre de formation de l'Atlas. Grâce à l'imposition de sa méthodologie et de la mise en place d'un réseau de détection qui couvrait l'ensemble du vaste territoire mexicain, le club Rouge et Noir de Guadalajara est rapidement devenu la pépinière la plus productive du pays. En sont notamment sortis l'ex-Barça, Rafa Márquez, le meilleur buteur de l'histoire d'El Tri, Jared Borgetti, ou Pavel Pardo, champion d'Allemagne avec Stuttgart en 2007. Au-delà ce qui rapproche Bielsa du Mexique, les obstacles ne manqueraient toutefois pas pour qu'un hypothétique accord se concrétise. Pour bien connaître le football mexicain, El Loco sait ainsi à quel point la chaîne Televisa y est influente, d'autant plus pour avoir travaillé et s'être fait licencier de l'América, propriété du puissant groupe audiovisuel. Et comme Bielsa a la rancune tenace… Il sait aussi qu'El Tri est une immense machine à générer du cash, en profitant notamment du fanatisme de la communauté mexicaine installée aux États-Unis, prêts à dépenser sans compter pour vivre un moment de communion nationale, à l'occasion de matchs amicaux disputés la plupart du temps face à des adversaires trop modestes. Les internationaux mexicains sont aussi traités comme de véritables vaches à lait par leurs dirigeants qui leur font tourner à la chaîne des publicités pour les moult annonceurs d'El Tri, quitte à perturber leur préparation. Ce business, qui donne les moyens à la Fédération mexicaine de pouvoir répondre facilement aux exigences d'El Loco, est paradoxalement ce qui pourrait compliquer une arrivée de Bielsa, qui n'acceptera jamais que l'économique prenne le pas sur le sportif. Pour l'éditorialiste de La Afición, José Ramón Fernandez de Quevedo, si Bielsa est bien disposé à négocier avec le football mexicain, « il mettrait en jeu sa rigoureuse dignité » .


Par Thomas Goubin, au Mexique
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