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Benzema : « Je ne suis pas dans une compétition »

De passage à Paris pour participer à une nouvelle étape de la Tango League adidas, Karim Benzema prend le temps d’analyser l’évolution de son jeu et de son rôle, depuis ses jeunes années à l’OL jusqu’à la pointe de l’attaque du Real Madrid de Zinédine Zidane.

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Est-ce qu’il t’arrive parfois de te poser et de mesurer que ça fait huit ans que tu es au Real Madrid, le seul club qui « t’illumine les yeux » comme tu le dis souvent ?
Bien sûr, c’est une chance, mais il y a aussi beaucoup de travail derrière et du talent, je pense. Tu peux avoir de la chance pendant un an ou deux, mais après, si tu n’es pas performant, on te remercie et on te demande d’aller voir ailleurs. Je vais être franc : c’est dur, c’est super dur d’en arriver là, et je pense honnêtement que c’est le club où c’est le plus dur de réussir. Mais je suis quelqu’un qui aime les défis, la difficulté. C’est ce qui me permet de me remettre chaque année en question, de me reposer les bonnes questions. C’est ça aussi que j’aime.

Justement, depuis 2009, qu’est-ce qui a principalement changé dans ton jeu ?
Je ne suis plus le même joueur, plus du tout. J’ai grandi, j’ai pris de l’expérience, j’ai appris à m’adapter à d’autres styles de jeu, à d’autres joueurs. J’ai changé sur plusieurs aspects : physiquement, tactiquement, techniquement...

D’abord la chaussure gauche…toujours.

Au début, au Real, on te reprochait de ne pas avoir une « mentalité de tueur » . Comment as-tu bossé là-dessus ?
Pour moi, un attaquant a, par nature, cette mentalité de tueur. C’est en lui. Après, tu as plusieurs types d’attaquants : tu as l’attaquant qui va rester dans une surface qui, si tu ne lui donnes pas de ballon, ne va te servir à rien, et inversement si tu lui en donnes ; tu as l’attaquant créateur ; et, tu as l’attaquant qui peut tout faire. Moi, je me place dans la dernière catégorie : je peux créer et terminer.

Beaucoup estiment que tu es l’un des meilleurs joueurs du monde dans la vitesse de réflexion pour penser les actions, les situations de jeu. Tu penses qu’on ne parle pas assez du cerveau des joueurs ?
C’est quelque chose qui n’intéresse plus les gens en fait. C’est comme ça, c’est le football d’aujourd’hui, on oublie certains détails. Quand un attaquant ne marque pas, mais crée plusieurs situations de jeu, ça n’intéresse personne. Alors qu’un attaquant qui ne touche pas un ballon, qui marque, mais qui n’est pas forcément beau à voir, on s’attarde sur lui. J’estime que le football doit être beau à voir, à regarder. Tu ne viens pas au stade ou tu ne t’installes pas sur ton canapé pour rester les bras croisés.

#HERETOCREATE

Aujourd’hui, qu’est-ce que te demande concrètement Zinédine Zidane ?
De jouer au foot, tout simplement. Jouer, c’est marquer, ouvrir des espaces, faire marquer...

« J’estime que le football doit être beau à voir, à regarder. Tu ne viens pas au stade ou tu ne t’installes pas sur ton canapé pour rester les bras croisés. »

Aucune consigne particulière ?
Non, pas de consigne. Tu sais, au bout d’un moment, tu n’as plus besoin de donner des consignes, ça fait quand même un moment que je joue au foot maintenant. Après, oui, on peut t’en donner sur un match, un repli défensif, mais offensivement, tu ne vas pas m’apprendre de nouvelles choses.

Tu n’as plus rien à apprendre du foot ?
À apprendre, non. Pour m’améliorer, oui. Je peux progresser partout.

Qu’est-ce que Zidane t’a apporté ?
Il a toujours été proche de moi, on discute beaucoup, notamment sur le calme et le fait d’être calme. On travaille sur la confiance en soi, même si j’ai toujours eu confiance en moi. C’est toujours bien d’avoir un entraîneur qui te parle souvent.

Le Real Madrid semble aujourd’hui presque intouchable. Comment as-tu vécu l’évolution de ce groupe depuis plusieurs années ? Cet été, par exemple, aucune retouche n’a été apportée.
Tous les buts de la Benz en 2016-2017
Des fois, tu n’en as pas besoin. Tu as une équipe qui gagne, tu te renforces avec un ou deux joueurs, mais ça ne sert à rien de changer toute une équipe quand tu as la meilleure équipe entre les mains. C’est un travail dans la durée : ça fait quand même six ou sept ans qu’on est là. Maintenant, on gagne, on prend des trophées, on joue bien. On a une équipe puissante.

Vous vous sentez imbattable ?
Pas imbattable, c’est impossible dans le foot : tu peux perdre sur un match contre le dernier. C’est la victoire qui amène ça, cette forme de confiance. Aujourd’hui, il n’y a pas d’équipe titulaire si tu veux. On sait que si on fait entrer d’autres joueurs, ils vont faire la différence. Il n’y a donc pas de onze titulaire, il y a une vraie équipe de foot. C’est ça la clé.

À qui est ce bras ?

Mercredi après-midi, tu es venu à Paris pour assister à la finale de la Tango League adidas, un tournoi de street football, quelque chose qui n’était pas hyper développé quand tu étais gosse. Qu’est-ce que ça peut changer dans les générations futures ?
Plus les années vont passer et plus le foot va se rapprocher du freestyle. On va arriver à un sport où l’enjeu sera de savoir qui met le plus de crochets, le plus de passements de jambes... Peut-être qu’on rajoutera des points en fonction de ça (rires). Je dis ça parce que j’ai des petits frères et ils ne voient pas le foot comme moi, en fait.

Ils le voient comment ?
Ils sont dans le délire d’aujourd’hui : pour eux, c’est plus important de mettre un crochet ou un passement de jambes qu’une belle passe. C’est le temps, c’est comme ça. On parle aujourd’hui beaucoup plus des joueurs créatifs, des dribbleurs.

Et des statistiques.
Oui, c’est du basket. On se rapproche de la NBA, je pense même qu’ils vont créer une nouvelle ligue. On ne regarde plus ce qu’il se passe sur le terrain, mais c’est aussi parce que c’est ce qu’on fait voir aux gens. Il n’y a plus d’amour du foot. Quand tu regardes un match à la télé ou une émission, on ne te parle que de statistiques, on ne te parle pas de foot. C’est la vision extérieure. Après, dans les équipes, on parle football, il y a des séances vidéo... Heureusement.



« On ne regarde plus ce qu’il se passe sur le terrain, mais c’est aussi parce que c’est ce qu’on fait voir aux gens. Il n’y a plus d’amour du foot. »

On dit souvent que les défenseurs anticipent les mouvements des attaquants. C’est grâce à ces séances que tu parviens à anticiper les mouvements des défenseurs, toi ?
Je fais comme eux, je me mets dans leur tête. J’essaye d’anticiper, mais je n’ai jamais regardé de vidéos de défenseur, par exemple. Certains le font, je trouve que c’est une bonne chose.

C’est aussi une question de mental. L’an passé, en demi-finale de la Ligue des champions, quand vous vous retrouvez menés 2-0 face à l’Atlético au retour, tu as eu peur ?
On sait que ce sont des matchs difficiles. On gagne 3-0 à l’aller et, au retour, on se retrouve à 0-2 au bout de quinze minutes. Oui, on a mal entamé le match, mais on est restés calmes parce qu’on savait qu’on allait mettre un but. Quand à ce niveau-là, tu lâches quinze minutes, tu sais à quoi tu t’exposes. La finale, on l’a abordée de la même manière : tu sais que c’est un match, que tu as au moins 90 minutes à faire, tu sais que tout peut se passer, mais voilà, il ne faut pas s’exposer.

Nouvelle coupe.

Tu ne ressens jamais la pression ?
Il y a de la pression... On l’a tous les week-ends, contre le dernier ou contre n’importe qui. Mais toi, en tant que joueur, tu ne dois pas la montrer. Tous les joueurs ont la pression, c’est obligatoire.

« La pression est en toi, pas besoin de voir un psychologue. »

Tu ne bosses pas là-dessus ?
Non, je pense à mon match, tranquille. La pression est en toi, pas besoin de voir un psychologue. Cette sérénité, c’est aussi Zidane qui nous l’apporte avec son calme. Il nous transmet ça.

L'un de tes anciens entraîneurs dit que ton seul défaut serait de ne pas vouloir « être le meilleur » . Tu es d’accord avec lui ?
Je ne suis pas dans une compétition, sinon je serai un autre joueur. Je n’ai pas grandi avec cette mentalité. Je joue au foot parce que j’aime le foot, le beau jeu. Être décisif, c’est marquer et faire marquer, c’est comme ça qu’on m’a éduqué. Je ne suis pas dans une course.

Qu’est-ce qu’il reste aujourd’hui du Karim Benzema de Lyon ?
L’amour du foot. Après, quelques fois, sur quelques matchs, tu peux retrouver le Karim de Lyon, mais c’était une autre étape, j’étais un autre joueur. C’était une autre mission. Propos recueillis par Maxime Brigand