Benitez : « Je n'aime pas encaisser de buts »

Rafa Benitez devrait signer à l'Inter dans les prochaines 48h. L'affaire semble entendue. Un contrat de 3 ans pour 5 millions d'euros annuels. L'occasion de publier un extrait de l'interview parue dans le So Foot 61. Où il est question du système Sacchi, de sa conception du travail défensif et de ses exigences tactiques. Alors, Benitez comme un poisson dans l'eau chez les Nerazzurri ?

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Pour vous, existe-t-il des axiomes dans le football ?


Il y en a beaucoup, mais le plus important, c'est l'équilibre. Je sais que je me répète, mais si vous n'avez pas ça, vous ne pouvez pas prétendre à grand-chose. Moi je vois mon travail d'entraineur comme celui d'un alchimiste. Je passe mon temps à “accoupler” des joueurs, des idées, pour trouver la meilleure formule possible. Des axiomes, il y en a beaucoup donc, mais la finalité du football est quand même de gagner des matchs, et c'est ce sur quoi je me concentre.

On sait que vous aimez les statistiques. Quelles sont celles que vous regardez le plus ?


Les tirs au but. Cette saison, on n'est pas bons dans ce secteur. En ce moment, je fais très attention aux statistiques concernant les passes que mon équipe réalise dans le camp adverse. Plus il y en a, mieux c'est. Ça veut dire que l'équipe rivale étouffe, que mon collectif a pris le dessus sur son rival. Le but maintenant est d'améliorer les qualités des avant-dernières places. Si elles sont faites dans de bonnes conditions, la dernière passe est bien meilleure...

Vos milieux de terrain ont toujours été des hommes à tout faire, capables de défendre, d'apporter un plus offensif et de lire les temps d'un match. Vous semblez préférez les meneurs d'hommes aux meneurs de jeu. Est-ce par choix ou par défaut ?


Les joueurs que j'aime doivent avoir de l'intelligence, et à partir de là, de la qualité et du travail. Plus les joueurs ont de la qualité, moins ils ont besoin de travailler. Quand un joueur n'a pas beaucoup de qualités, forcément il doit beaucoup plus travailler. Pour moi un joueur intelligent, c'est quelqu'un qui connaît ses limites et ses points forts, et qui du coup en profite un maximum. Les joueurs qui travaillent beaucoup sont plus perfectibles que ceux qui sont plus doués, donc il faut beaucoup plus d'effort pour l'équipe, car ils savent qu'ils n'ont pas de talent inné. J'aime bien les deux types de joueurs, mais les joueurs de qualité sont très chers, et ceux qui travaillent beaucoup sont souvent ceux pour lesquels j'ai le plus d'affection, même si j'en ai pour tout le monde ! (Rires)

Votre modèle tactique ultime ?


(Sans réfléchir) Le Milan de Sacchi. Un modèle d'équilibre. Il avait une colonne vertébrale incomparable avec Baresi et les Hollandais. J'adorais Baresi qui était un meneur d'hommes et un excellent défenseur. Quand j'étais dans les équipes de jeunes de Madrid, je passais mes soirées à regarder des vidéos du Milan de Sacchi. Il arrivait à fermer le jeu, à totalement contenir l'adversaire tout en attaquant véritablement. Tactiquement, c'était parfait.

Que ne réussissez-vous pas à faire aussi bien que Sacchi ?


Sa plus grande réussite, ce qui me plait dans son modèle et que je n'arrive pas encore à reproduire, c'est l'osmose entre les joueurs de talent et les joueurs intelligents. Ce n'est pas que je n'ai pas de grands joueurs mais bon je n'aurai jamais des gars comme Gullit ou Van Basten, vraiment une classe incroyable. Mais le discours de Sacchi, ce que j'aimerais atteindre, c'est l'organisation de son équipe, parfaitement ordonnée et coordonnée alors que ce sont tous des joueurs de talent. Le plus difficile avec ce type de joueurs, c'est qu'ils peuvent te déséquilibrer une équipe. Dans son Milan, les joueurs étaient si intelligents qu'ils ne mettaient pas en péril l'équilibre de l'équipe. Ils pouvaient te faire basculer un match mais jamais leur propre équipe. Ils pouvaient te faire gagner un match, mais jamais te le faire perdre. Il n'y avait que le bon côté du génie. C'est d'autant plus intéressant que Sacchi était un inconnu à son arrivée au club, mais il a quand même su imposer ses idées à des stars de la taille de Van Basten. Il s'est servi des énormes qualités de ses joueurs pour créer un bloc tactiquement et techniquement impressionnant. Il ne s'est pas arrêté aux seules qualités de ses joueurs et ça c'est vraiment intéressant, quand la qualité collective l'emporte sur la qualité individuelle.

C'est plus facile de travailler avec Mascherano qu'avec Gerrard ? C'est pour ça que c'est l'Argentin, et non l'Anglais, qui est le pion essentiel de votre équipe ?

(sourire entendu) Gerrard t'apporte du bonus et une réelle qualité car c'est un grand joueur, mais ce n'est pas avec lui que tu vas stabiliser l'équipe, car il ne garantit pas le fonds de jeu, mais plutôt un état d'esprit, un leadership, ce sont ses qualités naturelles. Avec Mascherano, je ne gagnerai pas de matchs, mais je sais qu'en le faisant jouer, j'ai moins de chances d'en perdre. Il a une grande rigueur tactique et une grosse capacité de travail qui permet à toute l'équipe d'être équilibrée. Gerrard, je ne le fais pas jouer au poste qu'il apprécie le plus (milieu central), mais au poste où il m'apporte le plus (milieu offensif). Et en Angleterre, ça, ils n'arrivent pas à le comprendre. Ici, la tactique ennuie.

Liverpool a surtout l'image d'un club qui arrive à se surpasser dans les moments les plus fous, comme dans la finale de C1 d'Istanbul...
Cette finale-là, on a eu 100% de réussite. Lorsque je réalise les changements, l'équipe s'améliore, heureusement, mais ce jour-là, c'est l'esprit du club qui l'a emporté sur toutes les considérations technico-tactiques. C'est pour ça qu'il est important de conserver cette mentalité à Liverpool. Toutefois, je n'aime pas la notion d'héroïsme dans le football. Quand nous devons en arriver là pour remonter un match et le gagner, ça veut dire que nous avons mal fait les choses.

Gagner un match après avoir eu deux buts de retard est un échec pour vous ?


Oui. En tant qu'entraîneur, je n'aime pas encaisser de buts. Quelque part je le vis comme un échec personnel. Le bonheur d'une victoire n'est jamais complet si mon équipe encaisse un but, même si à la fin c'est la victoire qui compte vraiment. J'insiste vraiment sur le fait que nous ne sommes pas une équipe défensive, nous sommes juste une équipe qui sait défendre, c'est vraiment différent et ça les gens ne veulent pas le comprendre !!!

Quand votre équipe fait des erreurs défensives, ça vous fatigue ?


Bien sûr, mais les joueurs sont les premiers désolés. Lorsque je travaille une semaine entière des concepts, que ce soit en attaque ou en défense, et que rien n'est répété durant les matchs, c'est assez énervant. Défendre, ce n'est pas seulement aligner 10 défenseurs devant le gardien de but. Une équipe qui défend bien, comme Liverpool, c'est une équipe qui a beaucoup de coordination. Si vous vous rappelez du match contre Chelsea, à la fin de la première mi-temps, les Blues récupèrent la balle sur la gauche. Là, un de mes joueurs presse le porteur du ballon qui est obligé de passer, un autre de mes joueurs vient alors le presser immédiatement, et comme ça pendant un laps de temps pendant lequel mes joueurs défendent, mais récupèrent en même temps leurs positions sur le terrain, sans concéder d'espace dans notre camp. On les a étouffés. Pour moi c'est du travail défensif, ce n'est pas tout pour la défense ! En Angleterre, il y a des équipes qui se contentent d'attendre derrière, sans exercer de pressing sur l'adversaire. Fatalement elles finissent toutes par encaisser des buts.

Propos recueillis par Javier Prieto Santos et Simon Capelli-Welter, pour le numéro 61 de SoFoot

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