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Benitez à l'Inter

C'est donc Rafael Benitez qui a été choisi par l'Inter Milan pour succéder à José Mourinho (2 ans et 5M€ par saison). Un choix logique au regard de la compétence et des états de service de l'Espagnol. Mais un choix qui recèle sa part d'incertitude pour le champion d'Europe et d'Italie. Car il faut bien le dire : Benitez n'est pas Mourinho.

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Massimo Moratti a toujours été un romantique. Et en expert de la romance, le président de l'Inter Milan sait bien qu'après la fin d'une histoire d'amour très forte, la pire des choses à faire est de chercher un copier-coller de son égérie envolée. Alors pour trouver un successeur à l'inénarrable José Mourinho, Moratti ne s'est pas trompé de focales : pas question de chercher un autre spécialiste de la comedia dell'arte prompt aux escarmouches avec les médias et les adversaires. C'eut été une immense bêtise car le substitut de l'indépassable “Special One” aurait été perdant à coup sûr, car forcément moins bon dans ce registre. Non, pour se délester autant que faire se peut de cet encombrant héritage, il fallait chiner une toute autre piste. Mais un cador quand même. Pas simple... Et quoi de mieux que de s'appuyer sur un gars qui a directement fait ses preuves face au “Mou” lui-même ? Pour toutes ces raisons, le choix de Rafael Benitez a quelque chose de sensé.

“Mou” joueur de poker, Rafa joueur d'échecs


Benitez, l'Italie, la rencontre a quelque chose d'évident. On a d'ailleurs longtemps pensé que l'histoire se déroulerait plus à l'Ouest de Milan, du côté de Turin. Il y a quelques semaines, l'accord était quasiment scellé avec la Juventus avant un renversement de tendance de dernière minute. Une aubaine pour l'Inter qui n'a pas laissé passer la perle rare. Car, il faut bien le dire, Benitez fait partie du gratin des techniciens européens. Ses deux Ligas et sa Coupe de l'Uefa avec Valence, sa Ligue des Champions assortie d'une autre finale et d'une FA Cup à la tête de Liverpool suffisent à situer le savoir-faire de l'Espagnol. Un savoir-faire essentiellement tactique. Là où Mourinho est un véritable joueur de poker, Benitez apparaît davantage comme un joueur d'échecs. Pour le natif de Madrid, le bluff est l'arme des faibles, une sorte de mesquinerie un peu désespérée. « Moi, j'aime quand mon équipe contrôle le jeu et quand elle gagne parce qu'elle n'a laissé aucune alternative à l'adversaire » confiait-il l'an dernier à So Foot. Là où un Mourinho est capable d'exulter au Camp Nou après une demi-finale retour à Barcelone où son Inter avait joué les funambules sur les talons pour s'en sortir in extremis, “Rafa” ne goûte pas forcément le “Miracle d'Istanbul” (finale de C1 gagnée par Liverpool face à Milan 3-3, 3-2 aux t.a.b.) qui en aurait pourtant mis plus d'un en transe. « Je n'aime pas la notion d'héroïsme dans le football, je suis beaucoup trop cérébral pour ça. Si nous avons gagné après avoir été menés 0-3, c'est que nous avons très mal maîtrisé notre affaire » . Que les tifosi interistes se le disent : Benitez n'a pas l'intention de défier la logique et de multiplier les coups improbables. Son Inter sera implacable ou ne sera pas.

Un côté prof un peu relou ?


Mais forcément, on se demande : Benitez est-il vraiment fait pour l'Inter ? Pour l'heure, le coach ibérique a plutôt œuvré dans des clubs un peu profilés de la même façon : solide mais laborieux. Loin du clinquant pailleté de stars du Real, du Barça, de Manchester ou de Chelsea. Que ce soit à Valence ou à Liverpool, Rafa n'a jamais débarqué dans des escouades de vedettes et on peut bien le dire, le seul fuoriclasse déjà en place qu'il ait eu à gérer s'appelle Steven Gerrard. Et comme un fait exprès, c'est aussi celui qu'il a eu le plus de mal à dompter sans jamais totalement y parvenir. Et c'est peut-être là qu'il faut s'attendre à la plus grande différence avec José Mourinho. Le Portugais était adepte du “marche ou crève”, soit la traduction du mode “primeur” : maintenir tous les melons au frais et envoyer celui qui ramène sa fraise couper les citrons. Un vrai chef de bande. Benitez, lui, est davantage un chef d'orchestre, ou plutôt un prof chargé de tirer le meilleur de chacun en ayant bien pris le temps d'expliquer le comment du pourquoi. Généralement, les joueurs adhèrent et se félicitent de la progression sous les ordres du Madrilène. Mais on l'a dit, cette approche a fait ses preuves avec des joueurs pas starifiés avant d'opérer sous sa baguette à l'image d'un Fernando Torres. Mais avec une escouade bardée de titres, de gloire et de veline ? C'est sans doute là le plus grand défi de Benitez et le plus gros point d'interrogation de l'Inter. L'homme a un énorme caractère, en témoignent ses multiples passes d'armes avec ses anciens propriétaires américains Hicks et Gillett. Mais son jusqu'au-boutisme tactique, qui ne laisse guère de place à d'autres formes de dépassement, pourrait en rebuter quelques-uns à La Pinetina, le centre d'entraînement des Noir et Bleu. Oui, c'est un tout autre chapitre qui s'ouvre devant l'Inter. Et comme toutes les nouvelles histoires, celle-ci fait un peu peur...

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