1. // Ligue des Champions – Quarts – Chelsea/Benfica

La semaine dernière était un résumé de la saison un peu étrange que vit Benfica. En l'espace de quelques jours, les hommes de Jesus ont montré un visage pourri contre Chelsea à la Luz il y a huit jours (défaite 1-0), et une face plus brillante, toujours à domicile, contre Braga (victoire 2-1). Bref, cette équipe est capable de tout et de rien, c'est pour ça qu'elle peut renverser la situation...ou se vautrer royalement. Ou faire 0-0.

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Oui, parce que les Lisboètes aiment l'Angleterre

Le théorème n'existe pas encore mais il pourrait bientôt être présent dans les livres scolaires des futurs petits portugais : un club du Portugal se prend automatiquement une branlée en Angleterre, si et seulement s'il vient d'ailleurs que de Lisbonne. Les branlées à Anfield, L'Emirates et à Manchester, c'est pour Porto et Braga, pas pour les Lisboètes. Le Sporting l'a bien prouvé il y a quelques semaines, en s'inclinant sur le fil 3-2 contre Manchester City. Une prestation bien plus louable que le ridicule 4-0 que se sont pris les dragons de Porto dans la tronche face à la même équipe dans le même stade. A Benfica, la tradition existe aussi depuis l'élimination de Tottenham en demies de l'édition 1962 de la C1 (4-3 sur les deux matchs), jusqu'à la mythique victoires des "encarnados" chez les Reds de Liverpool à Anfield en 2006, avec le show du duo Simao-Miccoli, grand artisan de la victoire 2-0 en Angleterre. Ce match fait jurisprudence pour Benfica, en tout cas dans la tête des joueurs, des dirigeants et des supporters, d'autant plus que Liverpool était à l'époque le tenant du titre. Oui, le Liverpool de Gerrard, Carragher, Xabi Alonso, Luis Garcia dirigé par Benitez. A côté, ce Chelsea est presque mignon.

Non, parce que le contexte est différent

L'exploit de Liverpool n'en est en fait pas un, car si à l'époque Benfica avait gagné 1-0 à domicile, aujourd'hui c'est l'inverse. Sur le terrain, si Oscar Cardozo est capable de mettre des mines comparables à celle de Simao à Anfield, il ne pourra jamais planter des retournés ou des ciseaux comme Miccoli, ni même courir comme ces derniers vu la charrette qu'il traîne. Et puis en 2006, Benfica avait une vraie défense. Pas de Javi Garcia obligé d'épauler un Luisao diminué à cause des absences de Garay et Miguel Vitor. Jeremy Toulalan a bien prouvé qu'un milieu défensif qui se reconvertissait en stoppeur, ça ne marche plus aujourd'hui, ou en tout cas très moyennement. De plus, Chelsea à présent débarrassé de Villas Boas, ne se retient plus. Même Kalou et Torres se mettent à marquer, c'est dire si Benfica est dans la mouise. Enfin, les aigles obéissent à une dynamique précise : pour un bon match, le suivant est pourri. Après la victoire contre Braga, c'est forcément un mauvais résultat qui attend les hommes de Jorge Jesus, donc au mieux un match nul. Saloperie de calendrier.

Oui, parce qu'ils doivent une fois de plus perdre en finale

Dans la vie, il faut des losers, des perdants magnifiques, forts mais pas assez pour gagner. Au tennis, il y a Andy Murray, en cyclisme Andy Schleck, au 100 mètres Tyson Gay et au football, il y a Cristiano Ronaldo et...Benfica. Deux C1 en poche en 1961 et en 1962, certes, mais surtout cinq finales perdues. La faute au légendaire entraîneur hongrois Bela Guttman, qui, après avoir gagné les deux seules coupes aux grandes oreilles de l'histoire de Benfica, a déclaré que le club ne gagnerait plus jamais de C1. La prophétie suit son cours 50 ans plus tard. Prends-ça, Nostradamus. Au final, Benfica va créer la sensation contre Chelsea, puis Jésus va battre Guardiola à son petit jeu mais s'inclinera 1-0 face au Real sur un but dégueulasse de Khedira. Poisseux un jour, poisseux toujours. Mais les Benfiquistas seront fiers de dire qu'ils auront éliminé la meilleure équipe du moment histoire d’emmerder Porto avec son titre de 2004, et Jesus sera enfin reconnu à sa juste valeur. Il atterrira à Chelsea pour rétablir la fierté portugaise en Angleterre, égarée par André Villas-Boas.

Non, car c'est la dernière chance de briller pour cette génération de Chelsea

Malgré les apparences et le fait que Chelsea ait réalisé une médiocre première partie de saison, Benfica ne pouvait pas affronter les Blues à un pire moment, celui de la dernière chance pour les vieux briscards londoniens que sont Cech, Terry, Lampard, Drogba, Essien et Malouda. Cette année est la leur, eux qui ont tout connu ensemble, surtout la poisse. En 2005 d'abord, avec l'injustifiable élimination contre Liverpool à cause d'un but de Luis Garcia sur lequel on ne saura jamais si le ballon a ou non franchi la ligne des cages de Petr Cech. Puis en 2008, alors qu'ils étaient à un rien de réaliser le rêve d'Abramovich en finale de la C1 contre Manchester United. Cristiano Ronaldo avait foiré son pénalty, seulement voilà, Terry a glissé et trouvé le poteau avant qu'Anelka ne donne littéralement la victoire aux Mancuniens. Un an plus tard, Tom Ovrebo empêche les deux équipes de croiser à nouveau le fer en finale de la C1. "It's a fucking disgrace", dira Drogba après la rencontre. Benfica ne se qualifiera pas ce soir, tout simplement parce que les Barça-Chelsea sont des classiques, et que Didier veut accomplir sa vengeance. Et celle du Milan AC par le même biais.

Par William Pereira
Aucune chance.
Les Notes Notes
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