1. // Coupe du monde 2014
  2. // Groupe D
  3. // Italie/Angleterre

Beckham et la légende de la favela chic

Si Rio est entourée de favelas, Vidigal est the place to be pour les célébrités à la recherche d'authenticité. David Beckham y aurait même acheté une maison en mars dernier. Enquête de voisinage à dos de moto.

Modififié
12 5
Anderson, débardeur gris dégueu et tatouages sur les bras, vient de se faire casser les angles chez le coiffeur. Il n'en a pas l'air comme ça, mais il est assis sur un joli pactole : « Je vends une maison avec deux salles de bain et quatre chambres avec vue panoramique. C'est 400 000 reais (environ 130 000 euros, ndlr). » Tout ça parce que les gringos sont arrivés il y a trois ans dans ce qui est aujourd'hui la favela la plus prisée des célébrités occidentales. Coincée entre le quartier ultra-sécurisé de barra de Tijuca et la bourgeoise hédoniste d'Ipanema, la favela de Vidigal offre les meilleurs panoramas sur les plages mythiques du Sud de Rio. Si Spike Lee en personne est venu faire des repérages pour son prochain film, David Beckham, lui, serait tombé amoureux des lieux au point d'y avoir acheté une maison. C'est en tout cas ce que tous les moradores du coin assurent aux touristes en pantacourt venus chercher un peu d'authenticité et d'adrénaline dans ce qui était encore considéré, il y a peu, comme une véritable jungle urbaine. Depuis quelques années, les favelas pacifiées du centre et des plages cariocas sont devenues chics et Vidigal en est sûrement l'exemple le plus glamour. L'hypothèse Beckham est devenue crédible. En tout cas, tout le monde a envie d'y croire à Vidigal, comme une preuve de la hype qui entoure désormais leur quartier.


Ricky Martin aussi est là

Pour trouver la maison du Spice Boy, il suffit de demander le chemin aux locaux. Pour Anderson, le pied-à-terre brésilien de Beckham est « en bas de la comunidade, au fond de la Rua Nova, à Cantao de Baixo » . Sur place, assis sur une chaise en plastique à la terrasse d'un bar peint aux couleurs de Fluminense, un homme d'une cinquantaine d'années et aux yeux vitreux s'autoprésente comme le témoin préféré des médias venus couvrir le débarquement surprise de l'Anglais : « Je me suis fait interviewer par toutes les télévisions brésiliennes et internationales. » Seul problème, l'homme avoue sans sourciller qu'il n'est pas vraiment un monstre de fiabilité : « Beckham, je ne l'ai jamais vu et à vrai dire, je ne sais même pas si c'est vraiment sa maison. J'ai menti à tout le monde, mais je m'en fous.  » À 200 mètres du « Huggy les bons tuyaux » local, un type avec un maillot de Manchester United floqué au nom de Rooney shampouine une Chevrolet bas de gamme. La maison de Beckham ? « C'est qui ce "bécane" ? Je connais pas. » Il fait appel à sa mère, postée sur le balcon : « Maeeee ! Il habite où Becane ? » La mère plisse les yeux, puis aperçoit la lumière quand on lui précise que Bécane est en fait un ancien joueur de football : « Ah ouiii, lui ! Il habite en haut de la favela ! » Assis devant le pas de sa porte, Paulo, un sexagénaire souriant et élégant, confirme que le père de Brooklyn serait plutôt un homme du haut. Quand on lui demande d'écrire l'adresse de Beckham, l'homme s'excuse timidement : « Je ne sais pas écrire, j'ai grandi dans une favela. » En revanche, il connaît très bien l'agent immobilier qui a ficelé la transaction immobilière. Paulo conduit jusqu'à la vitrine de Bella vista Imoveis. Problème, l'agent immobilier est absent. Heureusement, Paulo est bien renseigné sur les coulisses de l'arrivée de l'Anglais : « Beckham a bien visité une maison du bas de la favela, mais pour des histoires d'impôts, il a préféré se rabattre sur une maison qui appartenait à un ponte de Petrobras (la société pétrolière brésilienne), qui avait besoin de cash. » Avant de s'éclipser, il lâche une dernière info censée illustrer la gentrification de son quartier : « Ricky Martin aussi possède une maison à Vidigal.  »

Loin des transactions entre gringos à plusieurs millions de reais, Ceu Bolinho vend des beignets et des canettes de guarana dans une bicoque d'un mètre sur trois accrochée au bord de la route. « Les gringos, je les vois, mais il ne s'arrêtent pas chez moi. J'ai toujours vécu ici, ça a toujours été dangereux et ça le restera parce qu'ici, même si ça a été pacifié, les gens peuvent péter un câble dans trois secondes. » En face de lui, Thiago Clemente démarre au quart de tour quand on lui parle des gringos. Et pour cause : depuis l'invasion étrangère, son loyer a augmenté de 25%. Ce prof de jiu-jitsu et chanteur doute de la présence de Beckham dans son quartier : « Tu crois vraiment qu'il va venir ici traîner avec des ploucs comme nous ? Il peut se payer une maison à 30 millions de reais à Ipanema. Avec cette histoire, il passe pour un mec cool qui vit dans une favela, mais moi je ne sais pas s'il est vraiment cool, vu que je ne l'ai jamais vu. » C'est palpable, Thiago l'a mauvaise depuis le début de la Coupe du monde : « T'as vu la cérémonie d'ouverture du Mondial hier ? La chatte d'une Américaine et une pute brésilienne ! C'était nul ! » Si Thiago a un avis bien tranché sur la direction artistique de ce Mondial, il a aussi une théorie sur la rumeur de l'arrivée de Beckham à Vidigal : « C'est un groupement de propriétaires du coin qui a appelé la presse. C'est un coup marketing monté de toutes pièces pour faire monter les prix des maisons de la favela. Les gens ont fini par se persuader de sa présence sans aucune preuve. »


Beckham n'habite pas ici

Pour rejoindre la mystérieuse maison du cadre de Petrobras perchée au sommet de la favela, il faut enfourcher des motos taxis qui défient les lois de l'attraction et du code de la route. Au terminus, des hôtels design à 400 reais la nuit et des pousadas pour routards argentins fumeurs de joints. Derrière la porte de la Alto Vidigal guesthouse, Lucas est l'homme qui a tout vu. Peut-être le seul, à la manière de l'unique témoin de l'existence du yéti. « Il est monté en Harley Davidson jusqu'ici avec deux potes. Quand je l'ai vu boire sa bière devant mon hôtel, je me suis demandé si ma gueule de bois ne me jouait pas des tours. » En revanche, il ne sait pas si Beckham est devenu propriétaire à Vidigal. De l'autre coté de la route, Gonaldo, un jeune serveur de l'hôtel Mirante do Arvrão, montre depuis la terrasse du bar la localisation exacte du repère des Beckham. L'Anglais serait finalement un homme du bas. Et un homme d'impasse. Au bout d'un cul de sac, une grande bâtisse peinte en vert profite d'un panorama exceptionnel sur la baie de Rio. Le jardin est protégé par des murs de trois mètres surmontés de fils de fer barbelés. Une jeune Franco-Italienne daigne ouvrir la porte. Elle est au courant de cette légende urbaine qui a agité Vidigal en mars dernier : « Tous les jours, j'avais des gens qui frappaient à la porte. Ils étaient convaincus que Beckham habitait ici, à tel point que j'ai été obligé d'accrocher un mot sur la porte d'entrée qui disait : "David Beckham n'habite pas ici." » À la question de savoir comment et pourquoi sa maison a été élue pour permettre à cette fable d'exister, elle répond avec un brin de morgue : « Parce que c'est la plus belle. »

Par Joachim Barbier et Javier Prieto Santos, à Rio
Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Ouai bah ouai, et Messi a acheté un manoir à Sevran aussi !
Mr. Anderson Niveau : DHR
C'est le Panier carioca.
"La chatte d'une américaine et une pute brésilienne". Si si mon sos.
@Easylife

Voir Sevran être comparé à une favela brésilienne, en tant que Sevranais, ça fait mal. C'est pourquoi, en guise de réponse puérile et somme toute amicale, et même si j'aime bien Sean Penn aussi, je merde Into the wild
ilestdedanscépareil Niveau : District
Parait que jack lang, roman Polanski et Frédéric Mitterrand ont acheté un riad a Marrakech...
Super Dupont Niveau : CFA2
J'suis le seul a avoir envie de vomir en pensant a ces tout connards qui vont visiter des favelas pour rendre leur voyage plus "authentique"?
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
12 5