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Bayern Munich, la saison de la poisse

Le Bayern Munich aurait pu faire un magnifique triplé, conclu par une ultime victoire à domicile dans la plus grande compétition européenne de clubs. Au lieu de quoi, le géant bavarois a dû se contenter de miettes. Retour sur une saison qui s’est finie en n’importe quoi, à l’image du Bayer Leverkusen, il y a pile dix ans.

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Samedi 19 mai, Allianz Arena. L’heure du crime est proche quand Bastian Schweinsteiger vient de se rendre compte de ce qu’il a fait. Cinquième tir au but pour les Bavarois : la prise d’élan est mauvaise, la course fait pitié, la frappe finit sur le poteau de Petr Čech (qui a la chance de ne pas la retoucher avec son postérieur), Schweini se cache le visage sous son maillot du Bayern. Il sait. Il sait que dans quelques instants, Didier Drogba va inscrire le tir au but décisif, celui qui va permettre à Chelsea de remporter la première Ligue des champions de son histoire. Il sait également qu’il a tout niqué, qu’il vient d’écrire la dernière ligne de la saison désastreuse du Bayern Munich. « Désastreuse » , c’est un mot qu’emploierait le triumvirat Beckenbauer-Hoeneß-Rummenigge, tellement ils ont été choqués par la défaite en finale à la maison. De « Finale Dahoam  » , on est passé à « Drama Dahoam » . En vérité, il faut savoir relativiser. D’une part, les tirs au but, c’est toujours un peu la loterie. D’autre part, il faut dire que les Bavarois ont connu la scoumoune jusqu’au bout.

Une mécanique huilée qui finit par s’essouffler

Pourtant, tout n’avait pas si mal commencé pour le Bayern. Comme à son habitude, le club bavarois a injecté masse de thune en vue de récupérer son bien, le Meisterschale, qui s’était fait la malle en direction de Dortmund. Et hop, Neuer, Boateng et Rafinha (entre autres) ont débarqué. Montant de l’investissement : près de 45 millions d’euros. Suffisant, a priori, pour reprendre son saladier de champion. En plus, l’affaire part bien : en septembre, le Bayern compte jusqu’à huit points d’avance sur Dortmund en Bundesliga. En Coupe d’Allemagne, pas de détails lors du 1er tour face à l’Eintracht Braunschweig (3-0). Enfin, en C1, c’est Villarreal, puis Manchester City, qui se font maîtriser sans difficulté. Bref, le décor est planté. Tout se met lentement en place pour un magnifique triplé, d’autant plus que tout doit se finir en apothéose à la maison, pour la finale de C1.

Mais très vite, la mécanique mise en place par Jupp Heynckes commence à connaître quelques problèmes de transmission. Breno ne trouve rien de mieux à faire que de brûler sa maison. Daniel van Buyten se fait bobo, laissant Badstuber et Boateng (voire Tymoschchuk) se démerder derrière. Pire encore, la blessure de Schweinsteiger en toute fin de phase aller. Le seul véritable gueulard de l’équipe laisse un trou béant au milieu de terrain, que Luiz Gustavo galèrera à combler. Seule satisfaction (et encore), la montée en puissance de David Alaba, qui a fini par décaler Philipp Lahm sur la droite, ce qui a poussé Rafinha sur le banc. Car il est là, le vrai problème. Ce n’est pas tant que l’équipe ait été mauvaise. Capitaine Lahm a même déclaré qu’il s’agissait là du meilleur onze avec lequel il ait évolué. On veut bien le croire, quand on voit ce que Ribéry et Gomez, par exemple, ont été capables de faire cette saison. Simplement, quand il a fallu prendre la place des titulaires, ça s’est avéré difficile. Là où Dortmund peut changer X par Y qui a un profil similaire, le Bayern ne peut… rien faire. Du coup, lentement, mais sûrement, c’est parti en vrille. A la fin, bien entendu, quand ça peut faire le plus mal.

Des coups de marteau en fin de saison

En championnat, tout d’abord. Le Borussia Dortmund, éliminé des compétitions européennes, a concentré toute son énergie dans les matchs du week-end (en frappant à l’occasion, une fois par mois à peu près, toute équipe se dressant sur son passage en Coupe d’Allemagne). Du coup, semaine après semaine, les ouailles de Klopp font leur retard et prennent même la tête de la Bundesliga (et atteignent en parallèle la finale de la DFB-Pokal). De son côté, le Bayern freine, et connaît une période de doute fin février-début mars, avec une défaite à Bâle en huitièmes de LDC et une autre face à Leverkusen dans la compétition domestique. Rien ne va plus, les trois hommes forts du club tapent du poing sur la table (tout en prenant soin de ménager l’entraîneur Jupp Heynckes).

C’est un Bayern conquérant qui revient avec le printemps, qui martyrise tout ce qui bouge, mais très vite, le Borussia casse cet élan. Le BVB s’impose 1-0 sur sa pelouse sur une inspiration géniale de Robert Lewandowski. De l’inspiration, c’est exactement ce qu’il a manqué à Arjen Robben, de l’autre côté du terrain, son pénalty finissant dans les bras de Weidenfeller. Comme un trailer de ce qui allait se passer un mois plus tard, face à Petr Čech, cette fois-ci. Entre-temps, le Borussia Dortmund en a profité pour saper définitivement le moral des Bavarois : non contents de leur avoir sucré le titre, les Borussen s’adjugent le doublé en fessant littéralement le Bayern, avec la manière (5-2). Du coup, ce n’est plus avec confiance que le Bayern aborde sa finale à la maison, mais avec le doute, l’appréhension, bref, le couteau sous la gorge. La suite, on la connaît : des tirs (dangereux ou pas) dans tous les sens, Robben qui se foire, Schweinsteiger qui en fait de même, Tottenham jouera la C3.


Des joueurs sous le choc

« Nous nous sommes toujours gentiment moqués de Leverkusen. Aujourd’hui, nous sommes dans la même situation. Quoique, ce n’est pas tout à fait comparable ; à l’époque, ils n’avaient aucune chance contre le Real Madrid » , a déclaré Uli Hoeneß à la Süddeutsche Zeitung le lendemain de la rencontre. Certes, Uli, mais dix ans après, le constat est le même : tout comme le Bayer, le Bayern finit vice-champion, finaliste de la Coupe d’Allemagne et finaliste de C1. Une finale perdue à la maison, qui plus est. «  La défaite contre Chelsea fut plus amère, plus violente, plus insensée que 1999  » , renchérit Karl-Heinz Rummenigge. Hier Manchester United, aujourd’hui Chelsea : les Anglais aiment faire mal aux Bavarois. Du moins, retourner la situation. Abattus, les joueurs le sont forcément.

Et la saison n’est pas encore finie, pour certains d’entre eux. Si l’on imagine que Neuer et Lahm s’en remettront d’ici l’Euro, on peut avoir un certain doute concernant les cas Müller (buteur lors de la finale, sorti juste après) et Schweinsteiger. « Ce n’est pas facile, ça doit faire sûrement très mal, mais [au sein de l’équipe nationale] nous serons là pour les aider » , a ainsi déclaré un Mario Götze volontaire à Bild durant le stage de la Mannschaft à Tourrettes (Var). Quelque part, il y a intérêt, sinon, un type comme Schweinsteiger pourrait définitivement s’affirmer comme étant le successeur de Ballack, mais pas forcément pour les bonnes raisons…

Ali Farhat
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