Batlles : « Je suis un joueur sans palmarès »

Plus de 500 matches en professionnel et même pas une Coupe de la Ligue sur la cheminée. Laurent Batlles s'apprête à terminer une carrière sans trophée. Mais il espère bien glaner quelque chose avec Saint-Étienne cette année. En attendant, il nous parle de Grenoble, de ses présélections en Bleu, de l'équipe de France, de François Grenet et des chômeurs. Histoire de passer le temps.

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Généralement à 34 ans, les joueurs se barrent au Qatar pour la thune. Pourquoi avoir choisi de rester en France ?

Car je n'ai pas eu l'opportunité d'aller à l'étranger. Si j'avais eu des contacts hors de l'hexagone, peut-être y aurais-je réfléchi. Mais ça ne s'est pas présenté. Ensuite, j'ai eu l'occasion de signer dans un club mythique en France donc j'ai foncé.

Vous ne souhaitiez pas continuer à Grenoble en Ligue 2 ?

Ça n'est pas aussi simple que cela. En milieu de saison, j'ai proposé un marché à Grenoble. Je souhaitais rester là-bas et en accord avec mon coach, je leur ai présenté une sorte de deal. Je suis même allé jusqu'à diviser mon salaire par deux pour faire remonter le GF38 en Ligue 1. Au début, Grenoble a refusé puis le club est revenu vers moi après le mois de mai. Mais bien trop tard. Saint-Étienne s'était déjà manifesté et j'avais déjà donné mon accord avec les Verts.

On a l'impression que c'est toujours la même chose avec le club isérois...

Vous savez c'est un peu particulier à Grenoble. Le club est dirigé par des Japonais qui sont très rigoureux. Ils ont transformé beaucoup de choses, ils ont notamment restructuré tout le personnel. A un moment donné, les dirigeants ont changé (le directeur Pierre Wantiez est parti, un président nippon en a remplacé un autre) et on n'avait plus d'interlocuteurs. Les joueurs, le staff, l'entraîneur : on ne savait plus à qui parler. Pour ma part, ils ont tardé dans la décision donc j'ai préféré rejoindre une autre équipe.

Depuis trois ans, Saint-Étienne vit une période délicate. Quelles sont les ambitions du club cette année ?

Christophe Galtier ne nous a pas fixé d'objectifs précis. Nous avons plutôt bien débuté notre championnat. Nous devons continuer et nous verrons en fonction des résultats. Il n'y a qu'à voir le début de saison de Ligue 1. Caen et Toulouse sont devants alors que Marseille et Bordeaux ferment la marche. Ça ne sert à rien de se fixer des objectifs avant sept à huit matches.

Vous n'avez pas peur de faire banquette au sein d'un milieu très fourni (Matuidi, Perrin, Landrin etc) ?

Non non je n'ai pas peur. Je ne suis pas venu dans l'optique de jouer 38 matches et je le sais très bien. Mais à mon âge, on sait qu'une saison est longue. Je vais essayer de faire ma place petit à petit.

Quels sont vos objectifs personnels ? Gagner une Coupe nationale ?

Je suis un joueur sans palmarès. C'est une particularité comme une autre. J'ai joué plus de 400 rencontres en première division mais je n'ai jamais rien gagné. J'ai raté une finale de Coupe de l'UEFA avec Marseille en 2004, j'ai perdu beaucoup de demi-finales. Mais pour répondre à votre question : oui ça me démange de soulever un trophée et je suis aussi venu ici pour ça. Pour essayer de remporter enfin une Coupe.

On vous a longtemps comparé à Zinédine Zidane par rapport à vos attitudes sur le terrain. Vous n'avez jamais connu le niveau international. Des regrets ?

Je n'ai pas vraiment de regrets. Il m'a manqué un peu de talent et une certaine forme de chance aussi. C'est vrai que j'ai été préselectionné plusieurs fois lorsque j'évoluais à Bordeaux. Mais peut-être que l'entraîneur de l'époque (Élie Baup) ne m'a pas fait joué autant que le sélectionneur de l'équipe de France le souhaitait. Ça m'a certainement porté préjudice. Et puis je ne suis pas tombé dans la bonne génération. Il y avait vraiment des gars très forts devant moi. Les Micoud, Zidane, Djorkaeff, ils étaient tous meilleurs.

Pourtant, lors de votre signature à Saint-Étienne, Roland Romeyer a dit qu'il vous a préféré à Robert Pires car vous étiez meilleur que lui.

Ce sont juste des paroles de président. Il a tenu ces propos pour justifier le fait qu'il m'ait fait signer. Je le comprends. Mais Robert Pires, c'était un très grand joueur, plus fort que moi.

On vous sent un peu déçu...

Que voulez-vous que je vous dise. Est-ce que j'avais vraiment le talent pour prétendre au plus haut niveau ? Je n'en sais rien...Après, l'encadrement a pris le choix de former des jeunes joueurs avec les Bleus. Et je suis tombé sur cette génération là. C'est pareil pour mes coéquipiers de l'époque. François Grenet et Jérôme Bonissel pouvaient postuler à l'équipe de France mais devant il y avait Thuram et Lizarazu qui étaient en équipe nationale depuis des années. Ils n'avaient donc aucune chance.

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Vous allez avoir bientôt 35 ans. Avez-vous pensé à votre reconversion ?

Oui je commence à y penser. J'ai déjà passé le tronc commun du premier degré d'entraîneur avec l'Unecatef. J'aimerais bien rester dans le monde du football mais cela dépendra des opportunités que l'on me donne.

Ça vous dirait de venir renforcer le staff de Toulouse ?

Bien sur que ça me plairait. Toulouse, c'est chez moi. J'y ai évolué très longtemps et j'aimerais revenir là-bas un jour. J'ai l'expérience pour. J'ai joué beaucoup de rencontres, de la Ligue 1 à la Coupe d'Europe. Je sais que je peux apporter quelque chose.

Donner des conseils en ce qui concerne les frappes de balle et les jolis buts par exemple ?

Non ces choses-là viennent comme ça, instinctivement. C'est de la réussite. C'est vrai que j'ai marqué beaucoup de jolis buts dans ma carrière mais il y a une grande part de chance dans tout ça. Je n'ai pas une formation "de jolis cageots". J'aurais préféré mettre 30 buts de plus, quitte à ce qu'ils soient moyens mais avant tout importants.

Quel regard portez-vous sur le football d'aujourd'hui ?

Je regarde autour de moi et je me dis une chose. Que j'ai la chance d'avoir un contrat. Ce n'est pas donné à tout le monde de pouvoir vivre de sa passion. On ne voit pas les choses de la même façon selon l'âge. Je pense d'abord aux footballeurs qui sont en stage avec l'UNFP. J'ai une grosse pensée pour eux. L'aspect financier rend les choses compliquées. Il est difficile maintenant pour les clubs d'acheter de nouveaux joueurs. Les salaires ont diminué de moitié. Ce n'est pas évident et je me mets à la place des mecs qui sont actuellement au chômage. Ce n'est pas facile pour eux. Et puis avec ce qui s'est passé à la Coupe du Monde, les dirigeants étrangers se méfient des Français.

Quel est votre sentiment sur les sanctions prises envers les mutins de l'équipe de France?

Je trouve ça aberrant. Parce que sanctionner de 18 matches quelqu'un qui a déjà annoncé vouloir mettre un terme à sa carrière internationale ne sert à rien. On ne sait pas réellement ce qui s'est passé dans le vestiaire mais on envoie quand même des sanctions. Toulalan a pris un match car il aurait écrit la fameuse déclaration... C'est aberrant même s'ils ont donné une terrible image du football français. C'est disproportionné et on ne peut pas mettre ça sur le dos de 4 ou 5 joueurs. Ces décisions arrivent après une compétition qui est désormais terminée. On a mis des sanctions pour sanctionner. Ça pénalise surtout l'équipe de France et le nouveau sélectionneur.

Propos recueillis par Romain Poujaud

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