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Batlles : « Je n’ai jamais joué à la Xbox »

En mai dernier, Laurent Batlles raccroche les crampons et, avec eux, toute une certaine idée du football français. Celle d’un football humble, d’un football du terroir, né dans une époque où les footballeurs ne jouaient pas encore à la Playstation. Durant 18 ans, Lolo aura traîné sa dégaine de Zinedine Zidane du pauvre tout autour de l’Hexagone. De Toulouse à Bordeaux, de Rennes à Marseille en passant par Bastia pour finir à Saint-Étienne. Manqueront à la Ligue 1 ses ouvertures millimétrées, sa vision du jeu et son timbre de voix si particulier... Aujourd’hui recruteur pour les Verts, « Lolo » revient sur sa carrière, déblatère sur les Bleus et stigmatise les consoles de jeux.

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Alors, comment on vit dans la peau d’un retraité ?
Pour l’instant, ça ne se passe pas trop mal. J’ai pas pris de vacances depuis la fin du championnat, j’ai directement enchaîné par mon poste au club, donc je n’ai pas eu le temps de penser. Je travaille pas mal sur le recrutement en ce moment, comme vous vous doutez bien, même si on n’a pas trop de matches à aller voir, mais ça se passe bien.

Vous avez jeté quel regard sur cette équipe de France à l’Euro ?
Un regard mitigé. À la fois, j’ai trouvé que l’équipe avait bien débuté les matches amicaux, avait donné une belle image d'elle-même. Des premiers matches relativement aboutis, puis ce troisième match contre la Suède qui a tout chamboulé… Et derrière, l’élimination contre l’Espagne, avec tout ce qu’il s’est dit… Je crois que ce n’est pas une très bonne image, alors que les joueurs incriminés, je les connais un petit peu et ce ne sont pas des mauvais garçons.

Comme Samir Nasri ?
Samir, c’est dommage. Je l’ai connu à Marseille, c’est quelqu’un de bien, pas méchant en soi. Ensuite, il y a eu un trop plein d’énergie et il a eu des mots et des gestes pas à la hauteur de ce qu’il devrait faire. La meilleure des choses, comme on dit, c’est de tout montrer sur le terrain. S’il ne voulait pas parler à la presse, il passait devant eux et ne disait rien, mais en étant bon sur le terrain. C’est toujours difficile d’avoir des soucis avec les médias quand on n’a pas de résultats sur le terrain…

En définitive, il vous a manqué quoi pour jouer en équipe de France ?
Oh, il faut le demander aux entraîneurs en place à l’époque… Il y avait des joueurs en concurrence avec moi plus vieux de deux ou trois ans, ils étaient beaucoup plus forts… C’est peut-être juste un manque de talent.

Si vous aviez 25 ans aujourd’hui, vous seriez sélectionné, donc ?
(Rires) Oh, ça dépend du club dans lequel vous jouez. C’est toujours important. Il y a des clubs plus médiatisés que d’autres. Récemment, prenez Étienne Çapoue qui est un des meilleurs milieux défensifs de France, il n’a pas été sélectionné, alors que d’autres, comme Morgan Amalfitano, ont eu la chance de pouvoir l’être… Parce qu’il jouait à Marseille…

Ne pas avoir eu d’expérience à l’étranger, c’est un regret ?
Oui. J’ai deux regrets dans ma carrière. Ne pas avoir porté une seule fois le maillot de l’équipe de France A. Parce que j’ai fait toutes les sélections jusqu’à 23 ans. Et le deuxième, c’est de ne pas avoir vécu une période à l’étranger, notamment en Espagne, un championnat qui, je pense, me serait allé comme un gant.

Vous n’avez jamais eu de contacts à l’étranger ?
Si. Mais les contacts que j’ai eu, c’est quand j’étais à Marseille ou, après, à Toulouse. Quand tu es dans ces clubs-là, surtout à Marseille, c’est plus intéressant de jouer le titre que d’aller dans un club de bas de tableau du championnat espagnol. Je n’avais donc pas donné suite. Il y avait la Real Sociedad et Malaga, mais qui n’était bien sûr pas le Malaga d’aujourd’hui.

Qu’est-ce qui a changé entre le football du début de votre carrière, en 1994, et celui de 2012 ?
Oh, beaucoup de choses. Les droits télé ont apporté beaucoup d’argent, les contrats chaussures aussi. Avant, quand vous arriviez dans votre club, vous deviez jouer avec la chaussure de l’équipementier du club, il n’y avait pas de contrat individuel. Puis il n’y avait pas toutes les caméras qu’il y a maintenant. La préparation individuelle, aussi, n’était pas la même. À l’époque, on courait tous en même temps. Les meilleurs y arrivaient, celui qui explosait, explosait. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus réfléchi sur le plan individuel.

C’était mieux avant ?
Je crois que c’était mieux… Enfin, des deux côtés, il y a des choses mieux, comme au niveau du travail individuel. Puis, depuis qu’il y a tous ces ordinateurs portables, ces portables, les Playstations, les-ci les-là… Avant on restait souvent en groupe, on jouait aux cartes tous ensemble. On a essayé de récréer ça à Saint-Étienne ou même à Toulouse avec les anciens. Aujourd’hui, les joueurs sont retranchés dans leur chambre, il n’y a plus d’esprit de groupe et c’est difficile de créer quelque chose. Y a moins de cohésion. Ensuite, c’est un choix, j’ai jamais jugé qui que ce soit. Les joueurs jouaient à la Playstation, à la Xbox, je ne sais pas quoi, moi, je n’y ai jamais joué, ça ne m’a jamais trop intéressé, mais, parfois, j’allais les voir jouer pour être avec eux. Ça dépend de votre philosophie.

Bastia remonte en Ligue 1. Vous en avez été le capitaine. Vous avez continué à les suivre ?
Oui, je les ai suivis et je suis très content que ce club-là remonte, ils ont eu des moments difficiles. Quand je suis parti, tout se passait très bien, mais il y avait un problème au niveau des salaires, donc j’avais été vendu à Marseille pour permettre de renflouer les caisses. Du coup, c’était très important pour moi qu’ils remontent. Puis ils ont créé un bel environnement, avec ce nouveau stade (sic). Beaucoup de gens viennent à Furiani et c’est très plaisant de pouvoir les voir en Ligue 1. Ensuite, je pense qu’ils se débrouilleront bien, car ils sont montés relativement facilement de Ligue 2 et on surfe souvent là-dessus la première année. Ce sera intéressant.

Qu’est ce qui n’a pas fonctionné à Grenoble ? C’était une mauvaise idée de confier le club à des Japonais ?
Non, ce n’était pas une mauvaise idée. Ces gens-là sont venus avec beaucoup d’argent, ils ont réussi à faire monter le club en Ligue 1. Je pense que ce qui n’a pas été bien fait, c’est que ces gens, avec une autre culture, ont un peu été livrés à eux-mêmes et ne se sont pas entourés de personnes qui auraient pu les faire grandir et atteindre le haut du tableau. Des choses été faites qui n’étaient pas bonnes, et c’était très malheureux de voir ce club… Qui a été important pour moi aussi. Après Toulouse, j’avais vécu un an ou deux difficiles, et ça m’a permis de me relancer et de finir ma carrière à Saint-Étienne en beauté.

Il manque quoi à Toulouse pour devenir un club de plus grosse envergure ? Il faut tuer le rugby ?
Oui, je pense que toute la région a un gros problème d’identité avec le rugby. Le club aussi. À Toulouse, le club a pris une ampleur tellement importante qu’il est difficile de pouvoir rivaliser. Ils sont champions et jouent la Coupe d’Europe tous les ans. C’est difficile de rivaliser, comme il est difficile de rivaliser avec le football à Saint-Étienne. Le rugby parvient à monter, ils étaient en Fédérale 2, ou en Pro D2, mais ce n’est pas pour autant qu’ils ont réussi à monter… Il n’y avait pas beaucoup d’engouement. Pour le Téfécé, c’est difficile d’avoir un club avec beaucoup de supporters, parce que le rugby prend tout l’espace dans la région.

Quel est le club qui vous a le plus marqué ?

Je ne peux pas en ressortir un plus que l’autre. Vraiment. Je ne regrette rien de tout ce que j’ai fait. Toulouse, où j’ai joué en premier, c’est toujours important. Arrivé à sortir professionnel dans ce club, c’était déjà pas mal, une belle évolution. Après, il y a Bastia… Bordeaux où j’ai joué la Ligue des champions… Chaque période de votre carrière évolue en fonction de votre âge. Je n’ai passé qu’un an à Bastia, mais ce club m’a permis de me relancer, je suis allé à Marseille, j’ai vécu des grands moments. Je ne peux pas retirer un moment de ma carrière. Même les moments difficiles m’ont permis de grandir, d’évoluer. Avec le recul, on se dit que, même en souffrant un petit peu, en ayant les pieds sur terre, en bossant, on peut se relancer.

Et un club pour qui vous auriez aimé jouer ?
Le Barça, je crois. Ensuite, j’ai toujours regretté de ne pas avoir porté le maillot de Nantes. Mon père y a joué, j’y suis né, ça représentait le football que j’adorais. Le jeu technique, à une touche de balle, rapide. En France, je dirais Nantes ; à l’étranger, le Barça.

L’éventuelle signature de Zlatan au PSG, ça vous fait quoi ? Tout cet argent dans le football français ?
C’est vrai que c’est démesuré… Ils sont en train de faire la même chose qu’à Manchester City. Est-ce qu’ils seront champions l’année prochaine ? Je le pense, parce qu’ils ont moins de concurrents qu’en Angleterre, où des clubs sont aussi riches qu’eux. Mais c’est bien, c’est un grand talent. Même des joueurs comme Thiago Silva, qui est très jeune, s’il vient en France, c’est que notre football devient attrayant, même pour de très grands joueurs. Si Zlatan signe à Paris, ce serait une belle vitrine pour la Ligue 1, ça permettrait de retrouver de bons résultats en Coupe d’Europe et de faire venir d’autres joueurs. On sait qu’il y a des difficultés à payer les salaires dans d’autres pays ; nous, on a la chance d’être payés. Maintenant, il faudrait que Paris achète un petit peu français, histoire que les autres clubs récupèrent un peu d’argent. Parce que là, ça renfloue les clubs étrangers, pas le football français. Ensuite, lui, il vient pour l’argent, mais, pour le club, il s’agit d’une vitrine, se faire connaître sur la scène européenne. Vous savez que vous allez vendre énormément de maillots, que vous représentez beaucoup de choses. Un joueur comme lui, qui aurait pu rester encore trois ans en Serie A… S’ils arrivent à le faire venir à Paris, il ne leur manquera plus que Neymar et ils n’auront plus grand-chose à faire.

Ça va être marrant de le voir tirer un corner à côté de la Tribune Est de Furiani…
(Rires) Oui, en effet ! En Italie, il a déjà joué dans de petits stades. Ça va être une belle chose de voir des joueurs comme ça, en Corse ou ailleurs, ça va générer pas mal de choses. À l’époque, on avait joué contre Ronaldinho, qui a été Ballon d’or après… Faire venir des joueurs comme ça, qu’ils jouent contre des plus petits clubs, ça amène énormément de monde et ça fait rêver tous les gamins.

Pour la suite, vous envisagez de devenir entraîneur ?
Je n’y ai pas encore trop réfléchi. J’avais passé le tronc commun du BEL quand j’étais en activité. C’est difficile de pouvoir passer des diplômes en étant joueur. Pour l’instant, je prends mon rôle de recruteur à 100 %, mais on verra dans les mois qui arrivent si je dois passer mes diplômes ou pas. On verra au moment venu, en fonction des opportunités.

Qu’est ce qui va le plus vous manquer ?
L’adrénaline des matches. D’arriver sur le terrain, d’avoir la pression du match en lui-même, du résultat. Et le fait de jouer, simplement, de se régaler, de toucher le ballon, d’essayer de dribler, de frapper. Je fais que ça depuis l’âge de 14 ans, vous imaginez que, derrière, quand on arrête du jour au lendemain, ce n’est pas évident. C’est ça qui va me manquer, de jouer tout simplement, de pouvoir faire ce que font aujourd’hui des gamins de 10 ans. Rentrer sur un terrain, poser le ballon au milieu et jouer. C’est tout.

Et si Saint-Étienne a des problèmes, vous ne pourriez pas faire un retour, comme Paul Scholes à Manchester ?
(Rires) On m’en parle beaucoup ! Mais ce n’est pas d’actualité, et je ne souhaite pas qu’il y ait de problèmes à Saint-Étienne… Ça a été un phénomène de mode, mais ça me fait plus rire qu’autre chose….

Propos recueillis par Thomas Andrei
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