1. // 20 ans de la victoire de Marseille en Ligue des champions

Basile Boli : « Mes partenaires m'interdisaient de les lâcher maintenant »

Cette victoire en 1993 est le point d'orgue d'une saison entre potes, alors que de l'aveu de tous, cet OM n'était pas la meilleure équipe de l'ère Tapie. Basile Boli, associé à vie à cette finale, raconte comment s'est construite cette victoire historique pour le football français, vu de France, historique pour Marseille, vu de la Canebière.

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Parlez-moi de ce match à Glasgow, en début de campagne européenne, qui semble être le moment clé de votre parcours…
Un moment fondateur, oui. Ne pas perdre à Glasgow nous faisait entrer potentiellement dans le carré magique, que le reste allait être du beurre pour nous. Dans notre poule, c'était presque la meilleure équipe. Tant sur le palmarès que sur les joueurs. Mark Hateley, Ally McCoist, vraiment ils étaient fantastiques. Là, avec l'OM, on se retrouve à Ibrox Park, devant 55 000 personnes. C'est un match dur, il pleut, Fabien Barthez se faisait bouger sur les duels aériens. Presque en pleurs quoi. Et puis on mène 2-0. Casoni gueulait mais on s'est sorti d'Ibrox Park.

Comment se passaient les mises au vert au relais de la Madeleine ?
Des petites parties de fêtes. On était content de se retrouver. On profitait beaucoup. Mais ça créait quelque chose, un lien très fort et sur le terrain, ça se voyait. Aujourd'hui, ce serait impossible. Par exemple Barthez, il avait le droit de commander des pizzas. On est devenu des potes à la Madeleine. Mais on ne mettait pas un bordel monstre. T'avais les Deschamps, les Sauzée qui savaient nous contrôler.

Ils vous contrôlaient aussi au nouvel an organisé cette année-là chez Eydelie ? On parle de vous déguisé en Aretha Franklin…
J'étais en Tina Turner. Pour la petite histoire, j'avais un string et on voyait mes couilles quoi ! Et je ne m'en suis pas rendu compte tout de suite. Pendant toute la soirée, je me suis baladé comme ça. Franchement, on se marrait bien. Par exemple, quand on avait deux entraînements, au lieu de rentrer chez nous, avec tous les copains, on se disait « et pourquoi pas faire un méchoui, barbecue, un truc comme ça  » , tous ensemble. Un jour, on est là au camp d'entraînement, au barbecue et je perds un pari. Je fais 5 tours de terrain à poil. Heureusement, il n'y avait pas de téléphones portables, réseaux sociaux, tout ça. On était tranquille. Pas comme aujourd'hui. On l'avait un peu arrosé ce barbecue et après, à l'entraînement, le coach avait bien vu ce qu'on avait fait, il a pété un plomb. On avait un peu déconné.

Ce qui devait être moins marrant, c'était le contexte d'avant-finale et l'affaire OM-VA…
La préparation a été un peu polluée par l'affaire. Mais on ne pensait pas que ça irait aussi loin après, que Tapie allait être à la une de tous les journaux pendant l'été. Mais franchement, on avait plutôt la tête à la finale. Moi, ce match de Valenciennes, je m'étais disputé avec Tapie, parce que je voulais pas jouer, j'avais mal au genou. Tapie, du coup, il balance au groupe : « Ceux qui jouent contre Valenciennes, seront ceux alignés pour la finale  » . Mais il m'a obligé à venir à Valenciennes. Moi, j'aurais préféré récupérer tranquillement. J'étais pas très content et je pars faire la gueule dans ma chambre. Puis Goethals vient me voir, me dit de ne pas m'inquiéter, que ça ne changeait rien.

«  Barthez dormait dans le bus  »



C'était comment la préparation de cette finale dans la campagne munichoise ?
Complètement autre chose qu'à Bari, en 1991, où on s'était bunkerisé. À Munich, on s'entraînait à l'hôtel, le terrain était juste à côté. Chris Waddle est venu nous rejoindre. T'imagines aujourd'hui un joueur qui revient dans son ancien club comme ça, juste pour s'entraîner avec ses amis avant une finale de Ligue des champions ? Chris Waddle c'était ça. Aujourd'hui, ce serait impossible. Le truc à Marseille, à cette époque là, c'est qu'on vivait pratiquement ensemble. Aujourd'hui, après les matchs, chaque joueur rentre chez soi. Nous, on se voyait tout le temps. Bernard Tapie est venu aussi s'entraîner un peu avec nous. Bon, c'était pas trop ça niveau foot. Mais l'ambiance était là. Il n'y avait pas de questions ou de suspense dans la composition d'équipe. On connaissait en gros l'équipe.

Vous cohabitiez avec TF1 dans l'hôtel. Ça se passait comment ?
Très bien. Il y avait Roger Zabel qui faisait ses interviews. Avec Casoni, on s'était arrangé pour prendre un seau d'eau et lui verser sur la gueule en plein direct. Je me souviens aussi d'un journaliste italien… ou allemand, qui venait faire un papier sur moi. Il boit un coup, pose ses papiers, son stylo, son dictaphone, son sac et part aux toilettes. Quand il revient, plus rien. En panique. Moi, je faisais l'innocent et derrière le journaliste, planqués, t'avais les potes qui se marraient. On était des gamins franchement.

Le jour de la finale, comment se passe le trajet en bus ? Tendu ?
C'est vraiment là qu'on rentre dans notre match. Sauf Barthez qui dormait dans le bus. Il avait oublié ses gants sur le terrain d'entraînement. Tapie, il était scié : «  Le mec, il va jouer une finale de Coupe d'Europe, il est en train de dormir ! » . Mais on est serein, parce qu'en face, paradoxalement, on rencontre la meilleure équipe d'Europe. Ils ont plus de grands joueurs que nous. Tu te dis, bon, on a le mental, on va pas se faire marcher dessus comme ça.

Vous vous souvenez de la causerie d'avant-match ?
Franchement, tout était déjà dit avant. On était prêt. Bernard Tapie prend la parole, comme toujours, à jouer son rôle : « Vous êtes là face à la meilleure équipe possible, la France est à vous. Ceux de Bari savent ce que c'est une finale. Là, vous êtes un groupe, vous déconnez ensemble, vous vivez ensemble, il faut arriver au bout  » . Moi, il me glisse un mot personnel : « T'es le patron, tu prends la clé, tu fermes la boutique. T'as pleuré en 1991, ça a déçu beaucoup de monde. Prends ta revanche. C'est le moment. Un moment exceptionnel. Pour l'éternité  » .

« J'arrête la carrière de Van Basten sur un tacle par derrière »



Dans le tunnel, le match commence…
Un grand moment. Nous, à Marseille, notre rituel était d'intimider les adversaires, par le regard, l'attitude. Parce qu'il y avait de la masse dans l'équipe : Mozer, Angloma, Casoni, moi, des gros morceaux. En championnat, on avait l'habitude de laisser les adversaires sortir 2 minutes avant nous. On arrivait ensuite en laissant traîner les crampons sur le carrelage. Mais ça, ça ne marche qu'en championnat de France hein ! Pour la finale, en face, t'as Baresi, Gullit, Van Basten… tu fais pas le coup des crampons. Donc on l'a joué au regard. Un moment, je me suis retourné pour regarder la tête des mes coéquipiers. Oulala, Milan, il fallait vraiment qu'il nous marche dessus pour passer chaque mètre du terrain.

Le début de match est pourtant compliqué, tant pour l'équipe que vous…
On peut prendre trois buts mais le génie de Barthez nous sauve… Il était exceptionnel. Moi, mon genou me fait mal. Je demande à sortir. Le kiné Jacques Bailly arrive sur le terrain et me dit : « Le boss ne veut pas que tu sortes  » . ça, c'était à deux minutes du corner d'Abedi Pelé quand même. Mes partenaires m'interdisaient de les lâcher maintenant. Völler, Sauzée, Deschamps, tout le monde.

Et là, c'est le moment de votre vie, le but…
Avant d'entrer sur le terrain, Abedi Pelé m'avait dit que sur les corners, il ne pouvait pas tirer au deuxième poteau, comme d'habitude. Ils étaient trop grands à Milan. Moi, j'écoute sans trop écouter mais finalement, je fais ce qu'il me dit, au premier poteau. Et là, c'est bonheur. T'as un dixième de seconde d'hystérie et puis la petite et bonne folie. Mais la mi-temps arrive une minute après pour tout casser. Là, Tapie, à la mi-temps, il arrive face à moi : « Alors, comme ça tu voulais sortir ? Non, t'es un homme, tu vas tout casser et t'y retournes  » . On ne panique pas du tout, on reste deux trois minutes chacun dans son truc dans le vestiaire. En deuxième mi-temps, je me souviens que Baresi emplâtre Bokšić et moi, malheureusement, sur l'action suivante, j'arrête la carrière de Van Basten sur un tacle par derrière, un peu méchant. Un regret.

Pour finir, on ressent quoi au coup de sifflet final ?
Il y a Marcel qui vient sur moi. Je le dégage. Là, je comprends que je suis là, j'ai fait quelque chose, je suis champion d'Europe. Entre nous, c'était les pleurs, les cris, un peu n'importe quoi. Y a que dans ces moments là où tu te dis n'importe quoi. D'ailleurs, je me souviens plus de ce qu'on se disait. Mais c'était n'importe quoi.

Propos recueillis par Ronan Boscher
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Gimme_Shelter Niveau : District
"Il y a Marcel qui vient sur moi. Je le dégage."

Boli, à jamais dans nos coeurs.
volontaire82 Niveau : Loisir
Une pépite cette interview. Les anecdotes sur Barthez sont géniales..
Note : 4
Un phenomene ce Barthez! Sinon ça fait plaisir de voir la bonne ambiance qui regnait dans cette team.

Et puis merde, on a gagné la LdC avec 8 français quoi! Je mets quiconque au defi de reiterrer cette performance .

Et le plus beau c'est trois jours apres, l'action extraordinaire et ce coup de boule magistral de Basile et... merde, j'ai besoin de sopalin là.
Putain 1993! c'est a ce moment que je suis devenu un TAPIX ou un OMIX!!!

C'est comme un Footix mais qui a commencé a kiffer le foot quand L'OM a gagné sa Première coupe d'europe (je sait pour l'instant ils en ont gagné qu'une mais bon on peut bien réver qu'ils en gagnent une autre)!!!


Merci pour l'interview de Boli. Putain* d'époque, Tapie, Goethals, Deschamps, Boksic, Boli, Barthez, Di Meco, Pelé... Papin et Waddle qui partent 1 an avant le sacre, Maradona qui voulait venir au club en 1990, les Fanas/CU/SW qui forment le FUW dans le virage sud, Depé sur le perchoir... J'aurais voulu naitre avant...
Tr!ès chouette interview, comme quoi une bonne ambiance au sein d'une équipe ça peut transcender son niveau intrinsèque, cet OM là était sur le papier quand meme bien moins sexy que ceux des saisons d'avant.

Néanmoins pour moi ce fut particulier cette finale

Autant en 1991 je concède que j'étais à fond derrière Marseille, autant deux ans plus tard quelque chose avait changé, j'ai commencé à aller au stade entretemps. Au lycée les quelques types qui montaient au Ray passaient pour de bons blaireaux, c'était Marseille, l'OM, Marseille, l'OM... du coup j'en ai conçu une certaine animosité pour ce club (qui est intacte vingt ans après). Donc le jeudi 27 mai 1993 je tirais un peu la gueule, j'étais bien l'un des rares, un gars que je connaissais c'était même pointé en tenue de deuil au bahut, on savait que de l'OM on avait pas fini d'en bouffer!

Dans l'absolu c'était pas si mal qu'on se dépucelle en coupe d'Europe, mais il a bien fallu dix ans et la remontée de 2001-2002 pour qu'une majorité de la jeunesse niçoise revienne au Ray et que l'ambiance rebondisse enfin, entretemps on avait des moyennes de 2000 en D2 et de 6-7000 en D1, les quart et demi finales de la coupe 1997 on y est allé à deux trois bus alors que de nos jours on serait quatre cinq fois plus facile! Avec les potes de stade de ma génération (né à la fin des années 70) on a un peu l'impression d'être une génération qui a été éparpillée d'un point de vue supporters.

Quant à Boli j'ai toujours aimé ce bonhomme, il a beau avoir porté les liquettes de Marseille et Monaco ça m'a quand même fait chié quand il s'est fait défoncer par un joueur de Leeds en 1995, signant le presque arrête de sa carrière de haut niveau.

Belle interview je le répète, vingt ans comme le temps passe.... argh!
Message posté par Xaviar

Quant à Boli j'ai toujours aimé ce bonhomme, il a beau avoir porté les liquettes de Marseille et Monaco ça m'a quand même fait chié quand il s'est fait défoncer par un joueur de Leeds en 1995, signant le presque arrête de sa carrière de haut niveau.


Pourrais-tu me citer le fameux joueur de Leeds qui l'aurait "défoncé"? Nous n'avons pas les mêmes souvenirs... Boli se blesse lors d'un match UEFA contre Leeds suite...à une collision avec son Marc Delaroche, son propre gardien à Monaco... Leeds n'a aucune responsabilité dans la blessure d'un joueur réputé pour sa tendresse et ses caresses, n'est-ce pas Marco.V...
Commentaire de Barthez, « Moi mes partenaires m’interdisaient de les lécher maintenant » (joke)
Effectivement, il s'est telescopé avec son gardien, ma mémoire m'a fait défaut... j'ai dû faire un amalgame avec la horde de supporters de Leeds qui d'après mes souvenirs (chancelants dirait on) avait été particulièrement agitée lors de ce match et autours (surtout comparé à Newcastle et MU quelques années plus tard ou ce fut plus bon enfant)

Oui Boli était un peu rugueux sur l'homme, ça par contre c'est indiscutable ^^
Message posté par Xaviar
Effectivement, il s'est telescopé avec son gardien, ma mémoire m'a fait défaut... j'ai dû faire un amalgame avec la horde de supporters de Leeds qui d'après mes souvenirs (chancelants dirait on) avait été particulièrement agitée lors de ce match et autours (surtout comparé à Newcastle et MU quelques années plus tard ou ce fut plus bon enfant)


Je concède, Leeds a toujours eu la réputation, souvent à raison, d'avoir des supporteurs un peu agités (euphémisme). Parmi les plus agités du Royaume. La firm Leeds United Service Crew, par exemple, se distinguait particulièrement dans et en dehors du pays.
A Monaco ils ont laissé un sacré souvenir, moi qui était venu en curieux histoire de voir un match de coupe d'Europe (les billets était à 20-30 francs!) en tout cas j'avais halluciné!
Sacré paradoxe, sans légitimer leur violence, j'ai toujours été reçu avec la plus délicate attention par les supporters de Leeds. Ca les amusait ou touchait qu'un petit frenchy supporte leur équipe.
Alexandre-Benoît_Berurier Niveau : District
T'es maintenant un "vieux", black Boli
Ah Boli...

6 mois plus tard avec un pote on le croise avec un pote sur les champs Elysées.

On lui sort quasi direct qu'on supporte le PSG. Mais après on lui dit qu'on le kiff bien quand même du coup il rigole, on discute 2-3 mns avec lui et on se sert la main.

Les joueurs étaient quand même plus accessible avant, ça nous rajeuni pas en tout cas...Snif...
Heureusement que Barthez etait talentueux et gardien .
Là on apprend qu'il mangeait des pizzas .
Dans les yeux dans les bleus on le voit fumer .

Il avait une bonne hygiène de vie pour un sportif de haut niveau !

J'aurais pu faire sportif de haut niveau ....ah non j'ai pas de talent !
Message posté par zihugs
Putain 1993! c'est a ce moment que je suis devenu un TAPIX ou un OMIX!!!

C'est comme un Footix mais qui a commencé a kiffer le foot quand L'OM a gagné sa Première coupe d'europe (je sait pour l'instant ils en ont gagné qu'une mais bon on peut bien réver qu'ils en gagnent une autre)!!!




C'est plus du rêve là, c'est carrément dans le coma qu'il faudrait tomber. Mais bon, qui sait, le foot est fou.
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