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Barcelone après JC

Barcelone se rend ce soir à Amsterdam, ville natale de son maître : Johan Cruijff. En Catalogne, le glorieux ancien n'est dans aucun organigramme, n'occupe aucune responsabilité, ne dirige rien, ne décide pas. Pourtant, comme un spectre, il règne sur un territoire mystérieux : les consciences.

Il en est des spectres comme des prophètes qui s'invitent dans nos nuits agitées. Ils apparaissent entre chien et loup, au moment où le jour diminue et le soleil disparaît. C'est là, juste devant nous, qu'ils prennent la parole et se mettent à hurler. Ils nous braillent des vérités sur nos vies dissolues, nous rappellent toutes ces résolutions que nous n'avons jamais tenues et toutes ces promesses que nous fîmes il y a des jours, des semaines, et qu'on avait choisi d'oublier. Nos oreilles débordent de leurs reproches. Nous n'étions pas à la hauteur de nos intentions, nous étions ingrats, indignes de cet héritage que nous dilapidions sans entrave. Nous voulions être les meilleurs, mais enfin, il eût fallu un peu plus de résolutions et de sens du sacrifice pour y parvenir. Il eût fallu oublier nos égos et nous sacrifier en l'honneur du rouge et bleu sur nos poitrines. Pour nous, être du Barça se résumait à signer un contrat d'une centaine de pages, nous présenter devant un stade d'une centaine de milliers de têtes, de nous planter sur le vert et de transformer nos bonnes intentions en centaines de buts. Mais un club comme Barcelone n'est pas aussi futile. Être blaugrana, c'est être l'héritier d'une lourde mémoire collective. Il faut se rendre compte que ce ne sont pas les hommes qui décident. Ici, le temps se mesure comme dans l'ère chrétienne : avant ou après JC. Ici JC, c'est Johann Cruijff.

Les héritiers


L'année 0, c'est 1973, quand JC descendit en terre catalane. Avec Michels et lui sur le banc, le Barça redevenait champion d'Espagne après des siècles à attendre. Quand, ensuite, il revint en Terre Promise en 1988 comme entraîneur, la mystique s'enclencha à nouveau. Avec lui, la malédiction se rompit définitivement. Pour l'année 1992, celle de ses Jeux olympiques, JC offrait à Barcelone un titre de champion d'Espagne et une première couronne de champion d'Europe. Avec ce sauveur à la tête de cette autre Dream Team, tout devenait immédiatement culte, même cette façon d'enjamber la barrière publicitaire devant lui, à la 111e minute de ce match à Wembley, puis de pointer son doigt vers les remplaçants pour ordonner les dernières modifications tactiques afin de conserver cet avantage 1-0 obtenu sur un coup franc de Ronald Koeman. Malgré sa grosse colère et son départ en claquant la porte en 1994, il y eut un film à sa gloire, des livres et des documentaires recensant exactement tous les bijoux de l'héritage « cruijffien » . Cette semaine encore dans L'últim partit sur les écrans catalans, Pep Guardiola en était le légataire universel : « Je n'aurais jamais été capable de faire ce qu'il a fait lui. Sans aucune roue de secours, il resta pourtant toujours fidèle à ses convictions. Sans Cruijff, ces 20 dernières années n'auraient jamais été ce qu'elles ont été pour le Barça. Jamais il n'y aurait ce qu'il y a maintenant. Il a été le personnage le plus influent. Il a créé une idée commune et transmis du savoir. » Si le Barça était un fruit, il serait une pomme. Si Johann Cruijff était un dieu, il serait Steve Jobs.

Le prophète en son pays


Mais les spectres ne nous quittent jamais. Comme ces figures évaporées, Cruijff est à la fois partout et nulle part. À la différence d'Eusébio, Pelé, Di Stéfano, Platini ou Beckenbauer, JC se retira ainsi de toutes sortes de dépendances footballistiques. Après son départ du club en 1994, il fuit les responsabilités hiérarchiques - « je n'appartiens à personne » - et redevint à Barcelone ce qu'il était sur le terrain, c'est-à-dire un électron libre capable d'accélérer le jeu à tout moment, de surprendre le monde au moindre ballon touché. Ainsi, plutôt que d'être pris dans de trop douloureuses contingences matérielles le contraignant à la réserve ou à la contorsion, il se mit au golf, dirigea sa fondation, reçut les visiteurs désireux d'en savoir un peu plus sur l'art délicat d'être un révolutionnaire en pantalon à carreaux. Tous se bousculèrent pour passer quelques minutes avec le maître, lui soumettre quelques idées géniales, quelques projets secrets. Ainsi à Joan Laporta, il susurra le nom de Frank Rijkaard, puis celui de Pep Guardiola. Rijkaard fut nommé en 2003, Guardiola en 2008 : « Je n'appelle personne, mais si on me pose des questions, je réponds » , explique le spectre. L'homme n'a ni mobile, ni « factbook » , ni « twister » . Il n'en a pas besoin. Cruijff a l'autorité de ceux qui, retirés du jeu des petites compromissions quotidiennes, n'ont plus rien à perdre, encore moins à gagner. JC s'en fout. Le sauveur, c'est lui. Ils n'ont qu'à faire ce qu'il dit.

Au royaume du Danemark


Alors, quand, à Barcelone, on se pose des questions sur ces rois de remplacement qui ont pris le trône d'un autre, on convoque le fantôme de Cruijff et, comme Hamlet devant le spectre de son père, on prend note. Cette semaine, on l'a entendu dire des choses - en castillan - sur cette maudite direction Rosell-Bartolomeu et livrer quelques nouveaux aphorismes magiques et mystérieux. Sur Messi et ses ennuis fiscaux - « Il a été lavé complètement par un monsieur qu'on appelle un juge » -, sur les multiples procédures dont le Barça est l'objet - « Autant de procès n'aident pas au bon fonctionnement » -, sur les dernières performances sportives du club - « Ça me fait de la peine de voir le Barça comme ça. Avec Unicef sur le maillot, nous étions le bijou du monde (sic), nous avons perdu beaucoup de prestige » -, sur les choix sportifs - « En neuf ans, nous avons eu deux entraîneurs et maintenant trois en trois ans. Beaucoup de choses ont changé, ce n'est pas facile » . Et dans l'aube d'Amsterdam jeudi matin, quand le spectre s'évaporera à nouveau, les héritiers barcelonais entendront la même chose que le prince du Danemark chez Shakespeare : « Adieu, adieu ! Hamlet, souviens-toi ! » (Hamlet I,4). Se souvenir de JC. Toujours. Ne jamais l'oublier. C'est la tragique histoire de Barcelone.

Par Thibaud Leplat
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bobobo-bo bo-bobo Niveau : District
Par contre son "départ officiel" c'est en 1996, pas 1994 ...
Bravo pour le titre Mr Leplat. ça change des "l'Ajax bat le Barça" !

Voilà, maintenant, je retourne lire l'article
Heiseinberg Niveau : CFA
Belle article ! C'est vrai que c'était une vrai DreamTeam en 92 Stoichkov Guardiola Koeman Laudrup en plus c'était beau a voir jouer, JC est vraiment la personne qui a le plus façonné ce Barça en y jouant, entrainant et reussir a garder cette philosophie intact grâce a lui c'est très fort, un grand homme !
Si seulement il n'avait pas pris le Milan de haut en Mai 94 ....
ClchnrAtm7 Niveau : DHR
Belle photo, avec les 3 joueurs au premier plan, qui constituaient le fameux trio magique du Barca:

Johan Cruyff - Alexis Sanchez - Fréderic Déhu
Message posté par Slibard
Si seulement il n'avait pas pris le Milan de haut en Mai 94 ....


Ils avaient fait une photo avec la coupe juste avant le match...
Desmond Dekker Niveau : District
« Avec Unicef sur le maillot, nous étions le bijou du monde, nous avons perdu beaucoup de prestige »......ce jour funeste où le football est mort.
Bien vu la référence à Hamlet ! On la sentait venir dés les premières lignes de cet article...le spectre. Bon sauf que le roi du Danemark a été tué (par son frère Claudius) et que le spectre du Roi vient prévenir son fils (Hamlet) de cet acte odieux. Personne n'a tué Johan Ier !!!!!
Message posté par Slibard
Si seulement il n'avait pas pris le Milan de haut en Mai 94 ....


plus grand écart de score en finale de CL.... encore !

Z'ont une trop grande bouche les espagnols.. et les catalans particulièrement.
'Si Johann Cruijff était un dieu, il serait Steve Jobs' tout simplement pathetique.
Une précision quand même: il a arrêté d'entraîner définitivement avant tout à cause de ses ennuis cardiaques.
Il est normal qu'il ait toujours autant de poids, étant donnée l'importance qu'il a eue par le passé. Même si quelquefois il se montre prétentieux et intervient à tort et à travers, il a souvent raison, et c'est le cas de sa dernière intervention. Il suffit de faire le bilan:
- 2010: le Barça est sur le toit de l'Europe, vient de remporter "les seis Copes", a un jeu qui émerveille le monde, Guardiola est reconnu dès ses débuts comme l'un des meilleurs entraîneurs, le club s'appuie aussi sur sa formation, et le maillot reste "immaculé" de tout sponsor.
- 2014: après avoir été élu sur le thème de l'assainissement financier, Rosell est contraint de démissionner suite à une affaire de... corruption. L'image du Barça est encore entachée de l'affaire de la Masía, Guardiola quitte le club en partie à cause du procès intenté à la direction antérieure qui pourrit l'ambiance et confronte les deux "courants" du Barcelonisme. Les résultats sportifs empirent, le club est interdit de recrutement... Et le club, après avoir cédé au sponsoring à travers la Qatar Foundation sous prétexte qu'il s'agissait d'une association humanitaire, a fini par tourner définitivement le dos à sa tradition. La liste des méfaits de cette bande d'escrocs est incomplète. Espérons qu'ils n'aient pas le temps d'en faire beaucoup plus d'ici 2016. Laporta n'était pas parfait, loin de là, mais les périodes "cruyffistes" ont toujours été bien meilleures que les périodes "nuñistes"...
georgesleserpent Niveau : Loisir
Message posté par Slibard
Si seulement il n'avait pas pris le Milan de haut en Mai 94 ....


Et ? Tu penses qu'ils auraient pu gagner le Milan de Capello à cette époque ? moi je pense juste que si ils les avaient pas pris de haut ils ne se seraient pris que 2-0, l'écart entre les deux équipes était beaucoup trop fort pour que ce soit juste une question d'état d'esprit, ça allait bien plus loin pour moi, le Milan de Capello était peut être un peu moins fort techniquement que ce barca (encore que.. avec Boban Dodanoni et Savisevic en MO on peut se poser la question) mais physiquement, défensivement, collectivement et tactiquement ils étaient largement supérieur...
La preuve de cette supériorité technique : il manquait à ce Milan son leader absolu défensif, Baresi, preuve que le collectif était tellement qu'il était suffisant pour pouvoir se permettre de remplacer un type aussi fort sans que cela s'en ressente.
Donc voilà, on dit souvent que si le Barca a perdu contre le Milan c'est parce que ils ont pris le match par dessus la jambe, mais il n'y a pas que ça, il ne faut surtout pas sous estimer l'équipe incroyable qu'avait ce Milan.
Message posté par georgesleserpent


Et ? Tu penses qu'ils auraient pu gagner le Milan de Capello à cette époque ? moi je pense juste que si ils les avaient pas pris de haut ils ne se seraient pris que 2-0, l'écart entre les deux équipes était beaucoup trop fort pour que ce soit juste une question d'état d'esprit, ça allait bien plus loin pour moi, le Milan de Capello était peut être un peu moins fort techniquement que ce barca (encore que.. avec Boban Dodanoni et Savisevic en MO on peut se poser la question) mais physiquement, défensivement, collectivement et tactiquement ils étaient largement supérieur...
La preuve de cette supériorité technique : il manquait à ce Milan son leader absolu défensif, Baresi, preuve que le collectif était tellement qu'il était suffisant pour pouvoir se permettre de remplacer un type aussi fort sans que cela s'en ressente.
Donc voilà, on dit souvent que si le Barca a perdu contre le Milan c'est parce que ils ont pris le match par dessus la jambe, mais il n'y a pas que ça, il ne faut surtout pas sous estimer l'équipe incroyable qu'avait ce Milan.


c'est quoi ces conneries ???? Le Milan de Capello était loin d'être supérieur au Barça 94. Les Catalans n'ont perdu ce match que sur deux faits ponctuels : avoir gagner le championnat à la dernière seconde de la dernière journée à la différence de buts trois jours avant la finale, ce qui les a vidé de tout influx; ensuite, Savicevic qui fait LE match de sa vie ce soir-là. Les vrais savent….
georgesleserpent Niveau : Loisir
J'aimerais bien que tu m'expliques en quoi le barca de Cruijff est supérieur au milan invincible de Capello, l'équipe qui a le record d'invincibilité en serie a (meilleur championnat à l'époque) et qui va 3 fois d'affilée en finale de C1 en 3ans...
georgesleserpent Niveau : Loisir
Puis réduire Savicevic à ce match est un peu réducteur, c'était peut être pas le joueur le plus régulier au monde mais il était toujours présent dans les grands matchs, demande aux supporters du PSG...
Pour moi Savisevic était plus talentueux que Romario et Stoichkov, on en faisait des tonnes avec ces types car ils jouaient au barca mais bon il y avait mieux à l'époque
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