Ballon prisonnier politique

Avant ou après avoir englouti leur déjeuner, les petits argentins vont pouvoir croquer le Mondial à pleines dents sur les bancs de l'école. Le ministre de l'éducation vient de recommander aux autorités provinciales du pays de diffuser les matches de la Seleccion, suscitant toutes sortes de réactions. Pour une fois que Maradona n'est pas au centre des débats...

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Au mois de juin, entre une heure de bio et la cantine, entre deux heures de sports et le goûter, les petits écoliers albicelestes pourront se délecter des dribbles de Léo Messi et des tacles de Gaby Heinze (que certains attaquants risquent, eux, de déguster) en Coupe du Monde. Alberto Sileoni, le ministre de l'éducation, vient en effet d'inciter les vingt-trois provinces du pays à transmettre les rencontres de la bande à Diego. La question avait déjà agité la société à l'orée des trois derniers mondiaux. L'Argentine étant une république fédérale, le señor Sileoni ne peut imposer quoique ce soit aux gouverneurs. La raison de cette intervention politique ? «  Le football est un fait culturel très important, une fête qui recèle un grand effet pédagogique » , d'après le politicien, qui considère que «  nier la possibilité de voir le Mondial au collège reviendrait à nier la réalité. Dans les bureaux et dans les lieux publics tout le monde le suivra, alors pourquoi pas le faire entrer dans les écoles ? » . Pas faux, sauf que derrière cette mesure se cache une autre réalité : le ministère de l'éducation espère empêcher que les élèves ne sèchent les cours.

L'arbre qui veut cacher l'école buissonnière

«  Transmettre les matches à l'école signifie investir deux heures de cours. Si les élèves sèchent, cela fait six heures de perdues » , se défend le ministre, dont l'équipe a élaboré, en partenariat avec l'AFA (la Fédération argentine de football), un manuel destiné à guider les enseignants. Ces derniers seront invités à articuler leurs cours d'histoire, de géographie et de littérature autour de l'évènement. Le fameux bouquin sera présenté officiellement le 26 avril prochain et son contenu sera disponible sur le site du ministère, «  afin que les enseignants puissent le télécharger gratuitement » . Sileoni a déclaré que ce serait l'occasion d'aborder l'apartheid et la discrimination. Une idée qui n'est pas du goût de tout le monde. « Il n'y a pas besoin du Mondial pour évoquer l'Apartheid » , estime Silvina Gvirtz, docteur en éducation. « C'est un thème que l'on doit aborder avec ou sans le Mondial. Il ne faut pas imposer une corrélation forcée » . Le professeur juge qu'il serait plus approprié de travailler sur des thèmes comme l'identité nationale ou l'émotivité. Madame Gvirtz n'a toutefois pas manqué d'ajouter que «  si l'Argentine va en demi-finale ce serait absurde de ne pas pouvoir suivre le match à l'école. Mais si c'est le premier match, peut-être vaut-il mieux que l'enfant manque l'école et assume sa responsabilité, car c'est aussi ça l'éducation » .

Mesure populiste ?

Malgré l'ampleur prise par le débat, Sileoni, au centre des déclarations des gouverneurs et autres personnalités politiques, sait qu'il peut compter sur un soutien populaire de poids en la personne de Víctor Hugo Morales, le célèbre commentateur qui éclata en sanglot un après-midi de juin 86 à Mexico, en transe devant le slalom d'El Pibe de Oro. « Avoir suivi le Mondial 54 à l'école, une oreille collée à la radio, reste l'un des plus beaux souvenirs de ma vie » , a assuré cette légende vivante du micro. Il est favorable à la suspension des classes pendant les matches de l'Albiceleste, afin de les transformer en « récréation de 90 minutes » . Selon Morales, il faut savoir mettre à profit la Coupe du monde «  pour discuter avec les enfants de la diversité culturelle que signifie le football » . Après le rachat des droits télés par le couple présidentiel Kirchner, certains dénoncent « une nouvelle mesure populiste » , le gouvernement profitant actuellement des rencontres sur les chaînes publiques pour déverser sa propagande à chaque arrêt de jeu. Alors, Titi et les Bleus à l'école, qu'en pensent Luc Chatel et Thierry Roland ?

Traduit de l'espagnol par Florent Torchut, source La Nacion

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