Babbel, une tour s’effondre

A Berlin, Markus Babbel a été démis de ses fonctions d’entraîneur du Hertha. La faute à d’incessantes prises de bec avec son ancien copain Michael Preetz au sujet d’un potentiel nouveau contrat. La faute aussi à un gros problème de communication. Le Hertha, qui jusqu’ici s’en tirait pas mal pour un promu, risque de prendre cher dans les mois à venir.

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Mai 2011. Berlin est à la fête. Premier avec 74 points, le Hertha retrouvera la 1.Bundesliga un an après l’avoir quittée. Sur le pré, les grands artisans de cette remontée sont évidemment Raffael, Adrian Ramos et Pierre-Michel Lasogga, trio de choc qui chiffre à 38 buts (sur 69 au total). Toutefois, tout le monde s’accorde à dire que c’est dans les coulisses que tout s’est joué. La capitale loue le travail main dans la main entre Michael Preetz, le manager et Markus Babbel, relancé en tant que coach six mois après son éviction de son poste de manager au VfB Stuttgart. 11Freunde, magazine de foot, culture et société à la sauce teutonne, consacre une dizaine de pages à cette remontée, ainsi qu’un livre blindé de photos. Comme si cette remontée était inespérée, comme si ce Wiederaufstieg était indispensable pour une capitale européenne majeure, qui avait pour seul tort de n’avoir aucun club dans l’élite.

Tout va bien dans le meilleur des mondes berlinois, donc. Markus Babbel, qui n’avait signé qu’un contrat d’un an, est reconduit pour une saison supplémentaire, comme le stipule la clause en cas de montée. Babbel se sent tellement bien à Berlin qu’il se fait même tatouer l’emblème du club sur le bras. Durant la Sommerpause, le Hertha joue les chineurs, recrute malin pour pas cher, essentiellement des « revanchards » . Des mecs jetés par les grosses écuries et qui jurent de montrer à l’Olympiastadion qu’on a eu tort de les sous-estimer, tel un Jesse Owens à l’époque du IIIème Reich. Torun, Kraft, Ottl et Ben Hatira (entre autres) viendront rejoindre les Lell et les Niemeyer, déjà présents lors de la saison au purgatoire. Grâce à ce recrutement judicieux, le promu Hertha semble avoir des chances de se maintenir en 1.Bundesliga, plus de chances en tout que le néophyte FC Augsburg. Les résultats de cette première partie de saison semblent en attester. Sauf qu’en coulisses, doucement mais sûrement, le bordel s’installe.

Un ambitieux silencieux

Quatre Meisterschale et deux DFB-Pokale (avec le Bayern et Stuttgart), une C3 avec Munich, le fameux quintuplé avec Liverpool en 2001, et surtout un Euro en 1996: Markus Babbel joueur a appris à être ambitieux. Du coup, rien de plus normal à ce qu’il aspire à « gagner des titres en tant qu’entraîneur » . Très vite, il se rend compte que ce sera difficile d’en gagner avec le Hertha. Le parcours actuel n’est pas dégueulasse, une place dans le milieu de tableau (quatre victoires certes, mais seulement cinq défaites, pour huit nuls), mais Die Alte Dame connaît trop de difficultés financières pour pouvoir rivaliser avec les plus grands. Le contrat de Babbel court jusqu’en juin 2012, mais il reste silencieux à ce sujet. Alors, quand on lui pose la question sur son avenir dans la capitale, Babbel s’étonne: « Ridicule. […] Je ne comprends pas qu’on en fasse toute une histoire » , rapporte Kicker. Vu la tournure que ça a pris, si.

Durant la trêve internationale de novembre, Markus Babbel avait informé son directeur sportif qu’il ne poursuivrait pas l’aventure au-delà de l’été prochain. Motif: l’ambition, comme l’on sait, mais aussi pour des raisons d’ordre privé. Kicker croit savoir que Babbel en a ras le bol de taper des allers-retours Berlin-Munich pour aller voir sa famille. Les premiers temps, rien de spécial. Michael Preetz promet que la situation va s’arranger dans les prochaines semaines. Mais à l’approche de la Winterpause, tout s’accélère. Silencieux au départ, les deux hommes vont commencer se clasher par médias interposés. Preetz nie tout d’abord les propos de Babbel: « Ce qu’il a dit est totalement faux » . Ce dernier s’énerve: « Tous ceux qui me connaissent savent que quand je dis un truc, c’est comme ça et pas autrement. Si quelqu’un a un avis différent, peut-être qu’il a mal entendu ce que je lui ai dit » . Preetz surenchérit: « Quand il s’agit de choses importantes, mes oreilles sont toujours prêtes à écouter ce qu’il y a à dire. Mes oreilles fonctionnent très bien » . Boum.

Clash dans les médias

Bushido, Sido et toute la clique d’Aggro Berlin n’ont qu’à bien se tenir: les MC Markus et Michael sont des gars chauds de la punchline. Petit à petit, cette atmosphère délétère se ressent sur le terrain: le Hertha BSC ne gagne plus depuis le 23 octobre, et Babbel commence à être sifflé par ses propres supporters. Forcément, tout le monde pète un câble, le coach le premier. Surtout quand il apprend qu’il ne lui reste plus que les deux matchs de 1.Bundesliga à coacher. « Je n’ai pas envie de raconter n’importe quelle merde. Six semaines durant, je n’ai rien dit, pour le bien du club. Croyez-moi, ce n’est pas agréable, je ne le fais pas de bon cœur » . Un tête-à-tête avec son supérieur est-il envisageable ? Même pas. « Comprenez-moi, je ne peux pas faire ça. Me voir traité de menteur, c’est quelque chose que je ne peux pas accepter » . Babbel l’a super mauvaise; mais pour que la fête soit au top, here comes a new challenger: Werner Gegenbauer, le président du Hertha, s’incruste dans le clash et se range aux côtés de son manager. Pour lui, Babbel n’est pas crédible: « Il ne faudrait pas se la ramener avec des histoires dignes du Baron de Münchhausen » . MC Markus est à terre: l’homme le plus important du club, celui pour qui il avait énormément d’estime, prête main-forte à son nouvel ennemi.

La chute

Du coup, à Berlin, tout s’accélère: Babbel, qui devait rester jusqu’à la fin du mois de décembre, devra partir deux semaines avant. Soit juste à la fin de la Hinrunde. Pour ce qui est du match de Coupe d’Allemagne face à Kaiserslautern, on avisera. Bild, toujours dans les bons coups, croit savoir que Preetz a rencontré Michael Skibbe à Düsseldorf, Skibbe qui travaille actuellement au renforcement de l’amitié germano-turque avec Eskisehirspor, actuel troisième de Süper Lig, à égalité de points avec Besiktas. En attendant, il reste un match de championnat à gérer, face à Hoffenheim. L’égalisation à la dernière minute de Hubnik donne l’occasion à Babbel d’avoir un dernier moment de joie avec ses joueurs, qui n’ont rien pu faire pour empêcher l’escalade entre les deux protagonistes. A leur manière, les Herthaner tentent donc d’apporter un peu de réconfort à leur entraîneur. Holger Stanislawski, le coach de Hoffenheim, essaye d’en faire de même, mais de manière un peu plus ironique. « Tu penses que tu seras encore là pour la fête de Noël de ton club ? » , demande-t-il en souriant à Babbel en conférence de presse. « Trou du cul » , répond celui-ci, avant de le prendre dans ses bras.

Le lendemain, dimanche 18 décembre, Markus Babbel est démis de ses fonctions. KO. Rainer Widmayer, son assistant, s’occupera du match de Coupe. Michael Skibbe débarquera le 1er janvier. Au chômage, Markus Babbel a désormais tout le temps du monde. Du temps pour profiter de sa famille, du temps pour se faire enlever son tatouage. Bild croit savoir que Babbel aura peut-être aussi du temps pour régler cette affaire avec Preetz devant un tribunal. Selon la tradition judéo-chrétienne, les hommes, qui parlaient tous la même langue, voulurent ériger une tour à Babel pour atteindre le Ciel. Le propriétaire dudit Ciel a détruit la Tour de Babel, a dispersé les hommes et leur a donné plusieurs langues, ce qui a créé des problèmes de communication. Au Hertha, c’est l’inverse: ce sont les problèmes de communication qui ont fait s’effondrer Babbel.

Par Ali Farhat
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ToreAndreFlo Niveau : District
Tres bon article! Byebabbel
Apres, ca reste un club en bois qui signerait cash pour une 15 eme place a l'abri des barrages
Très bon article, comme d'hab, d'AF.

"Club en bois", pff, ça veut dire quoi ? T'es pas au magasin Disney, ici et il y a un monde au delà de la champions league! Chacun son histoire, chacun son parcours, quand on aime le foot on ne dénigre pas les clubs comme ça.
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