Avis à la concurrence

Après quelques semaines/jours de doutes et d'atermoiements, la réponse est finalement tombée mardi soir vers 23h45 du côté de Murcie. L'Espagne est prête et elle est au grand complet. Certes la Pologne, ce n'est pas la Chine. Mais claquer un 6-0 à une semaine du Mondial, c'est toujours mieux pour se mettre en jambes et engranger quelques certitudes. Compte-rendu.

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« Une victoire de l'Espagne au Mondial serait notre seule joie au milieu d'une année très difficile. Et ça, ça n'a pas de prix » . Marca a la larme à l'œil. Ces dernières semaines ont été difficiles pour les Espagnols. Mardi, tous les fonctionnaires du pays étaient en grève générale et se sont jetés dans la rue. Le gouvernement de Zapatero impose un régime à tout le monde. Au programme : baisse des salaires et hausse des impôts ou comment se faire 40 millions d'ennemis en quelques heures. Du coup, parler des primes en cas de victoire finale au Mondial (550 000 euros par tête), c'est s'assurer une polémique de presque une semaine. En période de crise, tout le monde est suspect, même San Iker : « Moi aussi je souffre de la crise, à travers mes proches, mes cousins, ma famille » . Des primes exorbitantes ? « Il ne faut pas tout mélanger » . Et pourtant, si on mélangeait tout, pour une fois ?

Car tout le pays devient fou dès qu'il s'agit du Mondial et de sa Seleccion. La hausse de deux points de la TVA (qui tombera en même temps que les huitièmes de finale), fait beaucoup moins peur que le Portugal, la Côte d'Ivoire ou le Brésil. Lundi il y avait 10 000 personnes pour le dernier entrainement de la Roja à Madrid. Hier soir, les Beatles sont ensuite partis jouer à Murcie leur dernier match de préparation et c'est là qu'il fallait les voir, sur scène.

Récital en deux actes

Sur le banc, au début du match il y a Fabregas, Pedro, Navas, Torres. Sur la pelouse, il y a encore mieux. En attendant le retour au top du Niño Torres, Del Bosque a sorti son (presque) 11 majeur. Iniesta en chef d'orchestre, Xavi en métronome et Alonso en tour de contrôle. Ces trois-là, quand ils jouent comme hier soir, sont peut-être ce qu'il y a de mieux au milieu de terrain depuis une bonne vingtaine d'années. Iniesta plie le match en 15 minutes après deux coups de baguette magique (Villa, 12ème ; Silva 15ème). Andrés se fait un peu mal, alors pour bien garder le bijou de famille au frais, Del Bosque le remplace par Pedro à la 32ème. Ce qui frappe chez les Espagnols, c'est une hallucinante fluidité dans les enchaînements et une incroyable capacité à imposer leur rythme. La sélection espagnole, c'est l'impact du Real ajouté à la fluidité du Barça. Résultat : 3 buts en 50 minutes.

Puis à la 51ème, les doublures s'y mettent. Fabregas pour Xavi, Navas pour Silva et Ramos pour Arbeloa. Passe en profondeur d'Alonso (celui de Liverpool, pas celui du Real), Fabregas dans l'intervalle et hop. (57ème 4-0, déjà). Le genou droit de Torres va beaucoup mieux. La preuve, un pion à la 75ème à l'issue d'un triangle avec Fabregas et Pedro dans la profondeur (5-0). Pedro conclut l'histoire par un lob sur le malheureux Kuszczak (6-0). Le ballon n'est pas vraiment rentré, mais peu importe. Il est 23h35 et l'Espagne vient de coller une roue de vélo aux Polonais. C'était donc ça le foot.

Où tu veux, quand tu veux

Cette équipe d'Espagne-là est imbattable parce qu'elle est parfaitement maîtrisée et équilibrée. C'est pour cette raison qu'elle est encore plus forte qu'en 2008. Del Bosque a fabriqué trois animations parfaitement rodées à sa disposition.

1. Le Toque (jeu court, passes redoublées et foot à la Barça).


2. Jeu direct (Llorente in the box, Piqué, Ramos et Puyol sur coups de pied arrêtés).


3. Les nains volants (Navas et Pedro, de la profondeur, des centres et des coups de patte).

Selon l'adversaire, selon le rythme et selon le contexte, l'Espagne peut battre n'importe qui, n'importe où, n'importe comment. Mais le point fort de l'Espagne est aussi son point faible. A vouloir trop amuser la galerie, on oublie l'essentiel en période de Mondial : la gagne. Car depuis 2008, l'Espagne ne lutte plus contre grand monde, à part contre elle-même. Le seul match où les lutins de Del Bosque auraient dû forcer leur talent –contre les États-Unis en demi-finale de Coupe des Confédérations en 2009– s'est soldé par l'unique défaite du groupe en deux ans. Les Ibériques ne savent plus subir un match car ils sont devenus susceptibles. Ce sont eux les maîtres du jeu, pas question de leur tenir tête et de leur voler la vedette. Un problème de riche ? Certes. Mais un problème quand même.

Thibaud Leplat, à Madrid

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"C'était donc ça le foot."
Oui, c'est ça. Rien à voir avec l'inter, hein ?
La Roja ne sera peut-être pas championne du Monde, mais son jeu lui, oui !
Héhé.
Très bon article, avec tout de même quelques réserves sur le contenu. En premier lieu, le rôle-clef d'Iniesta (Il n'est que de voir les conséquences de son absence en Coupe des Confédérations ou pour la confrontation Inter Milan - Barcelone de ce printemps) qui n'a pas de remplaçant. En second lieu, un pur buteur avec Villa et un complément plus technique et plus complet avec Torres, mais aucun joueur (à l'exception d'Iniesta) capable de perforer une défense à lui tout seul. Enfin, leur titre de 2006 laissera toujours un goût d'inachevé à ceux qui rêvaient d'un Pays-Bas / Espagne en finale : nous en fûmes privés par G. Hiddink et la condition physique (???) stupéfiante des russes au bout de 115 minutes de jeu. Je ne suis pas aussi certain que vous paraissez l'être du résultat d'une confrontation entre les deux équipes : l'un des trois meilleurs joueurs du monde en 2010 s'appelle A. Robben et il ajoute à la tradition offensive hollandaise une dimension d'imprévisibilité absolue qui ne se retrouve peut-être dans la mécanique grandiose du ballet espagnol.
Cette equipe d'espagne est un regal à voir jouer ; 10 buts en 3 matchs alors ok ce n'etait pas le bresil en face mais quand certains n'arrivent pas à gagner contre la Tunisie ou la Chine eux au moins font le boulot;
Alors je ne dirais pas que cette equipe va gagner la CDM mais au moins une chose est sure elle sera belle à voir jouer et fera un beau parcourt.
"Iniesta en chef d'orchestre, Xavi en métronome et Alonso en tour de contrôle. Ces trois-là, quand ils jouent comme hier soir, sont peut-être ce qu'il y a de mieux sur un milieu de terrain depuis une bonne vingtaine d'années."

Et c'est reparti pour une litanie de superlatifs !
Et pourquoi juste une vingtaine d'années, pourquoi pas 10, pourquoi pas 30 ?

Juste comme ça, il y a moins de 10 ans, on a dit (à raison) la même chose de Zidane, Pires et Vieira, ou encore de Pirlo, Totti et Gattuso. Et j'aurais pu en citer d'autres.
Voilà, les journalistes ont souvent la mémoire courte.
Un manque chronique de recul et de vision à long terme. Un des mal de cette profession.
ça pue 2000 et la France qui est arrivée au bout. seul point noir: le manque de puissance physique. c'est donc peu. Spain rules.

Par contre oui, en 20 ans y'a eu des gros joueurs: Riquelme, Zidane, Totti...
très bon article comme souvent d'ailleurs, je tiens juste à signaler une chose je trouve ça énervant qu'il y est pas eu un article sur les pays bas après leur victoire de samedi contre la hongrie... il on fait environ le même match que l'espagne hier, c'est à dire un match extraordinaire, du beau spectacle et beaucoup de but !!! ce qui m'énerve c'est que pour l'espagne tout le monde est d'accord pour dire qu'ils sont les meilleurs du monde et j'en passe... (je suis d'ailleurs d'accord avec ça) ce qui me gène c'est que on oublie trop souvent la hollande... leur match de samedi était aussi jolie niveau qualité de jeu que celui de hier soir de l'espagne, pour l'un tout le monde fait des louange et je suis d'accord avec ça, les pays bas après leur match la seul chose que l'on retient c'est que Robben est blessé... je trouve ça un peu triste !!!

sinon juste pour dire que ce site est super les articles sont de qualité et l'humour est bon !!!
@ Superpoy 9 juin 2010 15:42 ,

je pense que ce que sous-entend l'article, c'est qu'il n'y a jamais eu un tel niveau entre plusieurs joueurs du milieu de terrain depuis... le "carré magique" de Platini peut-être ?
Après ça se discute, mais c'est le niveau de l'ensemble des joueurs qui est ici mis en valeur je pense. Pas celui d'un seul joueur.
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