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  2. // Interview Abdelkader Ghezzal

« Avec La Fouine, on s'appelle souvent »

Aujourd’hui à Côme, Abdelkader Ghezzal a roulé sa bosse en Italie, entre une galère à Bari, une faillite à Parme, La Fouine et son frangin Rachid.

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Tu débarques en Italie en 2005, un peu par hasard en fait ?
C’est vrai, j’avais le même agent que Jamal Alioui qui avait signé à Crotone, lequel cherchait un autre jeune, mais en attaque. On m’a proposé un essai d’un mois, qui a été concluant. Je suis passé de la CFA avec Saint-Priest à la Serie B. En fait, je n’avais jamais quitté Lyon et sa banlieue, j’ai même fait trois ans au centre de formation de l’OL jusqu’en U13 avec les Berthod, Clément et compagnie. Ensuite, je suis repassé par le FC Vaulx-en-Velin et donc à Saint-Priest, j’ai tenté des essais à Gueugnon et Le Mans, mais sans succès.

Ça fait quoi de finir au fin fond de Calabre du jour au lendemain ?
(rires) J’avoue que ce n’était pas simple, je suis parti tout seul en plus, mais quand tu veux réussir, il faut faire ce genre de sacrifice. Et puis, j’ai eu de la chance car il y avait Alioui, Piocelle, Konko... Ça m’a permis de m’intégrer petit à petit, on habitait dans la même résidence, on mangeait toujours chez l’un ou chez l’autre.

Hormis les 6 premiers mois, tu enchaînes direct 40 buts en deux saisons et demie, le foot italien t’a de suite convenu, non ?
Il y a eu la période d’adaptation, le temps de comprendre la langue, mais aussi un nouveau football beaucoup plus tactique.
« Passer de la Calabare à Turin, c’était comme passer d’un pays à l’autre »
J’ai été rapidement prêté à la Biellese en D4, et ça m’a fait énormément de bien car j’étais le seul Francophone, donc plus le choix, j’étais livré à moi-même. D’ailleurs, c’était comme passer d’un pays à l’autre, puisque Bielle est au nord de Turin, j’y ai inscrit 9 buts en 11 matchs et ça m’a vraiment lancé.



Tes deux années à Sienne en Serie A, ça reste le top de ta carrière ?
Oui, sans doute. En plus j’arrivais de la Serie C1, j’aurais pu souffrir de ce changement de niveau, mais j’ai bien encaissé le coup. J’ai eu la chance de tomber sur un grand coach comme Marco Giampaolo qui n’a pas regardé mon CV, mais juste mes qualités. Il y a avait une belle concurrence - Frick, Maccarone, Calaio - qui venait de Naples, j’ai quasi été tout le temps titulaire durant ces deux saisons.

Tu as tout vécu en Italie, à Bari. Tu te retrouves dans une équipe engluée dans le Calcioscommesse, tu avais grillé quelque chose ?
Ce sont des choses auxquelles on pense, mais jamais je n’aurais imaginé qu’un coéquipier puisse faire ce genre de choses.
« Eh oh, vendre un derby contre Lecce quoi ! Quand le scandale a éclaté, j’étais choqué. »
Eh oh, vendre un derby contre Lecce quoi ! Quand le scandale a éclaté, j’étais choqué. J’ai été convoqué par la justice sportive, comme tout le reste de l’équipe, mais ils savaient déjà tout avec les écoutes téléphoniques, les matchs concernés, mon interrogatoire a duré cinq minutes.

Tu as tenté d’obtenir des explications auprès des mecs qui sont tombés ?
Tu sais, je suis parti à Cesena, chacun a pris sa route, c’était 5, 6 gars qui étaient vraiment dedans. Masiello par exemple, je l’ai recroisé, mais je n’avais même pas envie de lui parler et de savoir pourquoi il avait fait ça, c’était bonjour, au revoir et terminé.

La saison passée, tu as connu la galère parmesane.
Grosse déception pour un énorme club avec de grosses infrastructures. C’était vraiment la saison galère sans toucher ses salaires, j’ai perdu deux ans de contrat dans l’affaire, mais on a eu la chance d’avoir un groupe vraiment solidaire, grâce notamment au coach Donadoni, qui a réussi à gérer la situation pour aller de l’avant. On a tous essayé de savoir ce qu’il se passait, sauf que le président Ghirardi a disparu, l’Albanais qui lui a succédé ne s’est jamais présenté, le seul qu’on a vu c’est Manenti, mais on a vite compris qu’il n’y avait pas grand-chose à attendre de lui.


Tu as vraiment galéré niveau argent ?
Heureusement que la plupart des joueurs étaient des mecs en pleine carrière qui avaient pu mettre des ronds de côté comme moi, mais il y avait quelques jeunes qui avaient vraiment des difficultés, et surtout le personnel en fait qui a un salaire normal et une famille à assumer.

Vous avez tenté de les aider ?
Le groupe télé SKY est venu tourner une espèce de télé-réalité tous les jours afin de suivre la situation de l’intérieur. L’argent qu’ils ont donné, on l’a partagé avec les magasiniers, les masseurs, etc.

Et les perquisitions des huissiers ?
Il y en avait oui, mais pas tant que ça, les journaux en ont fait des tonnes là-dessus.


Un mot sur l’Algérie. Déjà, le foot algérien s’exporte bien en Italie, tu as ouvert un peu la voie ?
Taider, Ghoulam, Mesbah, etc. Effectivement, c’est une très bonne chose pour la sélection.
« Maintenant, tout a changé, les jeunes se décident plus tôt, ils viennent aussi jouer en Serie A, ça a relevé le niveau des Fennecs de plusieurs crans. »
Quand je suis arrivé en Italie il y a dix ans, personne ne la connaissait, car peu de joueurs prenaient vraiment en considération la possibilité d’évoluer avec l’Algérie. Maintenant, tout a changé, les jeunes se décident plus tôt, ils viennent aussi jouer en Serie A, ça a relevé le niveau des Fennecs de plusieurs crans. On a quand même accroché l’Allemagne au dernier Mondial, alors qu’elle a mis des raclées à tout le monde.

3 buts en 28 sélections pour toi, quel est le meilleur souvenir ?
Le barrage de qualification à la Coupe du monde 2010 contre l’Égypte. C’était un tout, il y a eu l’attaque du bus lors du match retour, le match d’appui au Soudan que l’on remporte 1-0 et que j’ai joué entièrement. La fête de retour au pays. Des émotions à n’en plus finir...

Et le pire, c’est l’expulsion contre la Slovénie au Mondial 2010 ?
Quand je me suis fait les croisés et le rouge contre la Slovénie au Mondial sud-africain, je me suis fait emporter par l’envie de trop bien faire, je suis entré avec trop d’envie, et bim, deux jaunes en un quart d’heure. Heureusement, je pense que les supporters algériens ne m’en veulent plus aujourd’hui.


Quel rapport tu entretiens avec ton frangin Rachid ?
Excellent, on a eu une excellente éducation, c’est quelqu’un qui a la tête sur les épaules et qui est très lucide. Il a toujours été sérieux et c’est un gros bosseur : la preuve, il a fait toutes ses classes à l’OL jusqu’à faire partie de l’effectif pro. C’est mon devoir de lui éviter les erreurs que j’ai pu faire, mais il n’y a pas besoin d’être toujours derrière lui, car niveau ballon et comportement, il est top. Je suis vraiment fier de lui.


Et quel rapport tu entretiens avec La Fouine ?
(rires) C’est un grand ami à moi, on se connaît depuis trois ans maintenant, on avait des connaissances en commun et on est devenu de suite de grands potes, on s’appelle souvent.

Tu es très actif sur les réseaux sociaux en postant des photos de soirées et des rencontres VIP.
« J’ai la chance de connaître des personnes importantes et je trouve que c’est une bonne chose de faire découvrir cet aspect sur les réseaux sociaux »
Alors l’important, c’est que ça ne déborde pas sur ta carrière pro, je veux dire, je donne tout aux entraînements et en match et ça n’influe pas. Mais à travers le foot, j’ai la chance de connaître des personnes importantes et je trouve que c’est une bonne chose de faire découvrir cet aspect sur les réseaux sociaux. Je le fais naturellement, sans me prendre la tête.

Tu penses faire ta reconversion dans le monde du showbiz ?
Et pourquoi pas ? J’ai même fini sur des revues people, mais bon j’ai pas les paparazzi aux fesses toute la journée, hein.

Comment expliques-tu cette popularité dans le milieu ?
Je me sens vraiment super bien en Italie. J’ai toujours été moi-même et je pense que c’est vraiment apprécié. Je n’ai jamais été quelqu’un qui a pris la grosse tête, parce qu’il devient footballeur, tout reste spontané dans ce que je fais, rien n’est calculé.



Tu as fait six mois sans club après la faillite parmesane, il s’était passé quoi ?
« Après la faillite de Parme, je suis rentré m’entraîner à Lyon, ça a duré plus longtemps que prévu, mais c’était un mal pour un bien »
Je suis rentré m’entraîner à Lyon, ça a duré plus longtemps que prévu, mais c’était un mal pour un bien, car c’était une période où mon frère avait un coup de moins bien, donc il avait aussi besoin de ma présence. Ça m’a permis de le suivre un peu plus. Et regarde, j’ai retrouvé un club et lui cartonne de nouveau.

Et comment ça se passe à Côme, bon dernier de Serie B ?
Le maintien va être compliqué, il faut donner le max tant qu’on n’est pas condamné mathématiquement, mais ça va être difficile, et c’était déjà le cas quand je suis arrivé. J’ai signé jusqu’au mois de juin, mais je n’appréhende pas la suite, comme d’habitude, je ne me prends pas la tête.*

* Côme a depuis terminé dernier de Serie B et a donc été relégué en Lega Pro.

Tous propos recueillis par Valentin Pauluzzi
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