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Au PSG, la chasse au supporter contestataire continue

Venus soutenir leur équipe féminine contre Wolfsburg en demi-finale retour de la Ligue des champions dimanche à Charléty, des supporters du PSG ont été refoulés à l'entrée. D'autres ont passé deux heures devant le stade, encadrés par des CRS relevant leur identité et les prenant en photo. Une semaine auparavant, ils avaient pourtant pu assister au match aller en Allemagne sans le moindre incident.

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Anwar n'est arrivé devant le stade Charléty que depuis cinq minutes quand il est interpellé par un policier en civil lui demandant sa carte d'identité. « Il a noté mon nom et mon prénom avant de me laisser partir, explique le supporter parisien de 21 ans, qui souhaitait assister à la demi-finale retour de la Ligue des champions féminine entre le PSG et Wolfsburg, dimanche 26 avril à Paris. Je suis allé vers la billetterie pour acheter une place, mais un steward m'a bloqué. Il m'a dit : "Tu ne passes pas, c'est ce qu'on me dit dans l'oreillette. Je ne fais qu'appliquer les ordres." » Anwar en est persuadé, l'ordre vient de la direction du PSG. Depuis cinq ans et la mise en place du plan Leproux, il fait partie des nombreux contestataires de la politique du club de la capitale et de ses dirigeants qataris. « Ils avaient dû me voir au Parc contre Glasgow, suppose-t-il. J'étais déjà fiché. »

« On n'est pas en France, ici c'est le Qatar »


Supporter frondeur boycottant le Parc des Princes depuis 2010, Alexandre* est lui aussi refoulé à l'entrée du stade. Arrivé discrètement avec sa place, sans signe de contestation ni maillot, cet ancien abonné de la tribune Boulogne est d'abord stoppé par un steward, tout comme un de ses amis. Motif invoqué ? Avoir assisté au quart de finale à Glasgow et à la demi-finale aller à Wolfsburg. Un non-sens pour le jeune homme de 23 ans qui tente alors d'accéder aux tribunes en achetant une place par une autre entrée. Mais là encore, refus catégorique. « Au moment de payer, un responsable de la sécurité est venu empêcher la vente, raconte-t-il. Il a dit : "Eux, tu ne leur vends rien." Et quand on lui a demandé des explications, il a répondu : "On n'est pas en France, vous savez bien. Ici, c'est le Qatar." » Une version confirmée par plusieurs supporters présents au moment de la discussion.



Dans sa guerre contre les supporters contestataires, le PSG fait des victimes collatérales. Totalement étranger au mouvement ultra et à la politique du club de la capitale, Olivier subit le même sort qu'Anwar et Alexandre. « On avait passé la fouille quand des stewards nous ont interpellés avec mon ami, relate le jeune homme de 19 ans. Ils nous ont dit qu'on ne pouvait pas entrer, que la direction du club ne voulait pas de personnes comme nous. On était choqués. Nos visages et notre style vestimentaire ne leur ont pas plu. » Et quand il demande comment se faire rembourser, l'un des stewards lui répond simplement d'envoyer un mail au PSG. « Ils nous ont parqués dans une sorte d'enclos pendant dix minutes, sous la pluie, sans possibilité de sortir, enchaîne Olivier. On aurait dit des animaux. »

« Le PSG ne voulait pas qu'on nous voit ou qu'on nous entende à la télé »


Quelques secondes après le coup d'envoi du match, un groupe composé d'une soixantaine de supporters parisiens se poste devant les grilles du stade Charléty. Venus à l'appel de l'Association de défense et d'assistance juridique des intérêts des supporters (ADAJIS), qui a publié un communiqué quelques jours avant le match, ces supporters contestataires sont immédiatement entourés par des dizaines de CRS qui les attendent depuis plusieurs heures. Après avoir allumé des fumigènes lors de l'ouverture du score des joueuses parisiennes, ils sont poussés par les hommes casqués à s'éloigner du stade. « Le PSG ne voulait pas qu'on nous voit ou qu'on nous entende à la télévision » , assure Anwar, qui a rejoint le groupe après avoir été recalé à la billetterie.

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Les supporters parisiens passent deux heures sur le trottoir devant Charléty, encadrés par les CRS. « J'ai vu des toilettes pas loin, j'ai demandé si je pouvais faire mes besoins, mais non, même pour ça, je ne pouvais pas sortir » , explique Nicolas*, 23 ans, qui participe régulièrement à des actions de contestation. Près de trente minutes après le coup de sifflet final, le groupe est enfin autorisé à partir, non sans un contrôle d'identité préalable. « Pendant la prise d'identité, un CRS nous a tous pris en photo avec une Go Pro » , poursuit Nicolas qui profite du climat plutôt détendu pour discuter avec un autre CRS, visiblement mal à l'aise avec la situation : « Il m'a dit que de toute façon les politiques et le Qatar marchent ensemble contre nous, qu'on ne peut rien faire, qu'ils trouveront toujours quelque chose pour qu'on ne puisse pas assister à un match. » Contactés, le PSG et la division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) n'ont pas répondu à nos demandes d'interview.


« Le coup de la Go Pro, c'était une première » , souffle Anwar. « C'est le baptême du Fichier stade » , ironise Alexandre, qui a regardé la deuxième mi-temps dans un bar à côté du stade. Depuis le 23 avril, l'arrêté « Fichier stade » autorise la police à « mettre en œuvre un traitement automatisé des données à caractère personnel » concernant les « personnes se prévalant de la qualité de supporter d'une équipe ou se comportant comme tel » lors de toutes les manifestations sportives de Paris et sa petite couronne, ainsi que lors des matchs du PSG, à domicile comme à l'extérieur. En clair, toute personne ayant un comportement de supporter du PSG est désormais légalement susceptible d'être fichée par les autorités. Deux procédures ont déjà été lancées contre cet arrêté cette semaine, à l'initiative de l'ADAJIS et de la Ligue des droits de l'homme (LDH) qui ont, tour à tour, saisi le Conseil d'État.

Refoulés à Paris, accueillis en Allemagne


Une semaine plus tôt, ces mêmes groupes de supporters parisiens avaient pourtant pu assister à la victoire de leur équipe féminine en demi-finale aller contre Wolfsburg (2-0), sans le moindre problème. Venus à plus de soixante, ils avaient d'ailleurs entonné le fameux « Ô ville lumière » avec plusieurs joueuses du PSG au coup de sifflet final. Si cette communion a été rendue possible, c'est grâce à une belle organisation en amont, initiée par les supporters parisiens, coordonnée par l'association Football Supporters Europe (FSE) et mise en place par le Fanprojekt du VfL Wolfsburg. « En fait, on a anticipé le fait que le PSG nous empêcherait d'aller assister à la rencontre, explique Jacques*, membre de l'ADAJIS. Du coup, on s'est manifestés auprès de la FSE, dont nous sommes membres, et nous leur avons demandé de prendre contact auprès du VfL Wolfsburg et des autorités pour les prévenir de notre venue et de l'organiser. »

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Une initiative immédiatement soutenue par l'association, qui a un bureau à Hambourg. « Cela fait des années que l'on est en contact avec des supporters du PSG, raconte Daniela Wurbs, la boss de la FSE. Au début, Fan Projekt VfL était un peu sceptique. Mais ils nous ont fait confiance, et ça s'est super bien passé. En fait, les fans voulaient juste voir le match, rien d'autre. » « Sur place, la police nous a pris en charge, poursuit Jacques. Les supporters ont pu aller en ville. C'était bien organisé. Il y avait un cadre, ce qu'on ne trouve pas forcément partout. Là, les gens savaient ce qu'ils faisaient. La fouille était bien faite, ils ont tout regardé, ils nous ont dit où nous mettre, il y avait une tribune réservée pour les Parisiens. On a été impressionnés par l'accueil et le professionnalisme. » Bonne nouvelle pour les supporters parisiens, la finale de la Ligue des champions féminine entre le PSG et Francfort se déroulera en Allemagne, à Berlin, le 14 mai. Loin de Paris et de sa politique de tri à l'égard de son public.


Par Quentin Moynet, avec Ali Farhat en Allemagne * Les prénoms ont été modifiés
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