CUSTOMISATION    
«Le football n’a aucun secret, il faut juste savoir réfléchir» Valeri Lobanovski (footballeur soviétique)

ASSE-OL : Encore raté…

AS Saint Etienne   Liga   Ligue 1   Manchester United   Olympique lyonnais   Raul  

30 janvier 2008
Un derby ASSE-OL, c’est 22 joueurs d’inégal talent, trois arbitres à l’inspiration fluctuante, deux staffs généralement à cran, des présidents à l’excitation variable, des supporters plus ou moins virulents mais toujours fervents et des Lyonnais qui exultent systématiquement à la fin.

Dimanche 27 janvier 2008. Le 95ème derby entrait dans sa 86ème minute. Arc-boutés sur leur but pour préserver le maigre avantage acquis en fin de première période, les Verts repoussaient les assauts Lyonnais tant bien que mal – plutôt mal d’ailleurs.

Subitement, le Chaudron, déjà bien chaud, devint bouillant. Du kop nord au kop sud en passant par les latérales, les fans Stéphanois se mirent à pousser de plus en plus fort. Qu’on ne s’y trompe pas. Ce n’étaient pas des chants de victoire qui s’élevaient dans la froide nuit forézienne. Il n’y avait dans ces encouragements nourris aucune certitude sur l’issue de la rencontre. Au contraire.

Sentant les Verts au bord de la rupture, Geoffroy-Guichard tentait juste de leur apporter un supplément d’âme. Pour caresser l’espoir que cette victoire attendue depuis 1994 appartienne enfin à l’ASSE, il fallait tenir. Derrière le portier Viviani, tous les supporters du kop nord étaient maintenant debout, même ceux de la partie supérieure équipée de places assises.

Chaque dégagement de l’arrière-garde stéphanoise était salué comme un but. C’est alors que, à l’orée du temps additionnel, Varrault crocheta Benzema à 25 mètres des cages. Coup-franc. Les chants cessèrent presque instantanément. Seuls quelques irréductibles, au milieu des deux kops, continuaient de martyriser leurs cordes vocales. Partout ailleurs, l’angoisse s’était emparée des travées. Merveilleusement brossé par Benzema, le ballon caressa les filets comme une évidence. Le silence n’eut même pas à s’abattre sur Geoffroy-Guichard. Il s’était installé avant, dès le coup de sifflet de M. Layec sanctionnant la faute.

Dès lors, il ne restait plus au peuple vert qu’à croiser les doigts pour ne pas boire le calice jusqu’à la lie comme en octobre 2004 (menant 2 à 1, les Verts s’étaient inclinés deux fois dans les dernières minutes). Que l’arbitre arrête rapidement les frais avant que les Lyonnais n’enfoncent le clou par un deuxième but !

Fatalisme et résignation

Au coup de sifflet final, l’immense déception était presque mâtinée de soulagement. « S’ils avaient marqué trois minutes plus tôt, on en prenait un de plus derrière » s’exclama un supporter, approuvé par les hochements de tête de la foule quittant les gradins. Une foule qui, de manière frappante, était bien plus marquée par la résignation que par la colère ou l’abattement. Comme si cette issue était inéluctable. Comme si, de toute façon, tout était déjà écrit. Echarpe des Verts et de Manchester United autour du cou, Bruno prit ses amis à témoin. « Je ne me suis jamais emballé. Ils pouvaient être dangereux à tout moment. On savait bien qu’ils étaient capables de nous en planter un jusqu’à la 95ème ».

Lui et ses semblables ont depuis longtemps appris à être fatalistes. « On n’a plus qu’à réessayer l’an prochain » s’efforçait d’ironiser un occupant du kop nord. « Si on est encore en Ligue 1 » lui rétorqua un de ses condisciples en souriant jaune. Pour apaiser leurs souffrances, le speaker souligna que le public stéphanois caracolait en tête du championnat de France des tribunes et qu’il venait encore de faire honneur à sa réputation. Cruelle manière de rappeler que, depuis trop longtemps, les Verts n’existent plus que par leur public.

Ainsi, Geoffroy-Guichard se vida sous les chants lyonnais clamant qu’être supporter des Verts, c’est vraiment « la misère ». Car, scène habituelle des stades, le dépit côtoyait l’euphorie. Benzema battit le record du monde du 35 mètres pour fêter son but avec les remplaçants et entraîneurs lyonnais devant le banc…stéphanois.

Et la tribune réservée aux visiteurs fut traversée par de violentes secousses orgasmiques lors de l’égalisation. Les fans olympiens se préparaient à subir les sarcasmes du peuple vert honni puis à attendre longuement dans la nuit et le froid que les abords du Chaudron se vident pour pouvoir enfin regagner les brumes lyonnaises.

Au lieu du pire, ils connurent, une fois encore, le meilleur. Une égalisation qui résonne comme une victoire. Une nouvelle preuve de leur supériorité sportive. Et une occasion supplémentaire de se gausser des déboires stéphanois.

Un derby « tranquille »

Avant cette issue tragique pour les uns et jouissive pour les autres, cette édition du derby fut particulièrement « tranquille » comme le prédisait deux heures avant le coup d’envoi un Magic Fan.

Cette année, pas d’affaire Piquionne, pas de débat sur la date du match, pas de déclarations fracassantes dans la presse, pas de querelles entre présidents des deux camps – soucieux qu’ils étaient d’apaiser les tensions ou trop occupés à gérer leurs problèmes internes.

Autour du stade, l’atmosphère étonnamment paisible fut à peine troublée par l’efficace déploiement de forces policières.

Dans les tribunes, les injures habituelles résonnèrent, le secteur visiteur et le kop nord s’adressèrent les gestes amicaux classiques (chacun suspectant l’autre d’être non pas une coupe mais un lapin aux grandes oreilles) et la personnalité d’Aulas s’avéra un inépuisable sujet de débat.

Mais il n’y eut cette fois-ci ni jets nourris de projectiles, ni surenchère dans l’insulte, ni référence à la mortalité dans les mines, ni appel au meurtre symbolique, ni carotte dans l’anus de Jean-Michel, ni banderoles vengeresses à l’égard du camp adverse – à l’exception d’un message taquin des Green Angels envers les hooligans lyonnais ayant participé à un reportage télévisé.

En opposition depuis quelques matches à leurs dirigeants, entraîneurs et joueurs, les Magic Fans se contentèrent de chanter – fort – pour leurs couleurs à partir de l’entrée des joueurs sur le terrain, laissant les Green Angels lancer le match et enchanter Geoffroy-Guichard par une ambitieuse animation en trois tableaux sur les thèmes de la Guerre des Etoiles et de la lutte du « football populaire » stéphanois contre le « football business » lyonnais.

Les supporters visiteurs surent aussi se faire entendre lors d’un avant-match moins tendu qu’à l’ordinaire ponctué par un joli tifo affirmant leur attachement à l’OL « à la vie, à la mort » (un derby n’étant apparemment pas concevable sans allusion à la mort) et à l’occasion des quelques baisses de régime du public local.

Ainsi, ce fut un derby haut en couleurs, riche en gags (la passe décisive de Coupet bien sûr mais aussi le tableau d’affichage bloqué à 1 à 0 alors qu’un premier but de Gomis était depuis longtemps refusé pour hors-jeu) et surtout en suspense final, mais sans agressivité excessive tant sur le terrain que dans les tribunes. Pour reprendre les mots d’un supporter stéphanois, lucide malgré la déception, « c’est mieux comme ça ».

Quentin Blandin




Envoyer     Partager Bookmark and Share               Réagissez       En parler sur le forum