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Asmir Begovic, l'exemple

Il est né en Bosnie, a rejoint l'Allemagne à 4 ans pour fuir la guerre, puis le Canada à 10 piges pour y devenir un homme. C'est en Angleterre qu'il a explosé au plus haut niveau et décroché en 2009 sa première cape en sélection. Asmir Begović n'est pas un simple gardien pour la Bosnie, même éliminée. Il est le symbole d'une génération d'exilés revenus pour défendre une identité.

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La sélection bosnienne, ou le binationalisme porté en étendard. Dans un groupe où quinze joueurs n'ont jamais évolué en Bosnie et dix autres ont porté les couleurs d'une autre nation, Asmir Begović, le gardien, tient la palme de la diversité culturelle : né au pays, exilé en Allemagne, formé au Canada et professionnel reconnu en Angleterre, à Stoke City, il n'était pas écrit d'avance qu'il porte un jour la tunique de la Bosnie. Et de fait, cela a failli ne jamais se faire. A l'été 2009, le gardien s'était dit prêt à évoluer avec les A canadiens. Jusqu'à ce que Miroslav Blažević, le prédécesseur de Safet Sušić, ne prenne ses responsabilités et lui passe l'un des coups de fil les plus importants de sa jeune carrière : « Je veux que tu joues pour nous, tu viens ? » , « Ok, faisons comme ça » , répondit Begović. Deux semaines plus tard, il était international bosnien. Sans mentir : comme Pjanić a délaissé un Luxembourg pas assez compétitif pour ses ambitions, comme Kolašinac et Bičakčić n'ont pas tenté d'intégrer une équipe d'Allemagne qui n'avait pas besoin d'eux, comme Medunjanin n'avait probablement pas d'avenir avec les Pays-Bas, Begović a opté pour la Bosnie pour raisons sportives avant tout. « Choisir entre le Canada et la Bosnie n'a pas été simple. Avec la Bosnie, il y avait plus de perspectives en termes d'échéances sportives : le Mondial, l'Euro, et moins de longs voyages aussi. Cela a vraiment été un choix sportif, même si c'était également important de représenter ma famille, dont beaucoup de membres sont encore en Bosnie-Herzégovine. C'est la meilleure décision que j'aie jamais prise. »

"Je n'ai jamais cessé de vivre en Bosnien"

De fait, ce retour aux sources est aussi celui du cœur. « J'ai passé une part importante de mon enfance au Canada, entre 10 et 16 ans, période où l'on grandit vite. Je me suis habitué à la vie là-bas, je me suis fait de nombreux amis, obtenu la citoyenneté, et j'ai même représenté l'équipe nationale en sélections de jeunes. Mais la Bosnie a toujours été présent dans mon esprit » . Pourquoi ? « J'ai passé les quatre premières années de ma vie en Bosnie-Herzégovine. Quand le conflit a éclaté, ma famille est partie en Allemagne. Depuis cinq ans seulement, je représente l'équipe nationale mais entre ces deux périodes, je n'ai jamais cessé de vivre en Bosnien. » Begović et sa famille fuient Trebinje et la Bosnie quand ce dernier n'a que 4 ans, trop jeune pour vraiment comprendre. Direction l'Allemagne, où plusieurs membres de la famille ont pied à terre à Kirchhausen. Six ans plus tard, grand saut au-dessus de l'Atlantique et direction le Canada, plus précisément Edmonton. Une terre de hockey sur glace où le gabarit d'Asmir n'aurait pas dépareillé. Mais comme Begović a toujours gardé un lien avec sa terre natale via la langue et la cuisine, il a toujours su que le football valait mieux que le hockey : son père, Amir, a lui-même été gardien de but professionnel et international espoir yougoslave, du temps de sa jeunesse. « Il a été mon premier entraîneur, m'a enseigné les bases et toutes les techniques » , se souvient le gardien de Stoke.

Loin des yeux, mais donc très proche du cœur. Jeune adulte, Begović revient au pays pour assister aux funérailles de l'un de ses grands-pères. Si le retour aux sources a du bon, il le confronte frontalement aux stigmates de la guerre. Les témoignages de certains proches, oncles, tantes, mais aussi de son ami en sélection Edin Džeko, lequel a vécu le drame de l'intérieur, enrichissent son expérience : « Edin et sa famille sont restés tout le long de la guerre, cela signifie probablement beaucoup plus pour lui que pour moi. » À défaut d'avoir vécu l'atrocité de la guerre en direct, Begović en a conscience : « On m'a parlé des bombardements, parfois on pouvait les prévoir donc les gens se réfugiaient dans des abris souterrains. Mais il était impossible de marcher sereinement dans la rue car tout pouvait arriver, comme un tir de sniper.  » Adrien Hopper, directeur des activités médias dans le petit club anglais de Yeovil Town, où Begović a fait une courte pige en 2008, se souvient que le Bosnien était marqué par la guerre des Balkans, « un sujet qu'il évitait autant que possible d'évoquer » . Plus que de parole, Begović est un homme d'action. Sa manière de contribuer à l'effort de reconstruction s'est matérialisé il y a un an avec la création de l'ABF, l'Asmir Begović Fondation, dont le but est de construire des infrastructures ludiques pour enfants au Royaume-Uni et en Bosnie-Herzégovine.

"Asmir, c'est un message fort"

Ce soir, contre l'Iran, le géant de 1m95, que Lionel Messi avait eu tant de mal à faire plier lors de Bosnie-Angleterre et que Gordon Banks lui-même place « indiscutablement dans le top 3 des gardiens du championnat anglais » , jouera donc pour autre chose qu'un simple match de foot. Car la mission des Bosniens dépasse de loin le cadre d'un tournoi, si l'on en croit ce que leur sélectionneur Safet Sušić confiait récemment à World Soccer : « La plupart des gens n'ont pas quitté volontairement le pays, ce fut la conséquence d'une terrible guerre. Maintenant, nous courons après ces joueurs aux racines bosniennes afin qu'ils jouent pour nous. On n'a pas le choix, nous sommes une petite nation qui ne peut se permettre de perdre des joueurs comme Zlatan Ibrahimović. Le problème va s'accentuer dans les dix ans avec les troisième et quatrième générations de Bosniens vivant à l'étranger. Ce sera compliqué de les faire jouer pour le pays de leur grand-père. C'est pourquoi nous avons besoin de jouer ce Mondial et d'autres tournois majeurs, pour que les enfants s'identifient au pays. » Ce que confirme Mécha Baždarević, le premier capitaine de l'histoire de la Bosnie : « Asmir Begović, c'est un exemple de ce que l'on a vécu en Bosnie. Ce qui est beau, c'est qu'à la fin, son amour pour le pays a fait basculer les choses. D'autres joueurs bosniens ont décidé de représenter d'autres sélections, le fait que lui ait opté pour la Bosnie, c'est un message fort, et cela ne peut qu'inspirer d'autres joueurs. »


Par Nicolas Jucha. Propos de Begovic tirés de The Independent, The Guardian et du site du Yeovil Town
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"Ce soir, contre l'Iran, le géant de 1m95, que Lionel Messi avait eu tant de mal à faire plier lors de Bosnie-Angleterre et que Gordon Banks lui-même place « indiscutablement dans le top 3 des gardiens du championnat anglais »,"

Contrairement à Begovic, Messi n'a pas trop voyagé...
La déception de quitter la coupe du Monde est grande, même si je pressentais que cette première participation pouvait tourner court, par manque d'expérience des grands tournois. Le scénario est cruel, entre malchance et arbitrage moisi. Reste à partir sur une bonne note, j'espère une victoire contre l'Iran.

Personnellement, je suis satisfait de ce que l'équipe a fait, qui, pour diverses raisons, reste le maximum qu'ils pouvaient offrir. Avec des circonstances un peu plus favorables, le passage en huitièmes aurait été jouable, à l'image de la Grèce, que la Bosnie a largement dominée en éliminatoires.

Après le match de ce soir, il faudra tirer un bilan. Je pense que la préparation physique n'a pas été la meilleure, mais c'est arrivé à des équipes plus chevronnées et bien mieux loties dans ce mondial. On quitte la compétition certes, mais il ne faut pas oublier qu'on sera dans le même bateau que d'autres équipes européennes de haut niveau.

L'histoire de Begovic est tout sauf un cas isolé. De nombreux bosniaques ont connu trois, voire quatre pays d'exil. L'Allemagne avait accueilli massivement des réfugiés, mais ces réfugiés, une fois que les Allemands ont considéré la situation "réglée", ont été expulsés en nombre. Certains sont partis aux Etats Unis, d'autres au Canada, en Australie... un peu au petit bonheur la chance. Il faut savoir que même le premier pays d'émigration n'était pas un choix particulièrement élaboré. Dans mon cas, ma famille est venue en France, mais je en sais pas vraiment pour quelle raison, si ce n'est qu'un oncle y était déjà. Mais lui a été envoyé dans le sud de la France, nous dans le nord. Enfin, me voilà :).

Quand il dit qu'il a continué à vivre en Bosnien, je comprends tout à fait. J'ai beau chercher mes mots, être plus à l'aise en Français, connaitre mieux la culture de mon pays d'adoption, je n'en reste pas moins un Bosniaque, à 100%. A un moment donné, quand tu as failli perdre ta vie à cause de ton identité, elle reste bien chevillée à ton corps.

Allez les Dragons.
très beau reportage hier sur Arte, "De Sarajevo à Saravejo"

fin de la minute Télérama :-)
Heiseinberg Niveau : CFA
Si les joueurs français d'origine étrangère étaient pareils ont auraient des équipes africaines bien plus haut niveau c'est dommage !
Mais bon c'est compréhensible qu'ils jouent pratiquement tous pour la France la plupart contrairement a ce gardien Bosnien n'ont jamais vécu/appris l'histoire de leurs pays d'origine.
Message posté par adis
La déception de quitter la coupe du Monde est grande, même si je pressentais que cette première participation pouvait tourner court, par manque d'expérience des grands tournois. Le scénario est cruel, entre malchance et arbitrage moisi. Reste à partir sur une bonne note, j'espère une victoire contre l'Iran.

Personnellement, je suis satisfait de ce que l'équipe a fait, qui, pour diverses raisons, reste le maximum qu'ils pouvaient offrir. Avec des circonstances un peu plus favorables, le passage en huitièmes aurait été jouable, à l'image de la Grèce, que la Bosnie a largement dominée en éliminatoires.

Après le match de ce soir, il faudra tirer un bilan. Je pense que la préparation physique n'a pas été la meilleure, mais c'est arrivé à des équipes plus chevronnées et bien mieux loties dans ce mondial. On quitte la compétition certes, mais il ne faut pas oublier qu'on sera dans le même bateau que d'autres équipes européennes de haut niveau.

L'histoire de Begovic est tout sauf un cas isolé. De nombreux bosniaques ont connu trois, voire quatre pays d'exil. L'Allemagne avait accueilli massivement des réfugiés, mais ces réfugiés, une fois que les Allemands ont considéré la situation "réglée", ont été expulsés en nombre. Certains sont partis aux Etats Unis, d'autres au Canada, en Australie... un peu au petit bonheur la chance. Il faut savoir que même le premier pays d'émigration n'était pas un choix particulièrement élaboré. Dans mon cas, ma famille est venue en France, mais je en sais pas vraiment pour quelle raison, si ce n'est qu'un oncle y était déjà. Mais lui a été envoyé dans le sud de la France, nous dans le nord. Enfin, me voilà :).

Quand il dit qu'il a continué à vivre en Bosnien, je comprends tout à fait. J'ai beau chercher mes mots, être plus à l'aise en Français, connaitre mieux la culture de mon pays d'adoption, je n'en reste pas moins un Bosniaque, à 100%. A un moment donné, quand tu as failli perdre ta vie à cause de ton identité, elle reste bien chevillée à ton corps.

Allez les Dragons.


Très bon article. Dans ton témoignage, tu utilises "Bosnien" et "bosniaque" pour qualifier les habitants de la Bosnie. Y a t-il une nuance entre les deux ou est-ce que les deux s'utilisent couramment?
Message posté par clamorgan
très beau reportage hier sur Arte, "De Sarajevo à Saravejo"

fin de la minute Télérama :-)



Merci pour l'info. Sinon t'as aussi le reportage de la BBC "The death of Yugoslavia" sur l'éclatement de l'ex-Yougoslavie.
Message posté par Tonioman


Très bon article. Dans ton témoignage, tu utilises "Bosnien" et "bosniaque" pour qualifier les habitants de la Bosnie. Y a t-il une nuance entre les deux ou est-ce que les deux s'utilisent couramment?


Les bosniens sont les habitants de la Bosnie-Herzégovine et les bosniaques sont les musulmans.

http://www.europe1.fr/Sport/Articles/On … ue-762873/

ou

http://www.culture-generale.fr/expressi … et-bosnien
@Adis : ce que tu dis sur le fait de se sentir bosniaque, on retrouve ça également chez les Albanais où il y a un très fort sentiment patriotique et d'appartenance à l'Albanie. Tu penses retourner vivre en Bosnie un jour ? J'ai un bon ami qui est né en France (dans le 92) d'un père serbe orthodoxe et d'une mère bosniaque (il me racontait les conflits qu'il y a eu plus jeune entre les 2 familles) mais il me dit qu'il ne se voyait pas retourner vivre en Serbie ou en Bosnie, car bien qu'il ait vécu en Bosnie de l'âge de 1 an à 6 ans, il est habitué à la France et pour lui, ce serait un déracinement que de quitter la France car pratiquement toute sa famille se trouve ici. J'ai une anecdote lors d'un voyage que j'ai fait en Slovénie en 2009, où un Slovène m'a dit que la Bosnie et le Monténégro étaient les 2 plus beaux pays des Balkans à visiter. Tu confirmes ? ;)
Pour le tourisme, je confirme sans hésiter. La Croatie est très belle aussi, mais pourrie de tourisme, c'est insupportable. Et on mange bien mieux en Bosnie. Le monténégro, j'avoue ne pas y être encore allé, mais j'aimerais beaucoup.

Pour ce qui est de retourner en Bosnie, c'est la même pour moi, je ne m'y vois pas, bien que je n'ai quitté le pays qu'à 12 ans. Ma femme est française en plus... Et puis le pays ne s'est jamais remis de la guerre, et je crains que ce ne soit pas pour maintenant. C'est un tout petit pays, coupé en deux, avec deux entités qui ne trouvent pas d'entente. Pour ma part, je me vois mal retourner vivre dans l'entité dont j'ai été chassé précisément parce que Bosniaque (je viens du nord ouest, actuelle République Serbe).

J'adore y retourner en touriste en revanche, c'est un superbe voyage à faire.

J'ai peu de famille en Bosnie maintenant, on a envahi le monde :) > Suisse, Norvège, USA, France, Allemagne...
Message posté par adis
Pour le tourisme, je confirme sans hésiter. La Croatie est très belle aussi, mais pourrie de tourisme, c'est insupportable. Et on mange bien mieux en Bosnie. Le monténégro, j'avoue ne pas y être encore allé, mais j'aimerais beaucoup.

Pour ce qui est de retourner en Bosnie, c'est la même pour moi, je ne m'y vois pas, bien que je n'ai quitté le pays qu'à 12 ans. Ma femme est française en plus... Et puis le pays ne s'est jamais remis de la guerre, et je crains que ce ne soit pas pour maintenant. C'est un tout petit pays, coupé en deux, avec deux entités qui ne trouvent pas d'entente. Pour ma part, je me vois mal retourner vivre dans l'entité dont j'ai été chassé précisément parce que Bosniaque (je viens du nord ouest, actuelle République Serbe).

J'adore y retourner en touriste en revanche, c'est un superbe voyage à faire.

J'ai peu de famille en Bosnie maintenant, on a envahi le monde :) > Suisse, Norvège, USA, France, Allemagne...



Ha d'accord, je pensais que ta famille était arrivée en France et que tu étais né ici après coup. Ça va, tu maîtrises très bien le français à l'écrit, ça n'a pas du être évident ! C'est toujours tendu avec la République Serbe de Bosnie et la Fédération de Bosnie-Herzégovine ? Moi qui pensait que ça s'était calmé depuis le temps...
C'est très complexe la situation aux Balkans, encore plus en Bosnie...
La situation est pacifiée, le problème est politique. L'entité serbe n'entend pas travailler avec la fédération croato-bosniaque, c'est le gros problème. Globalement, le pays a hérité d'une classe politique corrompue, héritée de l'organisation mafieuse de l'économie durant la guerre. Je pense que ce pays n'aura de salut que réunifié, mais c'est encore trop tôt pour ça. La Bosnie est évidemment le pays qui a le plus souffert de la guerre, et qui a été le plus déchiré. Encore aujourd'hui, on en paie le prix.
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