|
||||
|
|
||||
|
Accueil du site
> Le papier ne suffit pas > Entretien avec Peter Luccin
Entretien avec Peter Luccinmardi 5 juin 2007 Tantôt aboyeur, tantôt dépositaire du jeu cyclothymique des Matelassiers de l’Atlético Madrid, Peter Luccin est devenu en l’espace de quelques années le parangon de la formation à la française, à savoir un joueur extrêmement complet, technique, acharné, mûr de surcroît. Luccin joue désormais incontestablement dans la cour des grands...
Tu votes ? Oui bien sûr, à l’ambassade. Mais le problème c’est de savoir pour qui voter. Moi je ne sais toujours pas qui je vais choisir, même je sais qu’il ne reste plus que 4 jours. En revanche je sais pour qui je ne voterai pas, Le Pen ça me semble assez clair, je sais bien qu’on est dans un pays libre mais des mecs comme ça, on devrait pas les laisser se présenter. 30 % des français se déclarent racistes, ça t’inspire quoi ? Ca surprend. Je me dis que c’est sans doute dû à un problème d’insécurité, c’est du moins ce que je ressens. Je me pose la question de savoir si les gens comprennent véritablement le sens du mot raciste... Tu suis un peu l’actualité française ? Oui bien sûr, je suis davantage l’actualité française qu’espagnole, et c’est certain qu’en Espagne on ressent moins l’insécurité, alors certes il y a l’ETA ou le problème des émigrés sud-américains mais bon ça n’a rien à voir avec la situation française, pas plus tard qu’hier d’ailleurs je regardais RFO et je me suis fait la réflexion suivante : la situation devient de plus en plus difficile. Moi-même je ne sais pas si je veux revenir vivre en France avec mes enfants et ma femme. Tu te sens loin de la France ? Non, la France ce sont mes racines, là je dis simplement que je ne suis pas sûr de vouloir revenir, mais je dis ça sous le coup de l’émotion. Il y a tellement de problèmes là-bas, faut pas le nier, tous ces gens qu’on a élus, ils ne font rien, c’est pour ça que je te disais que je suis en plein doute, tous les politiques ont déçu. Moi j’ai la sensation qu’il y a un vrai problème de pauvreté, alors que la France est quand même un pays relativement riche, et je te dis ça alors qu’on fait partie des trois plus grands pays d’Europe. C’est catastrophique ça ! Tu as la sensation que les gens sont plus heureux en Espagne qu’en France ? Oui, vraiment. Moi je me répète mais il y a ce problème de pauvreté en France qui me révolte, ça me touche. On voit d’ailleurs de plus en plus de sportifs s’investir dans des associations, et qui essaient notamment de créer de grands événements : l’exemple du match des amis de Zidane contre les amis de Ronaldo auquel j’ai participé par exemple. Voilà des choses qu’il faut faire absolument. Si on compte sur les hommes et femmes politiques qu’on a élus, on ne va pas aller bien loin. Et la récupération politique des sportifs, tu en penses quoi ? Ca existe c’est sûr. Mais je vais te dire, ça ne me dérange pas qu’on se serve de mon image si la cause apparaît noble et si ça peut permettre de faire avancer les choses. En même temps, on reste des sportifs, on n’a pas les compétences pour mener à bien de si gros chantiers. A notre niveau aussi on a des limites, notamment là où d’autres on été élus pour faire bouger les choses concrètement. Et ça va faire maintenant 7 ans que je suis en Espagne, eh bien durant ces 7 années, rien n’a changé en France, c’est pire, la situation du pays empire, c’est terrible, et je reviens à ce que je te disais il y a un instant, je me pose vraiment la question de rester en Espagne, car je me sens bien là-bas. C’est sans doute égoïste de ma part, mais à un certain moment moi je veux le bien pour mes enfants, pour ma famille, même si ça ne m’empêchera jamais de faire tout mon possible pour aider la France, même si c’est d’ici. C’est indéniable que je n’ai pas le côté médiatique d’un Zidane ou d’un Ronaldo, je veux juste aider du mieux que je peux. Mais ça ne me dit toujours pas pour qui je vais voter, et c’est la question qu’on se pose tous les soirs avec ma femme. Dans notre génération, on sent bien la perte de confiance totale dans les hommes politiques ; j’ai suivi les débats, tu te dis que ça n’avance pas... On parle de la retraite c’est très important bien sûr, de l’éducation et là aussi c’est un point essentiel et primordial, mais je n’entends pas beaucoup de gens prendre position par rapport à la précarité dans laquelle vivent beaucoup. Comment on peut encore laisser vivre des gens dans ces immeubles délabrés, dans ces quartiers, mais qu’ils arrêtent leurs conneries ! Ils veulent démolir, mais avec tout ce qu’on paye comme impôts, ils pourraient tout aussi bien rénover, moi, si tu me dis de payer 50% d’impôts, je te dis OK, mais au moins que je paye pour quelque chose ! Je paierais même plus si l’argent allait dans du concret. Mais la société est de moins en moins solidaire. On vit dans un pays riche, on paye tous des impôts de malade ! On a des immeubles par milliers qui sont vides, inoccupés, eh bien qu’on y loge des sdf, au lieu de ça quoi, eh bah non, on laisse les gens dans la rue. Chez nous, on préfère tout casser pour reconstruire des beaux trucs pour les gens qui ont les moyens, humainement c’est une catastrophe. Tu ressens une cassure en France entre les différentes religions, cultures ? Oui mais ça c’est quoi ? Le manque de respect. Ici c’est quelque chose qu’on ressent moins, sans doute du fait de l’héritage arabo-andalou, puisqu’à un moment cohabitaient les trois grandes religions ensemble sans problèmes. Ici je sens plus de tolérance, plus d’ouverture envers l’autre, chacun respecte la croyance des autres. En France, ça on ne l’a plus. Et là on revient à nos 30%, voilà. Mais la tolérance c’est juste la base de l’éducation : eduquer ses enfants, lorsqu’ils sont en âge de comprendre, c’est leur apprendre à respecter quelqu’un qu’il soit jaune ou vert. J’ai cru entendre Ségolène Royal mettre l’accent sur l’éducation et ça je trouve ça fort important, même si ça veut pas forcément dire que je voterai pour elle. Mais ça, ça me touche particulièrement. Le religieux dans ta vie, ça a quelle place ? C’est dur pour moi d’en parler, ça m’a changé complètement. Je ne veux pas me déballer, ça reste personnel, mais c’est une part importante de ma vie, sans doute la plus importante oui. Ca m’a appris le calme et l’ouverture sur l’autre, je suis devenu plus solidaire, car c’est vrai qu’avant j’étais plus réservé, je m’occupais pas forcément du bonheur de ma famille, j’étais plus jeune, plus égoïste, et même si je sais que je peux en faire encore plus, j’essaie d’apporter aux autres, avec ELA par exemple, où je m’implique avec l’Atlético Madrid. Mais c’est un cheminement personnel, à un moment tu es amené à te poser des questions sur la vie, où je vais en gros, alors j’ai lu, j’ai beaucoup discuté, et j’ai la sensation d’être devenu une personne plus sereine, de plus me consacrer aux autres. Et pour moi, le grand mal de la société c’est que j’ai l’impression que tout le monde ne pense qu’à soi. Egoïsme total. Je comprends que certains aient du mal à donner, mais attentionn ne jamais oublier le respect et la tolérance. Moi je ne veux pas faire de reproches aux familles françaises, disons juste une petite critique, les gens vont se dire mais pour qui il se prend lui, mais lui il dit que si personne ne fait rien, ça va partir en débandade tout ça. Donc c’est vrai que sur le point de l’éducation, je me sens proche de ce que peut penser Royal. On parle foot, l’équipe de France ? Le point noir. Un peu le côté obscur jusque là, on va dire. Pourtant tu avais de bonnes relations avec Domenech chez les espoirs. Tu sais dans les relations, il y a des hauts et des bas. Bon j’avais 17/18 ans et c’est vrai qu’à cet âge là on peut faire des choses qu’on regrette. Quoi par exemple ? Non ça sert à rien d’en reparler. Mais j’ai fait des choix qui n’étaient pas les bons. D’un point de vue sportif ? Oui d’un point de vue sportif. Mais c’est vrai qu’on avait un bon feeling, c’est lui qui m’a pris des moins de 20 pour me faire monter en espoirs, et j’étais le plus jeune de cette équipe là avec les Patrick Vieira, Trezeguet, Henry, c’est vraiment le premier qui m’a donné ma chance en sélection. Bon peut-être que ça fait un moment qu’on ne me voit plus en France aussi, peut-être aussi qu’on ne sait pas ce que je vaux, moi en tout cas ça fait 6 ans que je suis titulaire ici en Espagne dans les deux clubs par lesquels je suis passé. Tu penses faire les frais de la réputation de joueurs ingérables qu’on avait donnée à ta génération (Dalmat, Anelka) ? Possible, mais qu’est-ce que je peux dire aux gens qui pensent ça ? J’ai 28 ans maintenant, ça fait 7 ans que je suis en Espagne, alors si les gens ont encore cette image que j’ai pu avoir quand j’avais 20 ans, celle du petit fou à Marseille, bon, on dit qu’il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis non ? C’est pas une critique envers qui que ce soit, mais moi j’ai une famille désormais, j’ai ma fille, j’attends en plus un nouvel enfant, ce n’est plus la même personne. C’est une personne plus ouverte avec laquelle tu parles. Sportivement ça se traduit comment sur le terrain ? Bah bien mieux, ça fait 6 ans que je suis archi régulier, et que ce soient mes entraîneurs, mes potes d’équipe ou la presse, ici les gens savent. Mais moi j’ai pas envie de me vendre, mes résultats sont là, il y a un club qui apprécie mes performances, qui me paye pour et c’est important pour moi. Après il est vrai que l’équipe de France reste un des mes objectifs premiers. Tu as eu des entraîneurs qui t’ont marqué ? Guy Lacombe oui, je lui dois beaucoup, ça a été le premier entraîneur qui m’a donné ma chance, alors que sans doute d’autres coachs auraient eu peur, se seraient montrés frileux, lui pas du tout, il a imposé un petit merdeux puisqu’à l’époque, j’avais même pas 17 ans, j’étais à un moment où il y avait pas mal de problèmes à l’AS Cannes, des joueurs blessés, et Lacombe a pris ses responsabilités en disant en substance « Moi ce jeune joueur, je le mets dans l’équipe, point barre » et à partir de là, tout s’est enchaîné très vite. J’ai toujours eu des entraîneurs qui avaient du caractère, donc ça m’a cadré un peu même si on dit de moi qu’à Marseille et à Paris j’étais un jeune un peu foufou... Des regrets dans les choix que tu as pu faire niveau clubs ? Non, aucun, j’ai évolué à Cannes où j’ai goûté à la D1 à 17 ans, puis à Bordeaux, qui était à l’époque l’une des grosses écuries du championnat de France, j’ai joué la coupe UEFA, deux finales de coupe de la ligue, ensuite Marseille avec qui je suis vice-champion d’Europe, et vice-champion de France, non vraiment pas de regrets. Même mon passage de Paris à Vigo, un club avec lequel j’ai joué la ligue des champions, s’est avéré positif. Vigo c’est le club qui m’a fait changer radicalement. On a dit alors que c’était pour rebondir, mais moi je te l’affirme, tu ne vas pas en Espagne pour rebondir, ici c’est du vite fait, quand tu es un joueur étranger, ou tu fais tes preuves tout de suite ou tu dégages. Pour moi, c’était partir dans un nouveau championnat, avec une langue différente, une culture différente. Pas de problèmes d’adaptation puisque je voulais vraiment évoluer dans le championnat espagnol. Au niveau de la pratique de la langue, ça s’est bien passé ? Très vite oui, bon, au début avec ma femme, on avait pris des cours pendant les deux premiers mois, mais après tu sais comme c’est, la fatigue, et t’as pas envie, donc on a appris avec la vie de tous les jours. Aujourd’hui on parle espagnol comme on pourrait parler français. Et mes enfants parleraient plus espagnol que français si on ne s’évertuait pas à préserver une culture française à la maison, mais bon dès qu’ils sont dehors, quand ils vont à l’école, ça parle en espagnol. On parle de toi au Barça. Ouais j’ai entendu ça, j’en suis fier. Il faut être sincère, faut pas mentir non plus, c’est un challenge aussi. C’est vrai qu’en plus Rijkaard, ça a été ma référence quand j’étais enfant, j’ai appris de lui, il était physique, dur sur l’homme et très à l’aise techniquement. Et tu aimerais jouer sous ses ordres ? Eh oui, mais le Barça tu le vois c’est le top ! Regarde le but de Messi hier... Qu’est-ce que tu veux faire ? C’est juste incroyable. Tu joues dans une équipe comme ça mais... D’autant plus que moi je sais que si j’évoluais dans ce genre d’équipe, je serai LE milieu défensif, prêt à me défoncer pour les joueurs qui ont du talent. Moi je m’éclate à faire ça, je m’arrache, j’envoie les bois qu’il faut, je récupère des ballons et boum je donne à des joueurs comme Messi ou Xavi. Après tu n’as plus qu’à regarder, ça c’est vraiment le genre d’équipe où tu peux prendre que ton pied. Footballistiquement parlant, qu’est-ce que tu as appris en Espagne ? Moins de déchet dans mon jeu je pense, je crois que je me suis perfectionné dans mon domaine de prédilection, à savoir que je perds assez peu de ballons, et que je suis devenu plus récupérateur, en fait plus malin surtout. Ca va faire 10 ans que j’évolue en professionnels, alors à force tu vois comment il faut te déplacer : tu vas nécessairement moins courir pour rien ; moins courir pour plus jouer au ballon, faire l’effort juste, le geste juste, à l’inverse de quand tu es jeune où tu cours partout mais au final tu ne cours nulle part. Je crois que je sais mieux gérer une rencontre, je vois davantage comment se profile un match en cours de jeu, alors certes ce sont des petits détails bien sûr, la maturité je crois. Mais c’est quelque chose qui est aussi vérifiable dans ma vie quotidienne. Manque plus que l’équipe de France pour être heureux. Ouais exactement. Même si attention je suis heureux hein, j’ai une vie géniale en tant qu’homme alors oui il me manque l’équipe de France pour me sentir parfaitement heureux dans ma vie de footballeur. Mais je suis très content de la carrière que je suis en train de mener. Propos recueillis par Alexandre Gonzalez le 18/4/07 Cet entretien est la retranscription intégrale de l’interview publiée dans So Foot 44. Articles de cette rubrique
Consulter les archives
|
Commentaires :3D.V :
Entretien avec Peter Luccin
17 février 2008 11:27
Tu veux pas revenir à Paris un peu ? Juste comme ça et puis parsque c’est quand même une belle ville
ian :
Entretien avec Peter Luccin
22 juin 2007 10:46
Merci à So Foot de rappeller que le digne successeur de Makelele se trouve à l’Athletico ... Ancien supporter de l’ AS Cannes, je suis ce joueur depuis ces debuts sur la croisette ou son style capilaire était différend mais déjà des qualités au dessus du lot ... Après son départ à Bordeaux ( liaison Cannes - Bordeaux on ne peut plus classique ) ou il confirme, vient l’OM ou il a pu montrer ce qu’il valait sur les terrains européens ... avec une belle équipe autour de lui, il est vrai. Apres Paris ... bof bof, puis l’Espagne ou il montre toute sa classe sans faire de bruit, ce qui le différencie définitivement de Dalmat, auquel beaucoup le compare dans la catégorie " regret " ou "eternel espoir". Un transfert à Barcelone serait ainsi mérité, en plus de le remettre un peu plus en vue. Car Raymond, t’es bien gentil de mettre des Toulalan, Mavuba, Diarra(s) en MD mais chaque fois que je vois ces mecs en bleus, je ne peux pas m’empecher de me dire que Luccin devrait etre à cette place ... et puis Peter en blaugrana, ca m’éviterai d’expliquer le floquage de mon maillot de Marseille ( n°26) aux petits de mon quartier ... Allé Raymond, toi meme tu sais que Luccin est bon, donc juste prends le... spouf :
Entretien avec Peter Luccin
6 juin 2007 00:29
Il est bien ce petit peter luccin, je trouve
|
Dans la même rubriqueAccèder à la rubrique »PublicitéNewsletterBoutique |


![[P]](http://i.sofoot.com/IMG/print.gif)
![[+]](http://i.sofoot.com/IMG/txt_small.gif)
![[+]](http://i.sofoot.com/IMG/txt_big.gif)









