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Entretien avec Fabien Cool

dimanche 29 avril 2007

En bonus du portrait de Fabien Cool, l’interview du gardien auxerrois, dans sa quasi intégralité (réalisée en mars, mais finalement toujours d’actualité), son rapido et sa playlist. Un Fabien Cool, qui, comme chaque militant UDF, doit aujourd’hui avoir la gueule de bois après avoir cru en la révolution centriste (un oxymoron ?). Mais dont le suffrage se voit convoité, comme celui de millions d’autres bayrouistes, par les deux finalistes aux idées désormais aussi larges qu’un bon râteau de jardinage.

Quelles fonctions occupes-tu à l’UDF et en quoi consistent-elles ? Je suis un des vice-présidents de l’UDF Yonne, responsable de la communication. Je m’occupe de la logistique, d’essayer de sensibiliser les gens. J’organise notamment des séances de tractage. J’essaie de meubler le site internet, même si je n’ai pas toujours le temps. A l’UDF Yonne, on essaie de faire vivre la pensée qui nous anime. Dernièrement, on a organisé un ou deux cars pour aller voir Bayrou à Dijon.

Que pourrait amener François Bayrou à la France ? Il amène une certaine fraîcheur dans le monde politique. Et même s’il a déjà été ministre, il en a tiré des leçons, et sait ce qui n’est plus bon pour tout le monde. C’est un des seuls aujourd’hui qui essaie d’être honnête, de dire des vérités, de faire moins de promesses. Lui ose dire qu’il n’y a plus de sous dans la caisse. Si les Français s’intéressent autant à l’élection, c’est parce qu’ils ont pris conscience qu’on est vraiment dans la merde. Et c’est pour ça que l’UDF est en pleine ascension, car nous avons la volonté de sortir la France de la situation dans laquelle elle est. Elle propose des choses simples et cohérentes, notamment dans le domaine de l’entreprise. On ne veut pas revenir aux 35 heures, mais on ne veut pas non plus que les heures supplémentaires soient une charge pour l’employeur. Ce dernier ne paierait que ce qui est travaillé, et pas le surplus de charge. De son côté le travailleur pourra travailler plus, mais que s’il en a envie, car tout le monde n’en a pas forcément envie. Nous voulons également que toutes les entreprises puissent créer deux emplois sans charges.

N’as-tu pas été désarçonné par le changement de positionnement de Bayrou ? Effectivement l’UDF était un parti qui représentait le centre-droit, cependant avec la création de l’UMP, tous les gens qui dans le parti se sentaient très à droite ont migré. A l’inverse, ceux qui sont restés sont de vrais centristes, prêts à réaliser l’alliance entre toutes les compétences, de la droite à la gauche. Y’a un moment où il faut bien retomber sur des choses réalistes. Le mec qui gère sa boîte, lui il est obligé d’être réaliste, sinon il met la clef sous la porte. Ce que veut faire Bayrou, c’est ce qu’aurait dû faire Chirac quand il a été élu avec 82% des voix. Il ne l’a pas fait, il n’a pas représenté tous les gens qui ont voté pour lui, et c’est pour ça que Bayrou ne l’a pas suivi, et a commencé à voter contre les projets du gouvernement. Le but c’est de sortir de la politique politicienne qu’affectionnent tant le PS et l’UMP. Quand j’entends Sarko parler de rupture, ça me fait rire, il fait quand même partie de la majorité actuelle.

Pourquoi Bayrou plus que Royal ? Quand on voit Ségolène Royal entourée d’un Pierre Mauroy, on ne peut pas parler de renouvellement non plus. Il faut se rappeler que le gouvernement Mauroy a été une catastrophe. Tout ce que promet Royal, elle veut le payer avec des hypothèses. Et si la croissance n’est pas à la hauteur de ses prévisions, la France va être encore plus endettée (presque révolté, Ndlr). Et au lieu de consacrer de l’argent au social ou à la baisse des impôts, on va encore dépenser plus pour rembourser la dette. On veut financer des promesses avec de l’argent que l’on a pas, pour moi c’est inconcevable. Vous voyez une entreprise procéder ainsi ? Ca ne marcherait pas. On ne lui prêterait pas de l’argent. Elle se casserait la gueule.

Quelles sont les valeurs de l’UDF ? Beaucoup de tolérance, une valeur qui n’est pas forcément partagée par l’UMP et le PS. Et c’est également l’Europe. A 98%, tout l’UDF a voté pour la Constitution.

Parles-tu des élections avec les joueurs ? Comme ils savent que je suis investi dans la politique, souvent ils viennent me parler quand il y a eu une émission de télé la veille. Mais y’a pas réellement de débat, ce n’est pas le lieu. On ne peut pas comparer la moyenne d’âge des travailleurs du foot avec celle d’une entreprise classique. Footballeur est une profession jeune, ça oscille entre 17 et 35 ans. Et quand on est jeune, on ne s’intéresse pas forcément à la politique. On peut le regretter, mais les footballeurs ne font pas exception.

Depuis quand es-tu militant ? J’ai pris ma carte juste après la création de l’UMP. Le sénateur Serge Franchi est parti à l’UMP, et l’UDF Yonne était complètement détruite. Je connaissais des élus ici. Il y avait tout à reconstruire. Je ne me retrouvais pas dans le schéma politique local. Et j’ai donc voulu m’investir, afin de reconstruire quelque chose. Le volet social plus affirmé à l’UDF qu’à l’UMP me séduisait.

As-tu grandi dans un milieu politisé ? Non. Je suis parti de chez mes parents à l’âge de 14 ans. Ils n’étaient pas du tout politisés. Mes deux parents ont commencé à travailler à l’âge de 14 ans, car leurs parents n’avaient pas d’argent pour qu’ils prolongent leur scolarité. Ils ont débuté comme ouvriers dans une usine. Mon père a monté les échelons et est devenu directeur de l’entreprise. Mes parents ont gagné ce qu’ils ont à la sueur de leur front. Je n’ai jamais manqué de rien. Ils m’ont appris les valeurs.

A quand remonte ta formation politique alors ? Je l’ai notamment acquise en côtoyant les élus locaux sur le terrain. J’ai été amené à bien connaître Jean-Pierre Soissons, qui est un homme politique dans toute sa splendeur. C’est l’ancien maire d’Auxerre. Le président de l’UDF de l’Yonne est un de ses adjoints et un très grand ami. A partir de là on a fait connaissance, on a échangé. J’ai observé, et je pense avoir appris. Quand on côtoie quelqu’un comme ça, on est obligé de bien connaître la politique. Il a été élu sous toutes les étiquettes. Il faut être très fort pour cela. Il a, c’est vrai, même été élu à la présidence de la Région avec les voix du FN. Il a réussi à retourner des gens en sa faveur. Il a été très habile. Et au niveau local, c’est quelqu’un qui est apprécié pour ce qu’il a fait. C’est enrichissant de fréquenter quelqu’un comme cela. Même si après on diverge. A 73 ans, pour moi, il est temps qu’il passe la main.

Et Bayrou, l’as-tu déjà rencontré ? J’ai déjà discuté avec lu. C’était une simple discussion de politesse sur les activités des uns et des autres.

Quand tu t’es engagé, l’as-tu annoncé à Guy Roux ? Non. Ca n’a rien à voir avec mon activité professionnelle. Et puis Guy Roux et le président Hamel n’ont jamais caché leurs affinités politiques, ils ont tous les deux été conseillers municipaux. Je me trompe peut-être, mais à mon sens, Guy Roux va voter pour Sarko. Enfin, Guy Roux fait évidemment passer l’entreprise avant ses affinités politiques. Quand il allait chercher des subventions, il ne regardait pas l’étiquette, il négociait avec toutes les couleurs. C’est quelqu’un de très tolérant. Et depuis qu’il sait que je suis à l’UDF, on n’en pas parlé plus que ça. Guy Roux veut surtout que ses joueurs s’investissent à 150% dans le football.

En général, les clubs sont réticents à ce qu’un joueur affirme publiquement son engagement... Je ne suis pas dans le Parti des Travailleurs, mais il faut bien être conscient que les joueurs sont considérés comme des pions par leur direction. Après, les joueurs ne sont pas à plaindre. Se taire fait partie de la règle du jeu. On vous donne un bon salaire pour jouer, pas pour affirmer vos préférences politiques. C’est un contrat tacite. Les dirigeants font bien comprendre aux joueurs qu’ils n’ont pas le droit de se plaindre, avec ce qu’ils gagnent. Et ils n’ont pas forcément tort, car la contrepartie n’est pas négligeable. On doit jouer, proposer un spectacle.

Sais-tu si d’autres joueurs français sont encartés dans un parti ? Je ne connais aucun joueur de L1 encarté. J’ai entendu que Thuram devait faire quelque chose avec Royal. C’est bien, il défend ses choix, donne son avis. C’est quelqu’un de très respecté, et je n’ai aucun conseil à lui donner, mais qu’il fasse attention à sa crédibilité. La politique ce n’est pas l’associatif. C’est différent.

En tant qu’ancien, quel est ton regard sur les jeunes qui grandissent à tes côtés ? Les sportifs de l’ancienne génération, de manière générale, nous avons appris la vie plus tôt que les autres. On est partis très tôt de chez nos parents, et au centre de formation on n’avait pas d’argent. Ca forge le caractère. Aujourd’hui, je me sens forcément en décalage avec ce que vivent les jeunes footballeurs. Mais ce n’est pas de leur faute. Ils ont tout tout de suite. Ce n’est pas évident pour eux de respecter certaines valeurs. Mais certains y arrivent, il ne faut pas généraliser. Il faut de tout pour faire un monde.

Qu’est-ce qui ne marche plus à Auxerre ? L’AJA était un club à part. A l’époque, huit joueurs du cru sur onze commençaient les matchs. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. Maintenant c’est trois joueurs formés au club, comme un peu partout d’ailleurs. Et depuis que Guy Roux n’est plus à la tête de l’équipe, les entraîneurs ont plus de pression. Ils risquent leur tête à chaque saison, ils n’ont pas envie d’investir dans la formation à long terme. Il faut des résultats tout de suite. Ca n’empêche qu’on peut encore accrocher l’Europe.

As-tu reçu comme un affront le recrutement d’Olivier Sorin au mercato ? Cela ne m’a pas choqué. Mais j’ai été déçu pour les jeunes derrière moi. Maintenant il faut respecter ce choix. Moi j’ai eu la chance de faire quelques intermèdes quand Charbonnier était blessé, et de montrer ma valeur. Alors que les gardiens derrière moi n’ont pas pu montrer, même épisodiquement, leur valeur, car je n’avais jusqu’alors jamais été blessé. On a donc préféré embaucher un gardien qui avait fait ses preuves ailleurs.

Quand penses-tu mettre un terme à ta carrière ? Je vais aviser dans un mois et demi, selon mon degré de récupération. Si ça ne va pas, je déciderai d’arrêter. Si ça va, je pourrai aller dans un autre club. C’est envisageable. Depuis ma blessure, je n’ai qu’une envie, c’est de me faire plaisir.

Tu as déjà dû penser à ton projet de reconversion ? Il va falloir se resociabiliser. Redevenir monsieur tout le monde, et faire des formations pour être compatible avec le marché du travail. Enfin, pour moi c’est encore flou. Ca pourrait être la com’, mais honnêtement je n’ai rien défini. Oui, il est probable que je figure sur une liste de l’UDF au niveau local.

Lors de ta carrière, as-tu été tenté par un autre club qu’Auxerre ? J’ai eu des sollicitations d’autres clubs. Mais je m’en suis toujours protégé en prolongeant mes contrats avant la dernière année. C’était un choix de carrière. J’aurais pu gagner plus d’argent ailleurs (en Angleterre), mais ce n’est pas forcément dans ma mentalité. Je n’ai aucun regret. Je ne suis pas sûr que j’aurais pu avoir un palmarès pareil ailleurs. L’EDF, je n’y ai jamais pensé. Pour moi ça a toujours été une autre planète. Je regardais les matchs à la télé. Et je suis entièrement respectueux de la hiérarchie en place. Des choix sont faits en haut, et tu dois les respecter.

Ronan Le Crom m’a fait part d’une partie de ton jardin secret, ta passion pour le heavy-metal. Tu es toujours fan ? Moins. Mais c’est vrai que durant ma jeunesse la musique me suivait beaucoup plus. J’écoutais Iron Maiden, Def Leppard, ou Metallica, à l’époque où c’était moins commercial qu’aujourd’hui. Désormais je suis plus pop-rock, mais j’écoute toujours les bons vieux groupes. D’ailleurs le 7 mai Deep Purple joue à Auxerre, et je ne pense pas le louper. J’espère que la magie opérera toujours. Ma période tee-shirt, coupe de hardos, ça a été très court. J’ai eu une période de laisser aller, que je ne nierai pas, mais elle fut relativement brève.

RAPIDO

Le joueur le plus Bayrou ? Moi, évidemment.

Le joueur le plus Heavy-Metal ? Encore moi. J’ai su garder ce petit grain de folie.

Le look le plus improbable que tu as vu Cissé arborer ? Tous. Mais lui il peut mettre n’importe quoi et il a la classe, alors que moi si je mettais la même chose je serais ridicule. Enfin, Cissé, c’est vraiment un gars à connaître, bien au-delà de l’image que l’on se fait de lui. Je l’appréciais beaucoup.

Entraîneurs : survêt ou costard ? Survêt et bonnet. Je ne peux pas répondre autre chose, même si les costards c’est quand même plus classe.

Aujourd’hui pour qui serais-tu prêt à faire le plus de sacrifices, Guy Roux ou Bayrou ? Aujourd’hui Bayrou. Les circonstances l’exigent.

PLAYLIST

Michka Queen Coldplay Louise Attaque Deep Purple

Propos recueillis par Thomas Goubin


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