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“On était tellement de gauche, qu’aujourd’hui on ne l’est plus” (1)

jeudi 26 avril 2007

Avec le Bayern, le Real et l’Allemagne, Paul Breitner a tout gagné. Paulo Sollier, lui, a connu son heure de gloire en contribuant à faire monter Pérouse en Série A... Pourtant, malgré ces destins sportifs radicalement différents, les deux hommes ont un point commun : à une époque où, dans leurs pays respectifs, la bande à Bader et les Brigades Rouges semaient la panique, Breitner se faisait photographier devant le portrait du Che et Sollier affichait clairement sa rupture avec la gauche “bourgeoise”. Et maintenant ? Ce texte est paru dans le SF 18, intitulé « Le foot est-il de droite ou de gauche ? » (décembre 2004), ce qui en fait un complément idéal au dossier « Pour qui voter ? » du SF n°43, actuellement en kiosque (sorti le 5 avril 2007).

Attitude désinvolte, coupe “afro”, barbe longue et peu soignée, Paul Breitner assumait pleinement son image de gauchiste, laissant dépasser nonchalamment de son jean le petit livre rouge de Mao. Paul-le-Rouge, comme on l’appelait outre-Rhin, écrit aujourd’hui dans Bild –le plus gros tirage d’Allemagne- et s’est imposé comme le commentateur-consultant vedette de la chaîne Sat 1. Né d’un père libraire, Breitner a très vite été considéré comme un intellectuel : rares étaient en effet les footballeurs allemands qui, comme lui, avaient leur bac. “Il est connu comme le rebelle du foot allemand, notamment pour ses prises de position contre la guerre du Vietnam, Mais de là à en faire un gauchiste... Les histoires de livres de Mao dans la poche, ce sont des conneries ! tranche Daniel Cohn Bendit. Breitner a certes dénoncé le paternalisme dans le foot allemand, mais il n’a jamais remis en question sa structure capitaliste, bien au contraire !” Drôle d’idée, en tout cas, pour un communiste, de se compromettre au Real lors de la dictature de Franco, et de lui faire gagner deux titres de champion au détriment du Barça rebelle de Johann Cruyff ! À l’occasion du centenaire du club, Breitner raconte comme il est “tombé sous le charme” de ce “libre-penseur” qu’était Santiago Bernabeu. “Un président (de 1943 à 1978, ndlr.) hors du commun, tout le contraire d’un despote.” Quant à l’équation Real Madrid = vitrine du franquisme, c’est une “connerie de journalistes”, affirme-t-il sans rougir... “Il a cependant parfois de bonnes idées, une indépendance, ainsi qu’une liberté de ton plutôt sympathique”, concède tout de même Dany le Rouge. Ce qui vaudra à Breitner de se fâcher avec un grand nombre de ses amis (ex-coéquipiers souvent...). Par exemple, il n’hésitera pas à qualifier de “fossoyeur du foot allemand” le Kaizer Franz alors en charge de la sélection... En 1998, Breitner sera à son tour en charge de la Mannschaft mais pas plus de... douze heures !

Maoiste ou pas, Breitner a en tout cas activement profité de ses exploits et de son aura pour militer tous azimuts en faveur d’une certaine libéralisation des mœurs. Le soir de la finale victorieuse en coupe du monde 74 (le seul titre qui lui manquait à seulement 23 ans), rageur, il jette son maillot aux pieds de son entraîneur pour dénoncer le fait que les femmes des joueurs ne soient pas invitées à fêter l’événement. Anti-machiste, donc, il combat aussi activement le puritanisme ambiant : lors des festivités suite au titre de champion du Bayern en 1973, il explique à qui veut l’entendre que “dans cette assemblée de merde on n’a pas le droit de se réjouir” puisqu’il faut compatir à l’embarras des dirigeants, choqués par la publication de photos dans la presse où lui, Hoeness et Beckenbauer sont nus dans une baignoire... On pourrait voir là le comportement caractériel d’un enfant gâté du foot, mais l’homme était toujours aussi provocateur à 30 ans. De retour au Bayern après son expérience madrilène et un court passage à l’Eintracht Braunschweig, il forme avec Rummenigge un binôme détonnant, baptisé “Breitnigge”. Là, c’est carrément le tabou de l’homosexualité dans le foot qu’ils tentent ensemble de faire tomber : Paul embrassait amoureusement Karl-Heinz après chacune de ses réalisations à tel point que la FIFA, si elle ne prit pas de sanctions, déplora tout de même très officiellement “l’absence de virilité et l’indécence d’un comportement qu’elle juge exagérément sentimental”. Cela n’empêche pas Breitner d’être élu en 1981, joueur de l’année en Allemagne alors que venait de sortir son livre intitulé... ’Je ne veux pas être un exemple’. Paul Breitner était aussi un joueur atypique. Arrière gauche reconverti ensuite en “chef de meute” au milieu du terrain, il a inscrit pas moins de 83 buts en 255 matchs de Bundesliga et a scoré 11 fois en 48 sélections avec la Mannschaft - dont trois en coupe du monde. Quant à son palmarès, il est presque plus long que le petit livre rouge ! Autre footballeur gauchiste, Paolo Sollier, le Tommie Smith transalpin. Il compagno calciatore figure dans cette posture rappelant celle du sprinter noir américain sur le podium du 200m au JO de 1968, poing levé. À Mexico, ils étaient même deux, avec John Carlos. À l’annonce des compositions des équipes, le joueur de Perugia, présent lors de l’ascension en Serie A en 1975 était, lui, seul. Cette photo illustre d’ailleurs son autobiographie. Le camarade-footballeur expliquait récemment son geste dans la revue Zapruder “storieinmovimento” (n°4) par un contexte général bien différent que celui que traverse le football aujourd’hui. Anticonformiste, militant d’un groupe d’extrême-gauche (Avanguardia Operaia), déçu par la tiédeur des communistes et rejetant la Démocratie Chrétienne, Sollier était un porte-parole à la gueule grande ouverte “À cette époque, on disait plus facilement ce qu’on pensait... Je ne cachais pas qui j’étais et il était plus aisé de défendre le football parce qu’il n’était pas franchement professionnel. On ne devenait pas footballeur pour gagner des salaires mirobolants dans les années 70...” Quand il est interrogé sur les années de plomb, Paolo s’engage : “Il serait facile de répondre que l’événement le plus marquant fut l’assassinat d’Aldo Moro mais le terrorisme représentait un pic de folie. La pointe folle de l’iceberg qu’était cette révolution sociale. Les gens disaient : « Voilà ce qu’a donné mai 68 ! », mais en réalité, je le dis sans vouloir diminuer l’impact horrible de ces délits, le terrorisme n’était dû qu’à une infime minorité (...) soutenue par une gauche qui, déjà à l’époque, mettait de l’eau dans le vin de ses propres idées...” Un phénomène qui a fini par criminaliser une génération entière. Trente ans plus tard, Paolo Sollier s’est assagi. Devenu entraîneur de San Colombano, en Serie D Girone A, il dispute d’âpres derbys face à Santangelo. À l’occasion, il apprend aussi à d’honnêtes joueurs à devenir de bons attaquants, à l’image d’Andrea Caracciolo. Et se laisse volontiers interviewer par le magazine Pagine 70, nostalgique d’une époque bien révolue.

Christine Sallès et Vincent Riou

(1) from Miossec, extraits de la chanson Tellement de gauche, album Baiser, 1997


Jeux de mains, jeux de Ricains

1er décembre 2008 Jeux de mains, jeux de Ricains

Depuis toujours, le sempiternel insuccès du soccer aux États-Unis a fait l’objet d’innombrables analyses d’exégètes plus ou moins…inspirés. Et si tout finalement ne relevait pas de la plus désarmante simplicité. Dans les quatre sports majeurs américains (baseball, hockey, basket et foot…américain), les pieds ne servent qu’à monter dans l’autobus…ou peu s’en faut. Dans la culture sportive américaine, il n’y en a que pour les mains. Et même notre football, au final, abonde dans ce sens puisque les meilleurs joueurs yankees, évoluant aujourd’hui sur le vieux continent, sont (presque) tous des…gardiens de buts. Jeux de mains, jeux de vils huns. Jeux de pieds, sale guêpier…
Dans un article pour The Observer d’avril 2006, l’écrivain journaliste Dave Eggers assurait, non sans malice, que « les jeunes Américains grandissent en pratiquant le soccer mais ils (...)

Animal Collective : « Je me sens un outsider »

30 novembre 2008 Animal Collective : « Je me sens un outsider »

Ce siècle avait moins deux ans : un jeune homme de Baltimore, Noah Lennox, sortait, sous le nom de Panda Bear, son premier album sur un label appelé Soccer Star. Dix ans après, Soccer Star s’est rebaptisé Paw Tracks. Installé à Lisbonne avec son épouse, Panda Bear y a publié, en groupe avec Animal Collective (Sung Tongs, Feels, Strawberry Jam) ou en solo (Person Pitch), assez de disques pour remplir un 4-4-2. Et aime toujours le foot.
Comment vous êtes vous intéressé au football ? A part lors d’un camp d’été avec mon grand frère quand j’avais huit ou neuf ans, je n’y ai jamais vraiment joué, (...)

Les communistes américains et le football

29 novembre 2008 Les communistes américains et le football

Il est difficile d’imaginer aujourd’hui, surtout en suivant les élections actuelles où « socialisme » sonne comme un juron, qu’entre les deux guerres le Parti Communiste (...)

L'autre plan Banlieue…

12 novembre 2008 L’autre plan Banlieue…

Dans le SF 59, trois pages ont été consacrées aux différents projets qui pullulent en Île de France pour donner, enfin, une deuxième équipe à Paris. Un autre projet, véritablement populaire pour le coup, est aussi en train de naître discrètement en Banlieue Sud mais pourrait bien faire du bruit. Plaidoyer sincère et passionné d’un de ses fondateurs, Julien Tinel.
Peux-tu présenter les grandes lignes de ton projet ? Paris Banlieue Sud est une association loi 1901 qui à pour projet le développement d’un club de football de très haut niveau en Banlieue (...)

So Foot m'a virer

29 octobre 2007 So Foot m’a virer

Il aurait pu nous raccrocher au nez, Ollé Nicolle, lorsqu’on lui a expliqué que l’on s’intéressait à son cas. C’est que, juste avant de rebondir l’an dernier à (...)

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“On était tellement de gauche, qu'aujourd'hui on ne l'est plus” (1)
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Commentaires :1

Pedro : “On était tellement de gauche, qu’aujourd’hui on ne l’est plus” (1) 19 juillet 2007 14:58
Gaspard Augé du Groupe Justice ?

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