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César Menotti, l’anarchiste aristocratique

mercredi 2 juillet 2008

« Nous sommes dans une société utilitariste dans laquelle certains entraîneurs parlent comme des petits dictateurs, "J’ai raison, j’ai emmené cette équipe en finale", là est la dictature. Certaines équipes peuvent perdre, mais quand elles le font, elles ne perdent qu’un match et conservent tout le reste. Il y en a d’autres qui, quand elles perdent, perdent tout car elles ne savent pas quelle est leur idée ».

Bien que l’on puisse croire à une attaque frontale adressée à notre valeureux sélectionneur, Raymond peut partir en voyage de noces l’esprit tranquille, César Menotti n’a certainement pas regardé l’Euro de l’équipe de France. Il en serait sans doute mort d’indignation le bougre.

En jogging sur le bord du terrain ou torse nu dans les montagnes de Mendoza, les cheveux au vent et le regard rebelle, un livre à la main, souvent, et la clope au bec, toujours, César Menotti est un peu au ballon ce que Karl Marx est à la politique. Un idéaliste, un rêveur dont les théories auront été applaudies, discutées, encensées et honnies.

Appliquées milles fois, soulevant à chaque fois d’immenses espoirs, échouant souvent, elles continuent pourtant d’être prêchées par de vieux mages pour lesquels les objectifs des “trois points”, de la stabilité des prix ou du taux de change ne doivent jamais primer sur celui d’apporter un peu de joie et de bonheur au peuple…

Octobre Rouge

César Menotti l’entraîneur est né quelque part dans les allées sombres du “Parque Patricio”, une sorte d’affreux terrain vague qui donne son nom à ce barrio du sud de Buenos Aires, dont la plus grande fierté (certains diront la seule) est son club de football, Huracan.

C’est donc au sein du “Globo” que Menotti fait ses premiers pas d’entraîneur et écrit ses premières lignes de théoricien footballistique. Résumé condensé en quatre leçons : football offensif, traitement avec amour de la petite balle ronde, respect pour le jeu et pour le public.

Un peu comme en Octobre 1917, tout commence pour le mieux dans le meilleur des mondes. Après le long règne autoritaire des tsars de l’anti-football d’Estudiantes, les petits hommes en rouge de Menotti débarquent à l’improviste au début des années 70, révolutionnent le championnat argentin qu’ils finissent par conquérir en 1973. Le “toque” comme religion, l’orange mécanique comme inspiration, le “Globo” emporte tout sur son passage, avec dans ses rangs el “loco” Houseman, Brindisi ou encore el “coco” Basile.

Auréolé de ce succès improbable,“El Flaco” prend les rênes de la sélection nationale en 1974 avec en ligne de mire le mondial argentin de 1978. Alors que certains politologues commencent à parler de la mort du péronisme, d’autres annoncent la naissance du menottisme, une nouvelle doctrine basée sur l’amour du beau jeu, la préservation de la balle, les longues séances tactiques et les préparations physiques légères.

Un football à l’image de son maître à penser, bohème mélancolique et noctambule. Difficile néanmoins de réduire sa vision du jeu à cette définition restrictive d’un football “cool”, beatnik tendance hippie. Menotti le récuse lui-même, citant à l’appui du Borges : « Tout ce truc du menottisme n’existe pas. Dans le football, l’ordre est pour accompagner l’aventure et l’aventure pour améliorer l’ordre ».

L’Argentine, qui franchit les portes d’un Monumental en fusion pour le match d’ouverture contre la Hongrie, incarne parfaitement ce subtil dosage entre la folie et la discipline, entre l’improvisation et l’organisation, revendiqué par Menotti.

Une équipe au jeu et aux tactiques peaufinées, composée de joueurs techniques mais sans génie, ayant avant tout intériorisé à fond les “concepts” de jeu de Menotti, qui ne se risqua d’ailleurs pas à intégrer la fantaisie de l’étoile montante du football argentin, un certain Diego Armando Maradona.

Loin du hasard et de l’improvisation que lui reprochent ses détracteurs, Menotti crée une machine à gagner, sans pour autant renier ses idéaux. Malgré les suspicions d’arrangements et de pression imposée par la junte militaire (1) et après un premier tour durant lequel l’Albiceleste joue nerveusement et par intermittence, l’équipe fait par la suite preuve d’audace et d’habileté, jouant les derniers matchs avec quasiment quatre attaquants (Kempes, figure du mondial, Bertoni, Luque, et Ortiz ou Houseman) et finissant par soulever la coupe du monde après une finale magnifique contre les Pays-Bas. L’ordre et l’aventure au service de la victoire.

Deuxième partie à lire demain...

Par Pierre Boisson, à Buenos Aires

1 - De 1976 à 1983, l’Argentine vécut sous la terrible oppression d’une dictature militaire dont l’un des plus tristes représentants, le général Videla, remit la coupe du monde à Daniel Passarela. Le match le plus suspect reste la raclée 6-0 collée au Pérou, que l’Argentine devait battre par au moins 4 à 0 pour se qualifier pour la finale. Videla, accompagné par Henry Kissinger, entra ainsi dans le vestiaire visiteur avant le match tandis que le numéro 2 péruvien Manzo révéla plus tard que 50 000 dollars avaient été offerts à chaque joueur pour laisser filer le match.


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César Menotti, l'anarchiste aristocratique
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Commentaires étendus

Commentaires :8

Tonio Martillo : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 4 juillet 2008 20:57

Merci pour les précisions. La justification me laisse un peu dubitatif quand même... les amis persécutés, et en même temps il dit qu’il ne savait pas, contradictoire.

Après je ne veux pas juger, ce sont des situations trop limite vues depuis notre contexte actuel, il faisait du foot et pas de la politique, c’est sûr. En tous cas très bel article.



French Flair 11 : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 3 juillet 2008 23:08

"que Menotti fait ses premiers pas d’entraîneur et écrit ses premières lignes de théoricien footballistique. Résumé condensé en quatre leçons : football offensif, traitement avec amour de la petite balle ronde, respect pour le jeu et pour le public."

Putain mais vous etes sur qu’il n’est pas anglais voire allemand ?

Ah ah ah ah ah ah !

Bon Un peu de sérieux ! Marx ?

Idéaliste ?

N’importe quoi ! Matérialiste dialectique !



Pier_o : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 3 juillet 2008 17:51

Tonio, c’est en effet un reproche qui lui a souvent été adressé. Je ne vais pas défendre ou accuser Menotti, mais pour éclaircir ce point, voici la propre réponse de Menotti dans une interview donnée au Grafico (24/03/87) au cours de laquelle le journaliste l’interroge lui aussi sur cette contradiction :
- [El grafico] Sympathisant communiste et, en même temps, protagoniste numéro 1 du mondial de l’Argentine du "nous sommes droits et humains". Comment vous sentez vous ?

- [Menotti] Cela me blesse que l’on m’associe avec ces choses. Comment cela pourrait-il ne pas me faire mal alors que mes propres amis furent persécutés ? Si, depuis que je suis enfant, je me bats et essaye d’apporter quelque chose à la société pour qu’elle soit un peu meilleure ? Nous étions très impliqués dans le football. C’est vrai, on se rendait compte de certaines choses, mais absolument pas de leur ampleur. Mais en 1979 j’ai signé une pétition contre la dictature qui...

- [El grafico] En 1979, alors que s’annonçaient le remplacement de Videla et d’autres changements...

- [Menotti] De quels changements vous me parlez ? Ils changeaient le numéro 8 pour le 8. [...] D’autre part, regarde, Ok j’ai collaboré avec la dictature, mais de la même manière qu’a pu le faire un chauffeur, un tourneur, un mécanicien, ou tous les journalistes qui aujourd’hui me pointent d’un doigt accusateur, parce qu’un mondial ne se fait pas avec 11 joueurs et un entraîneur, cela se fait avec tout le monde, et avec le public. Pour cette raison, on va parler de tout ce qu’il s’est passé, afin que si un jour il y a un nouveau coup d’Etat – en espérant que non- nous sortions tous dans la rue. Mais tout le monde, c’est à dire vous et vos collègues aussi.

En espérant que cela réponde un peu à ta question. Pierre



Tonio Martillo : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 2 juillet 2008 23:40

J’aimerais bien comprendre comment, en étant l’idéaliste ici décrit, il a pu se maintenir à la tête de la sélection durant la dictature. J’imagine qu’il a dû quand même donner certains gages de bonne volonté à un régime qui se caractérisait par son extrême cruauté. Merci d’éclaircir ce point.

A part ca, doit-on s’attendre à du foot latino tout l’été pour faire face à la pénurie d’actualité ? Allez, bonnes vacances sofoot.



Union Jack : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 2 juillet 2008 20:20
Ah enfin tu te reveilles kantou, ben viens donc rejoindre le club des anti-EdF-pourrie.

kantona kelamour : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 2 juillet 2008 17:27

aparamment ce fils de pute d escalettes maintient Rayctum, putain dites moi pas que c’est pas vrai, putain d’incompetence , de compagnerisme

PUTAIN DE PAYS DE MERDE

tant qu’il sera la, je m’abstiens des putes en short bleu, trop appliques a sucer la teub du rayctum, de peur de degager FISSA si la deche arrive

MONDE DE MERDE



kantona kelamour : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 2 juillet 2008 17:05

MENOTTI !!!!

MENOTTI !!!!

MENOTTI !!!!

MENOTTI !!!!



Mad : César Menotti, l’anarchiste aristocratique 2 juillet 2008 15:01
Juste pour préciser que Karl Marx est l’antithèse d’un idéaliste puisqu’il était matérialiste... L’idée n’a pas de pertinence, seule ta place dans le processus de production guide tes choix !

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