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Romario, un amateur de génie

mardi 6 mai 2008

Romario ne respire que par une narine, a toujours les yeux injectés de sang, a failli se faire suspendre pour dopage à cause d’un traitement pour les cheveux, et n’est pas vraiment sympathique. Ce type a pourtant une statue à son effigie au stade de Vasco. Somme toute légitime pour l’un des meilleurs attaquants de l’histoire du foot.

Le football à Papa est mort il y a quelques jours, à l’annonce de la retraite de Romario. Le Brésilien ne courait pas le 100 mètres en moins de 10 secondes, n’avait pas une détente verticale extraordinaire, ni même un physique d’athlète (1m68, 68 kilos au mieux de sa forme), n’était pas une star de la pub, et n’a jamais vraiment cherché à faire fortune en Europe au contraire de l’immense partie des joueurs sud-américains.

Romario, en plus de cela, ne souriait jamais ou presque, ne faisait pas de geste du surfer envers le public, n’était pas épilé du torse, et ne faisait pas des ravages chez la gente féminine. Pire, il ne taquinait pas l’elastico, ni le retourné - et encore moins les frappes des 50 mètres. Ses buts n’étaient pas non plus visibles sur youtube. La raison de cet impardonnable oubli ? Il était tout simplement impossible de voir des vidéos sur le minitel.

L’enfant de Rio n’était pas un attaquant moderne, il ne flirtait pas avec la ligne du hors jeu, évitait de rentrer en transe lorsqu’il catapultait un ballon dans les filets, et ne mettait pas le doigt devant sa bouche pour faire taire le public adverse. Romario était atypique, différent, anachronique ; ce mec était tout simplement un génie.

Les débuts de Romario

C’est au club d’Olaria qu’il commence sa carrière et ses premières frasques. Pour se rendre à l’entraînement, celui qui n’est pas encore O Baixinho préfère “Vol-lib’” aux transports publics payants : « Plus jeune, je n’avais pas un sou, et je n’aimais pas frauder, alors je volais tous les jours des vélos pour m’éviter de marcher jusqu’au stade ».

Très rapidement, le Vasco de Gama enrôle le gamin des favelas et lui paye sa première voiture de fonction. Dans le club de la Croix de Malte, il devient champion du Brésil par deux fois. C’est à cette époque qu’il commence - déjà - à se prendre pour Dieu : « Je n’imite pas un oiseau quand je marque des buts. J’imite le Christ de Corcovado ».

L’étape hollandaise

En 1988, il signe pour le PSV Eindhoven, une destination improbable pour un tel amateur de nightclubs. Malgré ses nombreuses virées nocturnes à Amsterdam, et une hygiène de vie digne d’un pilier de bar, il finit trois fois meilleur buteur de la Eredivisie.

Après 5 ans au Pays-Bas, le sémillant Romario déclare à qui veut bien l’entendre qu’il veut partir. Problème : personne ne semble vraiment pressé de s’attacher ses services. Il finit même par signer un accord de principe avec l’America mexicain, avant que Cruyff ne débarque pour parfaire sa dreamteam.

Un génie à Barcelone

Premier jour à Barcelone, le 17 juillet : il passe sa matinée à la messe, l’après-midi aux arènes de taureaux et annonce dans la soirée qu’il mettra 30 buts dans la saison en championnat. Tout le monde est alors plié de rire.

En matchs d’avant-saison, Romario s’échauffe pourtant en mettant 16 buts en quinze matchs, avant d’aligner trois pions pour son premier match de championnat contre la Real Sociedad. Il ne se satisfait pourtant pas de clouer le bec à la presse espagnole.

Alors qu’il va faire ses grands débuts officiels sous le maillot catalan, il se permet même d’envoyer balader Zubizareta, qui lui donnait des conseils sur le gardien basque : « Je ne vais pas écouter quelqu’un qui joue au foot avec les mains. Ce n’est pas toi qui va m’apprendre à marquer des buts quand même ? ».

Lunatique, retardataire et fêtard invétéré, Romario joue la diva et explique à Cruyff qu’il ne peut pas mettre de buts s’il ne sort pas au coucher du jour : « La nuit est mon amie ». Il ne finira pas comme Ronaldinho.

Sur le terrain Romario régale la chique, et devient la première vraie star brésilienne des Blaugranas, bien avant Ronaldo, Rivaldo et Ronaldinho. Aucun des compatriotes de Romario ne se sera pourtant jamais aussi bien adapté que le Baixinho. Car contrairement à ses successeurs, Romario était un individualiste uniquement dans les seize derniers mètres ; son jeu tout en déviations, en passes courtes, et sa technique superlative jamais ostentatoire firent des ravages dans la capitale catalane. Il arrivait néanmoins qu’il ne fasse rien durant tout un match : « Romario énervait ses défenseurs par sa passivité, il était tellement cool que c’était anormal, raconte Guardiola. Quand il se mettait de profil, ça voulait dire qu’il voulait la balle. Le défenseur n’avait pas encore réagi qu’il était déjà dans les seize mètres ».

Si Cruyff le considéra comme le « meilleur joueur » qu’il eut à entrainer, son passage en Espagne ravit également tous les aficionados du beau jeu, à commencer par le philosophe merengue Valdano : « Il n’y a pas de déchets chez Romario, tout ce qu’il fait est beau, juste et épuré, si bien que cela semble irréel. En réalité, Romario est un joueur de dessin animé ». Quelque part entre Olive et Tom avec un zeste de Marc Landers.

Pour José Maria Bakero, poumon des Blaugranas version Cruyff et ex-entraineur adjoint de Koeman à Valence, Romario avait quelque chose de mystique : « Dans le vestiaire, il nous disait ‘Tranquilles les gars aujourd’hui j’en mets deux’ et il le faisait. A la longue, nous n’étions même plus surpris. C’est quelque chose de surnaturel d’avoir une telle force de conviction, et de réaliser tes promesses. Lui, il le faisait tout le temps ».

Koeman confirme. Ce mec-là était tout simplement un extraterrestre : « J’ai revu plusieurs vidéos de ses actions, dans lesquelles le défenseur qui le charge ne fait aucune erreur, aucune ! Et pourtant, ça finissait toujours avec le ballon dans les filets ».

15 ans plus tard, la “cola de Vaca” (queue de vache, le défenseur est dans le dos, et l’attaquant fait un crochet intérieur en se retournant) sur Alkorta fait encore mal aux Merengues. Mais que dire alors de la victime ? « Je n’ai toujours pas compris ce qu’il m’a fait. Je me souviens seulement que tout est allé trop vite ».

Retour à la case Vasco

Après la finale perdue d’Athènes, Romario quitte le Barça pour Vasco. Il a 28 ans et le gâchis semble incommensurable. Mais l’homme qui passait ses journées à jouer au beach soccer sur les plages de la Costa Dorada a la Saudade se contrefout du fric et des appels du pied des plus grands clubs d’Europe.

Malgré un retour express à Valence, sous les ordres du caporal Aragones, Romario quitte définitivement le foot européen en 1997. Son haut niveau, lui, ne le quittera jamais.

Romario n’aura toutefois jamais été un grand professionnel. S’il l’avait été, il n’aurait jamais peint la gueule de Zagallo dans les toilettes de sa discothèque brésilienne, et surtout il n’aurait sans doute jamais irrité autant certains de ses illustres compatriotes par son étonnante mais diabolique nonchalance. Le Roi Pelé en était même jaloux selon Romario : « Il sait que je suis meilleur que lui, et c’est pour ça qu’il raconte autant de conneries, mais quand il se tait, le visage de Pelé est un poème ».

Si Romario avait été un athlète professionnel, il aurait sans doute gagné bien plus qu’un Mondial, des Jeux Olympiques, et des championnats partout où il est passé. Il ne serait sans doute pas rentré dans la légende s’il avait forcé ne serait-ce qu’un peu son talent en préférant la force à la subtilité. Non, Romario n’a jamais été un professionnel tout simplement parce que c’était un artiste.

Par Javier Prieto Santos


Au Barça


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Commentaires étendus

Commentaires :17

radiodread feat JZ : Romario, un amateur de génie 7 mai 2008 12:17

Layen,

Effectivement, Gazza a essayé de se suicider ce week en se noyant dans sa baignoire, je l’imagine, sa main sur la tête, la tête dans l’eau, tiraillé entre la vie et la mort avec comme seul juge son bras tremblant !

Putain, il est tombé bien bas le Gazza ! Pour la prochaine tentative je lui conseille une carabine 22 L.R, ça devrait être légèrement plus efficace je pense !



justeus : Romario, un amateur de génie 7 mai 2008 11:38

petit revtificatif :

 il courait pas le 100m en moins de 10s mais il devait surement taquiner santa diego sur le 30 ou le 50 m.

 il taquinait bel et bien l’elastico comme le montre la video 1, ce qui en fait a ma connaissance un précurseur.

 "Olive et tom" est le nom de la série et mark landers un personnage comparons ce qui est comparable. A mi-chemin entre olivier atone et marc landers.

Mais la je chipote un peu...



muxacho : Romario, un amateur de génie 7 mai 2008 07:38
Un joueur fantastique, dont les brésiliens estiment d’ailleurs beaucoup plus qu’un Ronaldo au jeu plus brutal que baixinho. Petite appréciation technique : son extérieur du pied s’effectuait du droit, et il était,à l’image du bonhomme d’ailleurs, sec, imprévisible et allant droit vers le poteau opposé, bref insaisissable ! Quelle époque avec Romario au Barça et Bebeto au SuperDepor

Layen : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 18:46

Oh que c’est bon ces souvenirs... Romario-Bebeto, ça envoyait à l’époque !!!

And now something completely different :

Paulo Gazza a tenté de se caner ce week end et pas un short cut pour relater cette triste nouvelle.

Hold the line buddy !

One more pint for Gazza’s crew !!!



Blabla : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 17:31
Bon article mais Romario n’aurait-il pas mérité une publication papier ?

b4LiStO : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 15:18

les yeux injectés de sang, lunatique, a besoin de sortir tous les soirs, c’est un rasta ce mec !

>> c’est pour ça le truc pour les cheveux ils voulait se faire des dreads :) ok je sors



paul cormoran : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 14:02
nan mais quand même, un peu de sérieux : ce gars là est un grand joueur, c’est entendu, mais il n’a pas "failli se faire prendre au dopage" à cause d’un traitement pour les cheveux, non ; la réalité, c’est qu’il ne s’est pas fait prendre grâce à un alibi énorme, cette histoire de traitement pour la tignasse donc - ce sont ceux qui fonctionnent le mieux, c’est bien connu - et c’est passé. Sinon, de biens jolis buts, c’est vrai.

Eluchans !!! : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 13:33
il y’a des joueurs comme ça, qui avait la classe...maintenant je sais pas si j’arriverais à citer un joueur avec un tel charisme. Ah la vache, Romario et Bebeto, ça avait une autre gueule que les kaka et les robinho quand meme !!!

French Flair 11 : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 12:41

Dans l’émotion j’ai oublié , désolé radio , ce putain d’enfoiré d’EXTER DU GAUCHE , mais putain brossé à mort avec cette hyperbole , du grec huperbolê "dépassement, excès" de huper "au-dessus, au delà" et de ballein "lancer". Equation cartésienne balistique fatale , de la forme x2-y2 = a2 .

Pardonnez moi cet oubli , c’est juste l’émotion !

Putain exter ’ du gauche juste brossé à mort de chez à mort que le gardien bourrin enfumé voit s’eloigne de lui vers sa belle lucarne stérilisée !

Putain comme c’est beau !



papi : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 12:06
Excellent article. C’est l’idole de mon frère, qu’est-ce qu’il a pu casser les couilles à toute la famille avec ses vidéos, ses maillots. Mais putain, quel joueur...

Flamenguista : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 12:02
Donc Romario c’est Vasco-Barcelone et pi fé tout ? On oublie de dire qu’il est une idole du club le plus supporté au monde, dans lequel il va probablement faire son jubilé... Il doit y avoir une raison j’imagine...

antonio : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 11:32

merde, j’y pense encore... finale 1994. 0-0 immobile dans la chaleur méridienne.

Romario qui ne marque pas, Baggio non plus, personne donc ne marquera.

Le chorifée crie sa sentence et Baggio rate, inévitablement, son penalty.

Œdipe-Pied Gonflé roi et Antigone, réunis. Ce jour là j’ai appris beaucoup de choses sur le foot.



radiodread feat JZ : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 11:12
Et son fameux Extèr du pied "je t’enfumes le gardien", son accélération explosive, sa technique unique pour trouver des espaces improbables dans la surface, son caractère en acier trempé, ses buts mythiques au Camp Nou, "O baixinho" simply une légende !

French Flair 11 : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 10:48

« O baixinho ! »

De Messaline au Barça !

Romário de Souza Faria !

Merci pour cet article !

Pour le djeunnss CRseptandolatre , mate bien ce numero fiston putain !

"11"

Là on n’est pas dans de la Totrilla du Fiona , dans de la demi tafiole bouffeuse de demak’up ’ !

On a du lourd !

Parce que là vois tu avec ce "11" MYTHIQE Romarien là crois moi ca envoit du jeu !

De la conquete , de la possession, de la precision chirurgicale , du génie à l’état pur , un diamant !

Et quelle longévité !

1994 ?

Meilleur joueur de fuuuute du monde !

Putain mais comment dans sa belle carrière Romario crois moi a envoyé du putain de beau jeu !

Romario a mis tout son génie dans sa vie de football .

Et tout son talent dans ses Le reanrd des surfaces explosif !

Made in favela qui plus est !

Toi le djeunss egaré dans les frous frous affriolants de la filière bovine britannique , refais toi les videos du "11" !

Parce putain là ... Ca joue !

BIG UP A MONSIEUR ROMARIO !

Juste la classe d’un "11" !

Putain comme c’est émouvant d’écrire sur toi Romario !

Romario ??

"Mes que un jugador ..."



antonio : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 10:41

finale 1994. il est là, il n’est plus là, le ballon file à un centimètre du poteau. même pas eu le temps d’avoir peur. et pagliuca non plus.

Carmelo Bene a dédié à cette action des pages immortelles ("Dialogo su due piedi")

Perché Romario è il più grande ? Perché è capace di una cosa, del quid che più conta : l’immediato. E’ capace dell’immediato... Nemmeno gli avversari la vedono la palla con Romario. Dove passi la palla, i centrali, i difensori, non lo vedono... Questo è l’immediato di Romario : quando sull’1-2 segna, bruciante al limite dell’area, lì siamo nell’immediato... non è più l’azione... E’ fermo. E’ immobile. (...) Sì, sì. Perché Romario nel campo non c’è più. E riesce ad essere freddo, fermo, in questo movimento, fermo, da singolo fotogramma... E poi li brucia. I portieri non si rendono conto, perché fa dei gol micidiali. È cinico. Ne scarta quattro con la palla calamitata al piede, e poi li mette nei posti più giusti, più impensati. C’è questo ghiaccio rovente...



Eusebio : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 10:08

J’en ai des frissons....

Haaaa.... Romario....

Putain le numéro 11 !!!! 11 !!!!!!



airnono : Romario, un amateur de génie 6 mai 2008 09:07
on ne respire que par une seule narine à la fois.

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