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Premier League : Des nouveaux riches aux fortunes diverses

samedi 29 mars 2008

Comme d’habitude, le titre de champion d’Angleterre se jouera entre Manchester United, Chelsea et Arsenal. Pourtant, chaque année, de nouveaux investisseurs, souvent étrangers, se ruent sur les clubs anglais de second standing et déclarent à qui veut l’entendre vouloir bousculer la hiérarchie, sans pour autant y parvenir. Du moins pour le moment. La preuve que la vérité du rectangle vert n’est pas aussi évidente que celle du billet de la même couleur.

Et dire que tout le monde se paluchait sur le recrutement de Tottenham à l’entame de la saison. Le club Londonien ressemble en fait à ces touristes qui claquent un mois de salaire à la roulette à Deauville, juste pour flamber, et qui en chient pendant douze mois pour recommencer l’été suivant.

Les Spurs et leur actionnaire principal Joe Lewis avaient dépensé 50 millions d’euros dans un recrutement tape à l’œil : Bale, Bent, Boateng, etc. Des espoirs qui en suscitaient d’autres. On pensait le tenir, notre trouble-fête censé ébranler le Big Four. Raté. Conformément à leur politique estivale, les Spurs font tout pour le spectacle, mais, en vérité, ce sont surtout les télés qui se frottent les mains. La paire Keane-Berbatov plante environ trois pions par week-end, mais cela suffit parfois tout juste à arracher un nul miraculeux, tant le back-four des Londoniens est inexistant.

Aujourd’hui, ce sont les anciens qui font tourner la baraque alors que Kaboul et Darren Bent, achetés à prix d’or, ne font plus partie de l’équipe type depuis des mois. Classé depuis peu dans le top 20 des clubs les plus riches du monde, Tottenham a voulu enfiler son costume de bourge trop rapidement. Et dire qu’on commence à parler de Ronaldinho comme recrue potentielle…Heureusement que Chelsea, à l’image de son gardien, s’est troué en finale de Carling Cup, sans quoi c’était Coupe Intertoto à White Hart Lane l’été prochain. Bonne nouvelle néanmoins pour les Spurs, Joe Lewis n’envisage pas un instant de se séparer de son joujou, bien que sa fortune perso ait été amputée de 750 millions d’euros ces derniers mois.

Pour résumer, Tottenham, c’est un peu le Liverpool du pauvre. Un club prestigieux mais un peu jaloux de la réussite du voisin. Les nouveaux propriétaires américains des Reds l’ont appris à leurs dépens, on ne s’invite pas comme ça à la table des grands. Cette année encore les Reds étaient out pour le titre dès l’approche des fêtes, la faute à un trop grand nombre de matches nuls, et ce malgré un recrutement (en or) massif. Comme quoi, Liverpool n’avait pas besoin que d’un joueur capable de transformer les passes de Gerrard en passes décisives pour concurrencer MU et Chelsea. Comme Glazer avant eux, George Gillett et Tom Hicks vont devoir comprendre la définition du terme « saison de transition » s’ils veulent voir leurs ouailles soulever du trophée à moyen terme. Mais après tout, ce n’est peut-être pas leur objectif principal. Quoi qu’il en soit, Benitez, que les deux Yankees ne portent pas trop dans leur cœur, joue son avenir ce week-end face à Everton. En jeu, un strapontin pour la Ligue des Champions.

Suivent au classement une tripotée de clubs fraîchement rachetés, tous en lutte pour une place en Intertoto, voire mieux. West Ham connaît une saison beaucoup plus calme que la précédente, en coulisse comme sur le terrain, alors que du côté d’Aston Villa se trouve vraisemblablement l’avenir de la sélection aux Trois Lions.

Une ossature anglaise, du cru, c’est ce qui manque en revanche cruellement pour que l’on s’intéresse enfin à Manchester City. Si pour les supporters de City la saison sera de toute façon réussie du fait des deux confrontations victorieuses face à United, le néo propriétaire Thaksin Shinawatra risque d’être déçu. L’ancien Premier Ministre thaïlandais, qui ne connaît sans doute pas grand-chose de la rivalité entre Citizens et Red Devils, imaginait son équipe beaucoup plus haute, vus les émoluments de son entraîneur. Le début de saison lui donnait raison, mais les Bleus Ciel ont clairement ralenti la cadence depuis. L’objectif, c’est désormais de garder Micah Richards. Shinawatra peut déjà sortir les liasses.

Quand on devient subitement riche, la meilleure chose à faire c’est toujours d’épargner plutôt que d’acheter le yacht avant même d’avoir emménagé sur la côte. Et s’il y a un club anglais qui a bien compris qu’il ne servait à rien de flamber, c’est bien Portsmouth.

Racheté en janvier 2006 par Alexandre Gaydamak, le fils du trafiquant d’armes, Pompey poursuit sa progression. A son arrivée au club, le businessman franco-russe avait simplement déclaré « vouloir aider le club à se stabiliser en Premier League » et avait confirmé Harry Redknapp dans ses fonctions. Gaydamak a beau être là pour se faire du blé, au moins fait-il semblant de mener une politique sportive cohérente. Le recrutement est simple et efficace : Portsmouth mise sur des joueurs revanchards, qui ont tout à prouver, comme Jermaine Defoe, tricard à Tottenham, et qui empile les buts depuis qu’il a remplacé Benjani, parti, lui, à City en janvier. 17ème en 2006, 9ème en 2007 et actuellement 6ème, les supporters de Portsmouth peuvent être optimistes pour l’avenir. Gaydamak aussi, il fera une belle plus-value lorsqu’il revendra son joujou.

Par Marc Hervez


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