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Premier League : Grand Slam Sunday

dimanche 23 mars 2008

C’est dimanche, jour des "saigneurs" en Angleterre. Manchester United – Liverpool (14h30) suivi de Chelsea – Arsenal (17h). À l’issue de la journée, on ne saura pas qui sera le nouveau champion. On aura plus sûrement une idée de qui ne le sera pas. Présentation.

Z’ont d’la chance outre-Manche. La France s’apprête à passer tous ses mardis et mercredis européens devant la téloche pendant que l’Angleterre se gave de Ligue des Champions en s’offrant même des extras le week-end. Aucun autre championnat n’a jamais pu se targuer d’aligner face to face quatre quarts de finalistes le même jour. Et pour cause : Albion est la première à réussir pareil grand chelem. En passe de cannibaliser le continent (en clubs hein, parce que la sélection, elle, donnera plutôt dans le célèbre triptyque sofa-bière-télécommande en juin prochain), le Big Four doit régler la question de la suprématie domestique. Presque plus compliquée cette année avec trois voire quatre équipes encore en course pour le titre. Dimanche soir, ils pourraient bien n’être plus que deux.

Manchester United – Liverpool

On va tout de suite découper nette une idée reçue : Manchester ne joue pas bien actuellement…et Cristiano Ronaldo non plus. On devine les mails d’insultes qui s’écrivent déjà. Calmos, calmos, il ne s’agit pas d’une provocation gratuite. C’est vrai, le bilan mancunien est imparable actuellement : leader de Premier League, qualifié pour les quarts de finale de la Ligue des champions, merci pour eux. En 2008, les Red Devils affichent une comptabilité quasi parfaite avec 12 succès en 16 matches toutes compétitions confondues pour seulement 2 défaites. Ronaldo, lui, continue d’enfiler des buts comme des perles. Dites 33 ! Le Christ portugais a effacé l’ancien messie d’Old Trafford, George Best, des tablettes en améliorant d’une unité le score de l’Irlandais. On parle de buts, pas du nombre de conquêtes en une semaine (encore qu’avec l’impayable Rio Ferdinand dans les parages…).

Alors, où se trouve la couille ? Ben, il suffit de regarder les matches. Depuis plusieurs semaines, MU est laborieux dans le jeu, pas très fluide et pas très précis pour tout dire. Avec un peu plus de bas-ventre, Lyon aurait pu tirer meilleur parti de ce rendement incertain. Mais Perrin a préféré sortir Benzema et Juninho à l’aller avant de transformer Ben Arfa en latéral gauche bis au retour. Et forcément, ça a fini par péter. Et pourtant, les partenaires de Wayne Rooney étaient bons à prendre. Et quiconque aura regardé attentivement la double confrontation aura pu noter que Ronaldo n’est pas passé une seule fois balle au pied. Mais il a marqué. Comme à Derby, comme face à Bolton, comme face à tant d’autres cette saison.

Liverpool peut-il réussir là où presque tous s’avouent vaincus avant l’heure ? Oui…et non. Ça rigole pas mal pour les Reds en ce moment. Depuis le coup de tonnerre en FA Cup face au Carquefou anglais, Barnsley (2-1 à Anfield avant d’estourbir Chelsea 1-0), les joueurs de Rafael Benitez enchaînent les victoires (7). Revenus au 4e rang en championnat, qualifiés en Ligue des champions, les Reds vont mieux, c’est certain. Mais on n’est pas sûr qu’ils aillent bien. Un rapide coup d’œil à la série fait débander direct : Middlesbrough, Bolton, West Ham, Newcastle, Reading. Une brochette XXL d’authentiques tocards ! Alors bien entendu, il reste l’Inter, doublement bousillé par Liverpool en C1. Sauf que le club de la Mersey n’a pris le dessus sur le champion d’Italie qu’à onze contre dix à chaque fois.

Circonstances atténuantes ou pas, Gerrard, en grande forme actuellement, s’est enfin trouvé un partenaire digne de ce nom en la personne de Fernando Torres. À Anfield, El Nino est devenu The Kid mais surtout le premier Red depuis douze ans et Robbie Fowler à atteindre les 20 buts en championnat. Pour conserver la dynamique initiée par son attaquant espagnol et son capitaine, Rafael Benitez fait semblant de croire encore au titre malgré onze points de retard. Personne n’est dupe à Liverpool. Mais toute la ville signerait pour un succès sur le club le plus haï par les Scousers. Pour le plaisir, pour priver United du titre et puis, allez, juste pour voir si ce titre est vraiment inaccessible. Parce que, putain, dix-huit ans !

Chelsea - Arsenal

On attend, on attend encore. Quoi donc ? Ben qu’Arsenal se casse la gueule. Non, parce qu’il faut pas nous la faire : les Gunners finissent toujours pas se vautrer. Avec eux, c’est fromage ou dessert. Le championnat ou l’Europe mais jamais les deux dans la même séquence. Et encore on dit l’Europe ! La finale au mieux, jamais la victoire. Donc, on attend...et ça ne vient pas ! Arsenal tient sans ciller aux deux premières places depuis le début de la saison et sort d’une démonstration de football face à Milan. Ça ferait presque peur. Heureusement, les jeunes pousses d’Arsène Wenger peinent quelque peu actuellement face aux tâcherons de Premier League. Une accumulation de nuls parfois miraculeux qui disent quelque chose de sa faiblesse relative du moment mais beaucoup plus de sa force fondamentale : cette équipe a enfin du poil aux couilles.

D’ailleurs, Wenger, qui a bien compris qu’il fallait ménager le moral de ses jeunes troupes, préfère valoriser les points grattés sans jamais s’attarder sur les difficultés. À quoi bon d’ailleurs ? Pas difficile de savoir où le bât blesse. Arsenal est fatigué et peine à se remobiliser totalement pour les obscurs combats contre des nobodies. Dans ce contexte, le choc face à Chelsea arriverait presque au bon moment. Finis les bourrins d’arrière-cour, enfin un adversaire qui ressemble à quelque chose.

Encore que Chelsea a beau se démener, il ne ressemble plus à Chelsea, le vrai. Celui de Mourinho, quoi. Et vas-y qu’on explose des équipes sans penser à la suite, et vas-y qu’on oublie parfois de marquer, et plus grave, vas-y qu’on encaisse des buts à la pelle. En voyant le 4-4 face à Tottenham, Mourinho a bien dû se marrer en s’imaginant demander une dérogation pour changer les onze joueurs. Alors bien sûr, Stamford Bridge redécouvre que le football peut-être funky après des années de joug mourinhesque. Mais il n’empêche : face aux Spurs, les Blues viennent de saloper une belle occasion de revenir sur le duo et jouent donc très gros face aux Gunners. Déjà alléchant, le clash peut carrément devenir rock’n’roll entre ce Chelsea qui défend comme Barcelone et cet Arsenal qui ressemble de plus en plus à l’Ajax. Quand on vous dit que les clubs anglais ont cannibalisé l’Europe...

Par Dave Appadoom


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