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S.Diawara : Entretien

dimanche 16 mars 2008

Le défenseur central réalise un bon championnat avec les Girondins de Bordeaux, malgré quelques jolies bourdes ici et là. Un bilan qui contraste avec la pitoyable prestation du Sénégal lors de la Coupe d’Afrique des nations 2008 au Ghana. Souleymane Diawara, à son niveau durant la compétition, n’est en rien responsable de l’élimination des Lions de la Teranga dès le 1er Tour. Mais il ne décolère pas de ces résultats médiocres. Et si le stoppeur met toujours des gants en matchs, il se livre sans, cette fois, sur les maux du football sénégalais…

Pourquoi le Sénégal a-t-il foiré sa CAN au Ghana ? Parce qu’on s’est vus trop beaux, sans doute...Il y avait une sale mentalité. Du coup, on n’a pas obtenu des résultats à la hauteur de notre niveau.

Henry Kasperczak, le sélectionneur des Lions au Ghana, a démissionné en pleine CAN, avant le dernier match du 1er Tour. Il a expliqué son geste par le fait que le groupe était pourri par la jalousie et les rancœurs. Quand on y réfléchit maintenant, on se rend compte qu’il y avait de la jalousie chez les joueurs qui ne commençaient pas les matchs. On sentait qu’ils n’étaient pas spécialement heureux pour ceux qui étaient titulaires…Dans une telle ambiance, si tout le monde ne tire pas dans le même sens, c’est très difficile d’avoir des résultats. Espérons que tout ça nous serve de leçon, quand même. Que la prochaine fois, nous fassions mieux.

C’est possible de dépasser de telles jalousies ? Mais on n’a pas le choix ! Si on veut repartir de l’avant, il faut réparer ce petit problème (sic). Maintenant, si certains n’arrivent pas à dépasser ce genre de sentiments et à tirer dans le même sens, ça va être difficile. On n’aura toujours que des sales résultats, on sera toujours éliminés au 1er Tour. Il ne faudra pas se plaindre après !

Henry Kasperczak a aussi accusé les joueurs de manque de professionnalisme. Il a déclaré que certains sortaient tous les soirs sans qu’il le sache et qu’ils rentraient rarement avant minuit (1). Quand ils rentraient… Ah, ça…Personnellement, je ne suis pas au courant. Je n’ai ni vu, ni entendu des joueurs sortir. On fait référence à quoi, là ? A l’affaire de la sortie en boîte d’El Hadji Diouf, de Guirane Ndaw et de Tony Sylva, la veille de Sénégal-Afrique du Sud ? (Ndlr, ces joueurs ont été suspendus pour le 3ème match après avoir été surpris au Vienna City, le bar chaud de Kumasi, par des collègues sénégalais).

Mais ils ne sont pas “sortis” ! Il y avait un billard à côté de notre hôtel, à Kumasi. Ils sont allés y jouer une partie, histoire de se décontracter. Car on a passé les 12 premiers jours de la compétition à Tamalé, dans le Nord du Ghana, où il n’y avait absolument rien à faire et à voir ! (Ndlr, à part des chèvres et les Tunisiens de Roger Lemerre). On était coupés du monde dans un hôtel où il n’y avait même pas Internet. On y était enfermés avec les Tunisiens. C’était difficile à supporter cet isolement. Le fait de quitter Tamalé pour Kumasi et de rencontrer d’autres personnes, ça a créé une envie de s’aérer.

Après, les médias ont déformé cette histoire de sortie nocturne. Je sais que les trois joueurs en questions sont rentrés à minuit au plus tard. Car ils sont venus dans ma chambre à leur retour et on a discuté (2).

Ils ont donc servi de boucs émissaires en étant suspendus par le sélectionneur intérimaire Lamine Ndiaye, lors du dernier match face à l’Afrique du Sud (1-1) ? Bah, on cherche toujours un responsable à un échec. Après, c’est sûr qu’il ne faut pas donner le bâton pour se faire battre…Car on n’était pas vraiment dans les meilleures conditions : on jouait un match très important le lendemain contre les Bafana Bafana. Il ne fallait surtout pas donner du grain à moudre à nos détracteurs. Et comme, au final, on ne s’est pas qualifiés, ça a amplifié toute cette histoire. Tandis que si nous nous étions qualifiés, toute cette affaire aurait été oubliée. Et puis, il faut relativiser ! Car notre élimination ne s’est pas jouée lors de ce dernier match mais contre la Tunisie (2-2) et l’Angola (1-3).

Kasperczak a beaucoup taillé les joueurs alors qu’il a démissionné de ses fonctions avant la fin de la CAN. Tu lui en as voulu ? Oui, je lui en ai voulu ! D’un point de vue personnel, je me suis retrouvé en position délicate face aux dirigeants des Girondins. Avant de signer à Bordeaux, je leur avais signalé que je ne jouerais pas la CAN. Et finalement, il m’a convoqué pour y participer. Après, tu n’as plus le choix : il faut défendre les couleurs de ton pays. Je me suis donc donné à fond durant cette Coupe. Et lui, au bout du deuxième match, il démissionne alors qu’on n’était même pas éliminés…Ça m’a fait mal au cœur. Car moi, j’aurais pu rester à Bordeaux, soit avec le club qui me paye et avec lequel j’avais un contrat moral plutôt que de participer à cette CAN. Pourtant, j’y suis allé. Et lorsque Kasperczak a démissionné après la défaite face à l’Angola, j’ai eu les glandes !

Lamine Ndiaye, son adjoint, a repris le flambeau. Est-ce qu’il était l’homme de la situation ? Bien sûr ! C’était celui qui connaissait le mieux le football en général et les joueurs parmi tous les dirigeants présents au Ghana. Et je voudrais lui tirer mon chapeau parce qu’il a fait du mieux possible. Je pense qu’il peut améliorer les choses dans les semaines à venir.

Pour ce qui est d’améliorer les choses, pas mal de Sénégalais s’en croient capables…Le président Abdoulaye Wade a réclamé des assises nationales du football notamment. Est-ce d’un quelconque intérêt que les politiques interviennent ? (Il rigole) Ah, c’est un peu l’Afrique, ça ! Je pense que les politiciens doivent rester dans leur domaine, la politique. Et qu’ils laissent le ministère des Sports et la Fédération gérer la chose. Je ne vois pas ce que l’intervention du Président de la République peut apporter. Son boulot, c’est de s’occuper de son pays, pas du football. Même si ce sport est une préoccupation majeure en Afrique.

Mais son implication pourrait relancer les Lions, non ? Le groupe qui s’est présenté au Ghana n’était pas sain, certes. Mais depuis la participation du Sénégal aux quarts de finale de la Coupe du Monde 2002, l’équipe nationale n’a plus eu que des résultats médiocres. Est-ce que le mal n’est pas plus profond qu’une simple affaire de jalousies ? (Il réfléchit) Depuis 2002, il y a eu la Coupe d’Afrique des nations 2004 en Tunisie. Ça ne s’était pas très bien passé, c’est vrai. En revanche, en Egypte (CAN 2006), on a été éliminés de peu en demi-finales, par les Pharaons (1-2). Je pense que c’est plutôt à partir de cette défaite que les choses ont commencé à dérailler. Je n’ai plus reconnu l’équipe nationale avec laquelle j’avais fait mes premiers pas. Comme je vous l’ai dit, si de telles jalousies persistent au sein de la sélection, on va droit dans le mur. Et il ne faudra pas s’en plaindre !

Dernière question : pourquoi tu portes toujours des gants lors des matchs ? (Il rigole) Bah, parce que j’ai froid aux mains !

Même au Ghana, où il faisait 35 degrés ? Bah ouais, j’avais quand même froid !

Propos recueillis par David Kalfa

(1) Le staff sénégalais, mené entre autre par Jules Bocandé, a depuis totalement démenti les accusations de Kasperczak. Un rapport lui était remis régulièrement sur le comportement des joueurs. Et ceux-ci ne passaient pas des nuits entières à l’extérieur.

(2) Les derniers éléments semblent confirmer que les trois joueurs ont effectivement passé trois heures à jouer au billard et à boire de la bière, avant de rentrer à leur hôtel. Et non pas à batifoler avec des filles de mauvaise vie comme initialement rapporté par des médias sénégalais en colère.


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