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Diego reverdit le Werder

dimanche 16 mars 2008

En mai 2006, un jeune Brésilien débarque au Werder en provenance de Porto. A peine plus de vingt ans et un challenge énorme en perspective : prendre le relais d’un Johan Micoud déifié pendant quatre ans. A défaut de se saisir du témoin et d’inscrire ses foulées sur celles de son prédécesseur tricolore, Diego Ribas da Cunha va faire mieux : devenir Diego. Mettez-lui du vert et du orange sur les épaules si vous voulez, ce mec aura la classe jusqu’à la mort.

Contrôle de la poitrine, coup du sombrero du pied droit, enchaînement frappe croisée du gauche, gamelle. Il fallait au moins cet exploit de Diego à l’entrée des dix-huit mètres pour déstabiliser onze Power Rangers recroquevillés sur leur but. Si la victoire finale de Brême face à Glasgow (1-0) n’a pas suffi pour envoyer un troisième club allemand en quarts de finale de la coupe UEFA jeudi soir, les observateurs auront au moins eu la confirmation de l’imminente explosion d’un grand talent du football des années 2010.

Diego, l’autre

Dans trois mois, Diego songera à quitter le Weserstadion pour découvrir une nouvelle langue, probablement l’italien ou l’espagnol. En attendant, c’est avec « Umlaut » et « Ess-tsett » que le Brésilien s’exprime.

Physiquement, celui qui a fait ses premiers pas au Santos FC se trouve quelque part entre Morientes et Deco. Sur le terrain, sa taille (1,74m) et sa volonté d’aller vers l’avant le rapprochent plus du Portugais, version époque dorée du FC Porto. Remplacer Deco à Porto en 2004 après la fuite de la star locale chez les Blaugranas, le gamin âgé alors de 18 ans n’y est d’ailleurs jamais vraiment parvenu. D’où l’exil chez les Teutons au mercato 2006.

Loin de la “lusophonie”, Diego grillera les étapes, siégeant directement sur le trône de superstar avant même d’avoir goûté aux regards qu’on adresse aux joueurs immigrés encore en rodage.

Pour sa première année en Bundesliga, Diego impose sa frange épaisse et ses passes millimétrées aux choix de Thomas Schaaf. Avec 33 matches de championnat et 13 pions enquillés (dont un lob de 63 mètres sur la pelouse d’Aachen), le stratège auriverde reçoit logiquement le trophée de meilleur joueur de la ligue. Une récompense individuelle qui masque un altruisme pourtant évident.


Dans le money time, rares sont les moments où Diego perd son sang-froid ou le ballon. Le milieu de terrain balance une mine de trente mètres quand le joueur talentueux lambda aurait glissé le cuir dans le dos de la défense, et inversement.

Pour sa deuxième saison au pays de la bière, Dieguito devrait de nouveau être élu patron de la Bundesliga, à moins que Francky…

Le numéro 10 du Werder appartient à ceux qui conjuguent leur style avec leur instinct. Un “10”, pas un milieu axial ni un mec qui soutient seulement ses deux attaquants. Diego a ce truc en plus, un don qui a vite été repéré par les sélectionneurs brésiliens.

A tout juste 23 printemps, le chef d’orchestre brêmois compte déjà 25 sélections et un palmarès plutôt rondouillard : 2 Copa America avec le Brésil, 2 championnats avec Santos, 1 coupe intercontinentale avec Porto, sans oublier le légendaire tournoi de Toulon...etc.

Bienvenue au Brêmil !

Si les distinctions collectives sont légion sur son CV et si l’Allemagne l’a fait roi, Diego et ses pieds dorés ne semblent pas suffisants pour permettre au Werder de renouer avec un titre de champion qui lui échappe depuis 2004.

Pourtant, vue du ciel et des tribunes du Weserstadion, cela ne fait aucun doute : Brême pratique le Fussball le plus excitant du pays.

Evidemment son meneur de jeu est en partie responsable des orgies de fin de semaine, mais le reste de l’écurie se met également au diapason.

Cette année, les trois canonniers qui épaulent le Brésilien s’appellent Rosenberg, Hugo Almeida et Sanogo. A la fin de l’exercice 2007-2008, quatre Brêmois devraient donc avoir franchi le cap des dix réalisations (sauf accident de car).

Le Werder est cette équipe fofolle qui joue tout pour l’attaque. Capables de démolir Bielefeld (8-1) ou Leverkusen (5-2), les joueurs de Thomas Schaaf sont également habitués à se faire secouer l’arrière-train par leurs adversaires : quatre buts encaissés par le Bayern (0-4) et Hanovre (4-3) et surtout le délicieux et récent 6-3 concédé chez le champion en titre Stuttgart. Tout ça dans la même saison !

Louer les exploits offensifs du Werder nécessite par ailleurs forcément un lynchage de la ligne arrière.

Tim Wiese est bronzé, plutôt orange. Le teint hâlé par un monoï bon marché, Tim incarne le dernier rempart de la neuvième défense de Bundesliga (34 buts encaissés en 23 rencontres). Un chiffre qui suffit à expliquer pourquoi le titre ne peut qu’échapper aux coéquipiers de l’éternel Torsten Frings.

Repousser la faute sur le seul gardien gominé relèverait de la mauvaise foi, tant l’aide de ses défenseurs saute aux yeux. Naldo et Mertesacker sont deux grands vigiles lents (1,92m et 1,96m). Avec quasiment quatre mètres à eux deux, les gaillards ont les membres tellement longs qu’ils pensent que marcher suffit pour rattraper un attaquant adverse au galop. Charnière jeune et apathique. Le revers des centimètres.

Sensations fortes et désillusions, la moustache de Thomas Schaaf ne semble pas se lasser des épisodes du Werder. Cette saison, son club ne gagnera pas la C3 mais peut se consoler en se disant qu’elle la remportera dans les années à venir. Diego, lui, ne la disputera sans doute plus jamais.

Par Matthieu Pécot


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Commentaires :2

El Fenomeno : Diego reverdit le Werder 28 mars 2008 21:47
Et pourkoi pas foutre Bodmer et Diego dans le même club ?

Pibe de oro : Diego reverdit le Werder 16 mars 2008 11:18
Le but de Bodmer est largement plus beau...

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