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Arthur Conan Doyle et l'affaire Portsmouth

Il aimait les crochets gauches, les descentes en ski et les matchs de cricket. Amoureux de sport avant même d'être le père de Sherlock Holmes, le grand Conan Doyle détient la réputation d'avoir été le premier gardien du Portsmouth FC. Vrai ou faux ? Jamais édité, voilà le mystère de l'écrivain qui jouait au football pour remplir son cabinet de médecin.

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« Cher confrère, dans l'univers holméso-doylien, le sport d'équipe favori, c'est le rugby. La nouvelle Missing Three-Quarter y fait référence, et le docteur Watson a joué dans l'équipe de Blackheath. Cependant, le "sportif" Conan Doyle est un amateur de football et même fervent joueur dans sa jeunesse. »

Le vocable est classieux. Le ton est respectueux, poli, presque d'époque. Les anecdotes lâchées « de mémoire » sentiraient presque le tabac et le costume en tweed. L'homme répond par mail, mais il ne manque que la signature plumée de bas de page pour ressentir la pleine impression de lire une lettre. Bref, en bon gros fan de Sir Arthur Conan Doyle et président de la Société Sherlock Holmes de France, Thierry Saint-Joanis confirme le on-dit : l'écrivain à la moustache de morse a porté les gants dans sa vingtaine pour le Portsmouth Athletic Football Club, ancêtre amateur du Portsmouth FC. Pas les gants de boxe, non, discipline qu'il juge par ailleurs comme « le meilleur sport individuel » et pour lequel il monta une pièce de théâtre, mais ceux de gardien de football. Pourquoi ? Parce qu'il était un sportif boulimique, certes, mais surtout pour attirer des clients dans son cabinet de médecin.

Doyle, une pipe en football ?


Arthur Ignatius Conan Doyle, né à Édimbourg en Écosse, débarque en bateau à vapeur sur les côtes de Portsmouth, Angleterre, en juin 1882. Le jeune homme a alors 23 ans et une carrière de docteur qui peine à démarrer, peu emballé par de rudes expériences en mer, soignant avec ennui les embarqués du Mayumba, un 1500 tonnes naviguant vers l'Afrique de l'Ouest, ou boxant sur le pouce avec des matelots pugilistes à bord du Hope, un navire d'observation baleinier. C'est donc presque les mains dans les poches qu'il débarque dans sa nouvelle ville d'accueil, avec à peine dix livres en poches. Venu rejoindre un compagnon de promotion rugbyman nommé George Budd, le voilà lâché sans travail ni maison dans une cité déjà bien fournie en toubibs. Après une étude de marché éclair, il installe son cabinet au n°1 Bush Villas, s'assurant d'être cité dans le journal local lorsqu'il s'occupe d'un accident. Les urgences, c'est son assurance-fiabilité. Question de réputation.

Mais Arthur Conan Doyle rame pour se faire sa place, d'autant plus pressé par les impératifs économiques de la vie de couple qu'il mène avec Louisa Hawkins, la sœur d'un patient décédé auquel il avait détecté une méningite. Lui vient alors cette inspiration, décrite des années plus tard dans sa nouvelle semi-autobiographique The Stark Munro Letters : « J'ai appris quelque chose que je chuchoterais à l'oreille de n'importe quel homme qui débute, comme je l'ai fait, étranger parmi les étrangers. Vous pouvez bien vous asseoir sur votre fauteuil de consultation jusqu'à ce qu'il casse sous votre poids, mais sans achats ni partenariats, vous ne ferez que peu ou pas de progrès. La vraie manière de faire est de sortir, de se mélanger avec d'autres hommes, partout, de leur apprendre à vous connaître. » Quel meilleur biais alors que le sport pour rameuter au cabinet une foule de ces messieurs blessés ? Conan enchaîne les inscriptions comme Jessy Pinkman recruterait ses accros à la Crystal Meth directement dans les associations d'aide, s'essayant aux clubs de littérature, aux conférences publiques sur Edward Gibbon, au cricket, au bowling… et au football.

« Élémenteur » , mon cher Watson


La légende veut que l'homme qui n'était pas encore Sir à l'époque ait été le premier portier du club de football de Portsmouth, double champion d'Angleterre et évoluant aujourd'hui en quatrième division. L'histoire de l'homme est, à l'inverse de celle de son club, trop belle pour être vraie : il jouait en réalité pour le club amateur du Portsmouth AFC, fondé en 1882 et démantelé en 1894, soit quatre ans avant même la création du Pompey que l'on connaît aujourd'hui. Gardien mais aussi défenseur sous le pseudonyme de AC.Smith, Doyle a toujours vu son passé footeux être éclipsé par ses performances en boxe, en golf ou en ski - il fut l'un des premiers à le populariser outre-Manche après un voyage en Suisse - l'influençant pourtant dans ses écrits, ou du moins dans l'une de ses nouvelles holmésienne : « Dans l'aventure Les Six Napoléons, explique Thierry Saint-Joanis, Horace Harker raconte à Sherlock Holmes que, bien qu'il ait été le seul journaliste présent dans la tribune de Doncaster lorsqu'elle s'effondra, il fut toutefois incapable d'écrire un article sur cet incident, car il avait été trop choqué pour cela. Il semblerait que Conan Doyle fasse ici référence à un incident survenu le 5 avril 1902, pendant le British Home Championship (en VF, le Championnat britannique des nations constitutives, ndlr) opposant les équipes de football d'Écosse et d'Angleterre. »

Ce soir-là, à Glasgow, la tribune Ouest de l'Ibrox Park s'écroule sur elle-même à la 51e minute, faisant chuter par là même des centaines de supporters. Douze mètres de vide. Vingt-cinq personnes perdent la vie et 517 autres ressortent des décombres blessées. La veille, un orage avait éclaté, fragilisant la toute nouvelle tribune en question. Les sièges en bois, soutenus par une charpente de poutres en acier, n'auront pas résisté au poids du plus lourd derby de Grande-Bretagne : « Ce désastre a profondément marqué son époque, et inspira sans doute Sir Arthur Conan Doyle quand il prit la plume  » , confirme notre spécialiste. Et Sherlock Holmes dans tout ça ? Le détective privé le plus célèbre de la planète, bien qu'il soit un grand sportif, ne joue pas au football. Cependant, la question de son supportérisme reste encore un sujet d'enquête pour les nombreux fans du personnage. La piste la plus évoquée le relierait à Aston Villa, dont le Lion emblématique aurait d'ailleurs inspiré Doyle pour créer son chien géant des Baskerville… Peut-être l'un des rares mystères encore non résolu par l'homme à la loupe, mes chers confrères.

Par Théo Denmat
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Sidney G'Ovule Niveau : Loisir
Le Chien des Baskerville et Le Monde Perdu, toute ma jeunesse.

* sourire niais *
la vallée de la peur, le best du best du mister doyle
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