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Arsenal et le complexe United

Autrefois lutte équilibrée, Manchester United-Arsenal est depuis 2004 un duel au suspense limité. L'alchimiste Arsène Wenger ne trouve plus le remède pour vaincre son pire ennemi et semble en peine de solutions de jeu. Retour sur un clash de rivaux où c'est encore le plus titré du pays qui gagne à la fin.

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On sait depuis les débuts de l'histoire du sport que l'adrénaline provoquée par l'approche d'une rencontre peut changer un homme. Le transformer en bête de scène, en sniper contre le coach adverse ou même en apôtre de la mauvaise foi. Durant dix-sept années, cette tension sportive a accouché de l'une des plus grandes rivalités, par bancs interposés, de l'histoire du football britannique. D'un côté, le statufié Sir Alex Ferguson, historique metteur en scène de Manchester United pendant vingt-sept ans. De l'autre, l'institution londonienne Arsène Wenger, autrefois « Arsène Who ?  » , devenu depuis son arrivée sur le banc d'Arsenal en 1996 un indéboulonable respecté.

L'arrivée de l'Alsacien à Londres a exacerbé définitivement les relations entre Red Devils et Gunners. Au point d'installer un complexe d'infériorité dans les rangs d'Arsenal, incapable de battre United depuis 2011, et vainqueur à une seule reprise lors des quinze dernières confrontations. Le 22 novembre dernier, lors du premier acte de l'ère Van Gaal-Wenger, Manchester United venait s'imposer sur la pelouse de l'Emirates Stadium (2-1), après avoir été pourtant dominé dans des proportions indécentes. Wayne Rooney battait par la même occasion le record de but en Premier League contre Arsenal avec onze buts. De quoi rendre fou Arsène le scientifique qui, avec seulement 16 victoires en 52 matchs toutes compétitions confondues depuis son arrivée en Angleterre en 1996, cherche frénétiquement dans son labo la solution à l'équation United.

Wenger-Ferguson, la battle médiatique


À son arrivée sur le banc des Gunners, Arsène Wenger avait plusieurs missions, dont la principale fut de redonner du plaisir aux supporters du club. Arsenal sort d'une période dorée portée par l'Écossais George Graham avec qui les Londoniens remporteront deux titres de champion d'Angleterre (1989 et 1991), un douplé League Cup-FA Cup en 1993 et la Coupe des coupes 1994. Seul problème, l'équipe, construite sur une base défensive solide représentée par le poète Tony Adams, est également étiquettée de Boring Arsenal. Wenger a alors dès 1996 le rôle de savant fou afin de faire jouer le club et redonner du plaisir à Highbury. L'Alsacien installe la culture de l'étranger avec l'arrivée de Patrick Vieira, Emmanuel Petit, suivis rapidement par Thierry Henry, Wiltord et Pirès. United, de son côté, voit ses jeunes monter et sa génération 92 prendre de l'ampleur avant d'exploser en 1999 avec un triplé historique (Premier League, FA Cup et Ligue des champions). Ferguson et Wenger apprennent à se découvrir, les premières joutes verbales fusent. L'Écossais lancera les premières hostilités avec une sortie salée : « C'est un novice. Il ferait mieux de réserver ses commentaires pour le football japonais. Il vient d'arriver, qu'est-ce qu'il connaît ? »

Durant huit ans, Arsenal et Manchester United vont alors se partager les titres et dessiner deux philosophies. Sir Alex Ferguson s'appuira sur le contact, l'engagement. De son côté, Arsène Wenger développe encore à ce jour un football léché, basé sur un système défensif mais joueur, bien loin des standards du football anglais. L'agressivité des Mancuniens sera le nerf de la guerre entre les deux hommes. Sur le terrain, la tension sera exacerbée par deux bagarres générales entre United et les Gunners en 2003 et 2004. Van Nistelrooy en victime préférée des Londoniens et des combats de bouchers. « 80% du match avait lieu dans le tunnel. On se demandait à certains moments si ce n'était pas les médias qui faisaient monter la rivalité en pointant les caméras sur nous, en filmant Vieira et Roy Keane régler leurs comptes » , témoigne l'ancien Canonnier Pascal Cygan. Pourtant, psychologiquement, United a déjà pris le dessus. Même si Arsenal fêta son titre de champion en 2002 sur la pelouse d'Old Trafford après un succès étriqué (1-0), les Red Devils mirent un terme à l'invincibilité de 49 matchs des hommes de Wenger le 24 octobre 2004 avec un succès précieux (2-0). C'est d'ailleurs à l'occasion de cette victoire controversée que Fergie reçut une pizza en pleine face des mains de Cesc Fábregas dans les couloirs d'Old Trafford. Les Invincibles d'Arsenal perdent pied, Chelsea se mêle à la course au titre, et United se maintient dans le bal. La lutte se déséquilibre, la guerre des coachs s'adoucit.

Des « enfants » qui n'ont toujours pas grandi


La fin de l'ère des Invincibles d'Arsenal marque un tournant majeur dans la rivalité des deux clubs. Alors que l'édifice des Gunners s'effrite progressivement à partir de 2006 et une finale de Ligue des champions perdue, Manchester United va enfin voir son recrutement audacieux porter ses fruits (Rooney, Ronaldo, Évra, Van der Sar, Vidić). Après quatre années à courir derrière la couronne, les Red Devils reviennent sur le toit du Royaume en 2007. Le commencement d'une suprématie presque inébranlable (3 championnats raflés d'affilée) que son concurrent londonien ne sera jamais en mesure de contrarier. L'écart qui va se creuser va continuer de mettre en lumière les différences fondamentales entre les deux clubs. Deux conceptions, deux visions bien distinctes pour atteindre le succès. D'un côté, United, longtemps porté par un coach avide de succès qui a transmis cette culture de la gagne comme une nécessité. Prenant, parfois, le pas sur la manière. De l'autre, Wenger et son Arsenal chéri, qu'il a choyé et élevé contre vents et marées. Refusant, lui, de galvauder ses principes – des finances assainies dues notamment à la construction de l'Emirates Stadium et une volonté de pratiquer un jeu chatoyant – en dépit d'une armoire à trophées sacrément poussiéreuse. Surtout, ce qui interpelle lors des quinze dernières confrontations, c'est la naïveté dont fait preuve Arsenal. Avec toujours un jeu orienté vers la possession et un manager qui refuse de modifier son organisation tactique en fonction de l'adversaire, l'équipe londonienne est trop prévisible et assiste impuissante au même scénario chaque saison.

« Au cours des années suivantes, on en a appris plus sur la façon de penser d'Arsenal. Arsène avait un modèle pour résumer la façon dont il voyait ses joueurs et la manière dont ils jouaient, raconte Alex Ferguson dans son autobiographie. Contre Arsenal, on n'avait pas besoin de gagner le ballon, il fallait l'intercepter. On a compris que lorsqu'ils passaient le ballon à Fàbregas dos au but, il remettait immédiatement pour jouer le une-deux. Il enroulait sa passe vers le partenaire le plus proche et courait de l'autre côté du défenseur pour la réception. On disait donc à nos joueurs : "Restez avec le coureur, puis interceptez la balle." Ensuite, nous contre-attaquions rapidement. » Ainsi, certaines rencontres ont tourné à la fessée pour Arsenal. Un soir de 5 mai 2009, le club londonien se fait balayer aux portes de la C1 par son rival mancunien (1-3), et Patrice Évra lâche alors l'une de ses punchlines les plus mémorables : «  En général, quand tu gagnes, tu dis que tu as bien joué. Mais là, c'était onze hommes contre onze enfants » . Un an plus tard, le latéral français ira même plus loin, qualifiant Arsenal de « centre de formation de football » . Les Canonniers n'ont depuis pas fait grand-chose pour lui donner tort. Le 12 mars 2011, les Mancuniens éliminent leurs rivaux en quarts de finale de la Cup avec un milieu de terrain improbable composé de Gibson, Rafael, O'Shea et Fábio. Quelques mois plus tard, Rooney et sa troupe émiettent l'escouade de Wenger avec un historique 8-2 à Old Trafford, plus lourde défaite dans l'histoire de la Premier League pour Arsenal depuis un 6-1 administré déjà par United en février 2001. Les leçons se suivent et se ressemblent pour le club londonien, incapable d'infléchir ce rapport de forces. « S'il y a une caractéristique que l'on partageait (avec Wenger, ndlr), c'était une haine viscérale de la défaite  » , écrit toutefois encore Fergie dans son autobiographie. Plus que jamais, il serait temps que ce sentiment anime au plus profond l'Alsacien avant de retrouver sa bête noire.

Par Romain Duchâteau et Maxime Brigand
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