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Arsenal – AS Monaco (1-3) : YEEEAH !

Coup de tonnerre à l'Emirates. Coup de foudre. Coup parfait.

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« On easy street » , puis à la rue…


En rock, y a une expression pour ça : « to steal the show » . Traduction : voler la vedette à... En gros, c'est quand le groupe de première partie « pique le show » au groupe de tête d'affiche. Exemples mémorables, et qui ont tourné à la consécration soudaine : ZZ Top bouffant des Stones mal réveillés quelque part dans le Sud lors d'une tournée US en 78, ou bien des jeunes inconnus irlandais, U-Deux, ringardisant à Paris les icônes attendues, Talking Heads, au printemps 81… Hier soir, les Rouge et Blanc d'ici ont piqué le show aux Rouge et Blanc de là-bas, chez eux, devant leurs fans. Au matin du match, la presse anglaise, unanime, avait titré au sujet des Canonniers, « Arsenal on easy street » ( « Arsenal sur la voie royale » ). Olivier « Giwoo » , lui, prenait de haut ses compatriotes azuréens en assumant à la frime le statut de favori évident de sa team : « Lors du tirage, il y avait plus de sourires dans le vestiaire. C'est quand même mieux que le Bayern. Mais attention à cette équipe » . Que dalle, Olivier ! Ton Arsenul a lui-même creusé sa tombe à cause d'un excès d'arrogance que même ton coach n'a pu rattraper. Arsène est resté assis, cloué, amorphe tout au long de la partie, incapable de changer le cours d'une rencontre que tous avaient déjà classé dans la colonne « victoires » . La première explication de la défaite des Gunners tient donc à cette fichue suffisance. Ceci dit… L'ASM ne partait réellement pas favorite : honnêtement, qui aurait parié sur une fessée aussi cruelle pour les Londoniens ? Pas grand monde, en vérité. Et c'est toute la beauté du foot que de voir un match pareil, avec le scénario quasi idéal, dégusté à grands coups de kirs blanc-cassis. « Quasi idéal » , parce que l'affaire n'est pas pliée. Il y a deux ans, Arsenal avait failli créer la sensation en allant battre chez lui un Bayern en carton (2-0), après un 1-3 à l'Emirates qu'on avait tous cru totalement rédhibitoire. Et puis hier, Arsenal a eu un bon petit paquet de bonnes occases, foirées par maladresse (Giroud) ou bien par malchance (Welbeck contré devant le but de Subašić par Walcott !). Alors, mollo, comme on dit à Sainté…

Deux doigts de Porto 2004…


L'immense satisfaction de ce 3-1 monégasque, c'est d'avoir su tordre le cou à la lose française en coupes d'Europe (et on sait de quoi on parle, chez nous). Parce que, passées les cinq premières minutes dangereuses d'Arsenal, Monaco s'engageait vers la voie archi connue du club français qui se met à dominer à l'extérieur avant de se faire punir sans pitié : quatre situations chaudes créées par Moutinho, Berbatov, Martial et Abdennour, mais mal conclues (19e, 21e, 32e et 34e) ! Rageant. Sauf que… Sauf que Kondogbia a miné quatre minutes plus tard pour bien annoncer qu'il serait l'homme du match (avec Moutinho et Prince Dimitar) et que l'ASM allait faire mal : 1-0 et début de la fin pour Arsenal, qui allait logiquement laisser des espaces. Sur sa frappe, Geoffrey Kondogbia est enfin sorti de sa « nonchalance » , façon Ferreira Carrasco (dit « YFC » ). Cette saison, l'attaquant belge n'a pas frappé à la porte pour se faire accepter à l'ASM. La porte, il l'a défoncée ! Et il s'est fait sa place. À la différence d'un Ocampos, talentueux mais trop poli, et donc « reversé » à l'OM. Geoffrey, tu sais ce qu'il te restera à faire quand tu seras à nouveau en face des grilles de Clairefontaine… Idem pour Martial, enfin ravageur et décomplexé sur le front de l'attaque à l'Emirates ! Dans l'analyse globale du succès monégasque rapportée par L'Équipe de ce matin, Gérard Houllier a insisté sur la supériorité du milieu monégasque sur celui d'Arsenal (avec ses deux milieux def Cazorla et Coquelin, coupés de leurs quatre offensifs trop peu actifs au pressing) : « Avec son milieu à trois, aidé par les deux joueurs de couloirs, c'est comme si Monaco se retrouvait dans ce secteur à cinq contre deux face à son adversaire. » Bien vu ! Car dans le cœur du jeu, Kondogbia et Fabinho plus Moutinho placé un peu plus haut ont fait régner une maîtrise insolente qui rappelait le grand Porto 2004 de Mourinho avec son milieu infernal Costinha, Maniche et Deco. Après tout, Jardim est bien portugais, non ? Et puis son petit sprint le long de la touche après le troisième but de YFC rappelait celui du Mou, quand Demba Ba avait planté le 2-0 contre Paris l'an passé…

Moutinho 2015, Benarbia 1998…


Leonardo Jardim… À Sofoot.com, on lui a toujours apporté un soutien critique, en avalisant très tôt le fait qu'il était l'homme de la situation à l'ASM, mais en regrettant que le passage annoncé à un jeu plus offensif ait pris autant de retard. Hier soir, on a été comblés : maîtrise totale, des occases à la pelle en contres ou en attaques placées et trois buts ! Même si ceux de Berbatov et de Ferreira Carrasco furent des contres classiques menés à la suite d'assauts adverses suicidaires, défenseurs compris. Et dire que Leonardo avait du se passer de Toulalan, Carvalho, Raggi, Bakayoko. Même Kurzawa et YFC, diminués, étaient absents au coup d'envoi (puis entrés en cours de jeu). Jardim a su rebâtir en chef de maîtrise une équipe qui avait l'air de jouer ensemble depuis des années... On a souvent insisté ici sur l'une des clefs du jeu de Jardim : l'excellence des sorties de balle de son ASM, qui plus est sous la pression de l'adversaire. Récupe basse d'un défenseur (Kurzawa, par exemple, ou Fabinho hier soir) qui glisse vers un milieu (Toul, Moutinho, Bernardo Silva), puis transmission vers l'attaquant (YFC ou Berbatov, surtout, pour orienter ou faire remonter le bloc). Le tout en trois passes et en trois secondes… C'est grâce à ces sorties de balle que Monaco fait toujours très mal, comme en attestait encore Gégé dans L'Équipe, « les transmissions défense-attaque ont été explosives » . La finesse technique et le sens de la temporisation de Moutinho ont été grandioses, hier soir. Juste trois grammes de déviation par-ci, ou cinq grammes de conservation par là (avant de transmettre en grillant trois Gunners d'un coup). La ruse et le sang-froid du Portugais ont rappelé le grand Benarbia en quarts retour de C1 contre MU à Old Trafford (1-1, 0-0 à l'aller) : en mars 1998, avec l'ASM, le petit stratège algérien, tout en retenue, avait brisé le tempo mancunien sur le même mode attentiste-foudroyant que Moutinho. Princiers, tous les deux ! Hommage aussi à Dimitar : en bon ex-joueur des Spurs et de Fulham, il a gagné son petit derby londonien en plantant « lentement » sur une accélération de vieux loup… Enfin, grâce à l'ASM, la France engrange à l'indice UEFA. Le Portugal, notre concurrent direct, va-t-il devoir rapatrier Leonardo Jardim ?

Par Chérif Ghemmour
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