Arrivederci la grève

On a craint le pire en Italie. Une grève du calcio ce week-end a été évitée. La Lega et le principal syndicat de joueurs se chamaillaient depuis des mois sur le renouvellement de la convention collective. Un accord a été trouvé, des ajustement seront faits. Tout ça pour ça ?

Modififié
0 2
Le contexte


Le calcio n'avait pas subi de grève depuis un moment. Et ca continuera, puisque les italiens joueront bien samedi et dimanche. Il y a quelques semaines, l'Assocalciatori (AIC), syndicat de défense des joueurs en Italie, avait pourtant déposé un préavis de grève pour demain et après-demain L'objet de la dispute ? La convention collective. Un ensemble entre la Ligue, le syndicat et la Fédé, renouvelable tous les trois ans. L'ancienne a expiré en juin, la nouvelle devait être articulée en huit points. Il n'y en aura finalement que sept, après des mois de bataille. Le huitième point, sur les conditions de transfert, a été jugé injuste, et sera retiré.

Au départ, l'Aic, le Medef des joueurs, s'était dite prête à accepter six des huit points. Parmi eux, entre autres, la flexibilité contractuelle (une rémunération liée aux résultats), le choix du collège arbitral, l'incapacité pour un footballeur d'exercer une autre profession durant son temps libre (par exemple, le milanais Gattuso possède une poissonnerie). Le septième alinéa qui dérangeait concernait le «  fuori rosa » (littéralement « hors de l'effectif » ), ou lorsque le coach divise son équipe en groupes à sa guise durant l'entraînement. L'Aic s'est opposée à ce point, estimant que les joueurs doivent s'entraîner tous ensemble, sans qu'aucune discrimination ne soit faite. Simplement parce que le syndicat a estimé qu'à long terme, cela pouvait avoir des répercussions comme la mise à l'écart d'un joueur. Autre désaccord : les transferts. La Ligue souhaitait qu'un joueur en dernière année contractuelle ne puisse refuser d'être transféré dans un club où le traitement économique (comprenez « salaire » ) est le même, même s'il n'en a aucune envie. Le cas échéant, contrat annulé illico presto, avec en plus une amende à payer par le joueur, à hauteur de 50% du salaire, et ce jusqu'à la date de fin du contrat. L'Aic s'est complètement opposée à cette perspective et a finalement gagné la bataille.


La menace

Cette menace de grève a soulevé la question des droits des joueurs. Parmi les supporters, les footballeurs, les dirigeants, on a joué pendant des mois au ping-pong avec les arguments. D'un côté, ceux qui ne comprenaient pas qu'un footballeur fasse grève. A l'image des tifosi de la Samp, qui ont marqué le week-end dernier sur une bannière : « La grève aux travailleurs, honte aux footballeurs » . Même son de cloche chez le charismatique président de la Lazio, Claudio Lotito : « On ne parle pas des joueurs de Serie C qui gagnent 1200 euros par mois » insiste Lotito. De l'autre côté, les arguments défendus par le syndicat. L'Aic préfère défendre le joueur de Serie C plutôt que la star du foot qui amasse le pactole chaque dimanche : «  Le syndicat ne s'identifie pas avec Ibrahimovic et Eto'o. L'Aic défend les droits des plus faibles [...] qui n'ont pas les mêmes chiffres que les super champions » assure Sandro Mazzola, un des défenseurs de l'Aic. Pendant cette histoire de grève, peu de footballeurs se sont vraiment exprimés. Parmi les rares, Cristiano Lucarelli, membre du conseil de l'Aic et attaquant de Naples, justifie le motif de la lutte : « Nous nous battons pour nos droits, pas pour de l'argent » . Bref, début décembre, on se dirige tout droit vers la grève.


La solution


Vendredi dernier, le Coni (Haute Cour de Justice du Comité Olympique National Italien) avait ordonné à la Fédé italienne (FIGC) de discuter pour se mettre d'accord le plus vite possible avec l'Aic afin d'éviter à tout prix la grève. Les médias italiens n'ont fait que de parler des négociations cette semaine, à coups d'alertes info, conférences de presse, sans oublier une réunion décisive de sept heures (quand même) mardi après-midi, le jour le plus long. En milieu de semaine, la grève a été annulée, avec des conditions acceptées par la Ligue et le syndicat. La nouvelle convention collective devrait être rapidement rédigée, et des modifications seront faites. Le dernier point, sur les transferts, et l'incapacité du joueur d'aller dans un club ou le traitement économique est le même, sera lui supprimé. Un soulagement pour le syndicat qui, à défaut d'obtenir la suppression du « fuori rosa » en acquiert la modification. La Ligue évite le pire, mais elle va devoir tenir son engagement jusqu'au bout, sous peine de subir bientôt une autre menace de grève, qui ne sera peut-être pas qu'une menace cette fois-ci.


Joint par téléphone, Massimo Oddo, arrière milanais et porte-parole de l'Aic, aimerait bien que le foot évolue. «  Il faut trouver des idées alternatives. Nous savons que le football traverse une période difficile. On doit affronter cela en prenant en compte les droits des travailleurs » . La journée aura bien lieu, mais les syndicats ne veulent pas que cette bataille n'ait été un simple coup d'épée dans l'eau. Le combat de l'Aic, c'est de faire comprendre qu'un footballeur a des droits et qu'il doit faire valoir son avis concernant sa carrière. Une opinion pas forcément défendue par les politiques, à l'image de la ministre de la Jeunesse, Giorgia Meloni, qui a déclaré au sujet des bisbilles du calcio : «  Le droit de grève est une chose trop sérieuse pour être confondue avec ce contentieux entre milliardaires » . Cela n'a apparemment pas plu à Cristiano Lucarelli qui fustige l'esprit démago autour du conflit : « En Italie, certains ne manquent pas de démagogie ni de moralisme : vu ce qu'on a dit de la grève des footballeurs, j'en viens à penser que dans ce pays, il manque de professeurs universitaires, mais pas de professeurs de démagogie » . Au final, grève, discours politique, négociations, promesses de la Ligue, tout s'arrange, mais pour combien de temps ? Pour le moment, peu importe, car ce week-end, les footballeurs vont bien tâter le ballon, pour le plaisir des supporters, de la Ligue, de la Fédé, et aussi de l'Aic. Ca aurait quand même été bête de rater Juve-Lazio.

Assia Hamdi


Propos recueillis par téléphone et dans la presse italienne.

Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

P.S. : CONI c'est le comité olympique italien.
mais c'est vrai qu'on a tendance à réduire les footballeurs à ceux qui sont surpayés dans les grandes ligues...
Cristiano Lucarelli:
En août 2010, il est prêté une nouvelle fois par Parme, cette fois à Naples pour une saison avec option d'achat.

dr
Partenaires
Logo FOOT.fr Olive & Tom
Article suivant
Benzema, enfin ?
0 2