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Arrigo avant Sacchi : les prémices du calcio totale

Arrigo Sacchi fête ses 70 ans ce vendredi, mais l’entraîneur de légende qu’on connaît aujourd’hui n’a pas eu des débuts faciles sur le banc et encore moins en tant que joueur. Ben oui, avant, le Milan, c’était plus Arrigo que Sacchi.

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Le calcio totale, une défense de feu, des Néerlandais talentueux et un Milan de légende. C’est souvent ce dont on parle quand on discute d’Arrigo Sacchi, lui qui a révolutionné le football en Italie, mais aussi dans toute l’Europe avec un 4-4-2 totalement retapé, alors que les autres entraîneurs de la Botte l’avaient laissé à l’abandon. Il faut dire que, dans les années 70, tout le monde joue un peu de la même façon, avec un jeu fixe très agressif à la Trapattoni. Pourtant, le natif de Fusignano, dans la région d’Émilie-Romagne, est loin de se douter qu’il va autant révolutionner le football alors qu’il porte la tenue du club de sa petite commune. « Il n’avait pas de qualités techniques, mais c’était un joueur attentif avec des jambes. Il était défenseur latéral, il savait jouer à droite comme à gauche. Ça lui est arrivé de dépanner au centre et même au milieu de terrain, mais il n’avait plus ses points de repère. Il se reposait surtout sur sa capacité à rester concentré et à être attentif à chaque action. Il était très impliqué » , explique Italo Graziani, ami de toujours de Sacchi et préparateur physique à ses côtés du temps de l’Atlético.


L’appel de l’argent l’emporte cependant sur sa passion, et, à 19 ans, Arrigo lâche les crampons et son cartable pour accompagner son papa, Augusto, dans son entreprise de chaussures. Mais on n’échappe pas aussi facilement à son destin, et le foot lui reste en tête, à tel point que, quelques mois plus tard, Arrigo fait son retour à Fusignano avec, cette fois, la casquette d’entraîneur. « Il avait des idées concernant le foot, continue Italo. Des idées bien à lui, mûrement réfléchies. Et quand il décide de faire quelque chose, il le fait jusqu’au bout, à 100%, avec toute l’implication, tout le travail que cela requiert. C’est pour ça qu’il a arrêté le travail avec son père. Il faut aussi dire que les affaires n’allaient pas bien, ils avaient perdu beaucoup d’argent. » Et Arrigo impose directement ce 4-4-2 en zone qui le rendra si célèbre par la suite. « Il voulait absolument jouer avec des jeunes, car ils étaient souvent plus motivés, et il appliquait déjà son jeu en mouvement, en zone. Il ne voulait pas qu’ils jouent avec des rôles fixes comme Trapattoni le faisait à cette époque. » Bien qu’innovante, la tactique bouleverse surtout un schéma implanté depuis longtemps dans la tête des joueurs, et les résultats peinent à arriver. Sa persévérance paie tout de même, puisqu’il arrive enfin à imposer son jeu, et Fusignano monte dans la catégorie amateur supérieure en écrasant toutes les autres équipes sur son passage.

La mélodie de l’entraîneur


À 31 ans, Arrigo lâche finalement sa belle Fusignano pour une pige sans intérêt à Alfonsine, 10 km plus loin, avant de continuer sa route à Bellaria-Igea Marina, sur la côte de l’Émilie-Romagne. Le problème est que ses anciens joueurs avec qui il a enfin réussi à gagner sont restés dans leur club et qu’il s’agit dès lors de tout recommencer à zéro. Sans surprise, les débuts à Bellaria, en quatrième division, sont fastidieux : les joueurs n’ont pas l’habitude de ses entraînements intensifs et sont exténués pour le dimanche, il ne parvient pas à leur enseigner sa tactique, et l’équipe prend raclée sur raclée. « Sacchi avait fini par remettre sa démission aux deux présidents, Alessandro Zamagni et Feruccio Giovanardi, se souvient Luca Zamagni, fils d’Alessandro. Mais ils lui ont fait confiance et ils ont refusé sa démission. À partir de là, Sacchi a commencé à gagner. » Cette simple décision aurait pu tout changer, puisqu’il déclarera plusieurs années plus tard à la télévision italienne qu’il aurait pu arrêter sa carrière d’entraîneur si les présidents avaient accepté qu’il s’en aille.

Et il ne leur faut pas longtemps avant que le jeune coach leur donne raison. Preuve de son expérience, il n’a besoin, cette fois, que d’une demi-saison avant d’imposer son style. « Il a fallu du temps pour que les joueurs apprennent sa tactique, mais, une fois que c’était fait, ils jouaient très bien. Ils jouaient enfin au football, au vrai. Mais il a quand même fallu attendre la fin de la phase aller avant que ça ne se fasse. » Comme à Fusignano deux ans plus tôt, la machine est lancée, et les résultats arrivent enfin. Ainsi, de relégable à la mi-saison, Bellaria arrive à se sauver à la dernière journée en jouant un jeu identique à celui qu’il imposera à Van Basten et Maldini, plus tard. « Sacchi entraînait comme s’il faisait de la musique. Il donnait du rythme à son jeu » , se rappelle Luca, non sans nostalgie dans la voix. Après cette saison riche en émotion, Arrigo se dit qu’il est temps de passer à l’étape supérieur et s’inscrit au cours d’entraîneur, afin d’obtenir la licence professionnelle. Sa vision moderne du football et ses excellents résultats aux examens lui permettront d’en sortir avec les encouragements d’Italo Allodi, président de l’académie.

Arrigo, c’est beau la vie…


À peine sorti, direction Cesena où il entraînera les jeunes pendant trois ans avec, à la clé, le premier titre de champion d’Italie du club dans cette catégorie. C’est d’ailleurs là qu’il fait la connaissance de Walter Bianchi, alors âgé de 15 ans, qui le suivra à travers neuf saisons, jusqu’au Milan. « Je me souviens d’une fois où on avait gagné 4-0 contre les jeunes de la Fiorentina, qui était une très bonne équipe comme l’était le Torino ou la Juventus. Le mardi après le match, on était tous dans le vestiaire en train de parler de cette victoire. Puis, Sacchi est arrivé et a lancé critique sur critique, malgré l’excellent match qu’on avait fait. À un moment, le plus vieux joueur de l’équipe s’est levé et lui a dit qu’il ne comprenait pas sa réaction, qu’on avait gagné 4-0 à Florence et qu’il arrivait encore à dire quelque chose. Sacchi a rigolé, mais c’est pour illustrer à quel point il était passionné par ce sport » , se remémore l’ancien défenseur latéral italien. Après deux ans à Rimini en Division 3, entrecoupés d’une pige chez les jeunes de la Fiorentina pour le coach, les deux hommes se retrouvent à Parme, aussi en Division 3.


Arrigo a beaucoup mûri depuis ses débuts en amateur et il sait désormais comment enseigner sa tactique. Ce qui lui permet de réaliser de bonnes saisons avant de faire l’étalage de tout son talent avec les Parmesans. Selon un de ses anciens joueurs de l’époque, Alessandro Melli, ses entraînements intenses y étaient évidemment pour quelque chose. « Il était très maniaque, très perfectionniste, souligne l’ex-attaquant. Ses exercices étaient très difficiles. Je me souviens d’un lors duquel il nous forçait à élargir nos capacités. On était par deux, et, si le compagnon faisait un geste technique, on devait répondre par un autre différent. S’il faisait un mouvement spécial, on devait aussi en faire un autre. C’était très intense, mais, si on arrivait à surpasser la difficulté, la différence se voyait le dimanche. » Et Bianchi de compléter : « Il voulait qu’on parvienne à prévoir n’importe quelle situation. Par exemple, si on perdait un ballon à tel endroit du terrain, ou si on commettait une erreur à tel moment du match. Il voulait vraiment prévoir toutes les éventualités pour qu’on soit capables de réagir si ça ne se passe pas comme prévu. Que ce soit à Cesena, à Parma ou au Milan, il a toujours travaillé de la même façon, mais toujours en s’améliorant. » Sa première année à Parme se solde par une montée en Division 2, et il est à deux doigts de rejoindre l’élite la saison suivante. C’est d’ailleurs à ce moment qu’il croisera Berlusconi, qui viendra le féliciter dans les vestiaires après la défaite du Milan par l’équipe de Sacchi en Coupe d’Italie. « Mais c’est qui ? » , demande un journaliste au président du Milan en désignant son nouvel entraîneur au teint pâle et au crâne dégarni. « L’entraîneur avec la paranoïa de la victoire » , répond Berlusconi.


Par Giuliano Depasquale
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