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Arnolin : « Preciado était un battant »

Un infarctus a emporté Manuel Preciado dans la nuit de mercredi à jeudi. L’Espagnol n’avait que 54 ans. L’homme à la célèbre moustache venait d’être nommé, quelques heures plus tôt, nouvel entraîneur de Villarreal. Ces trois dernières saisons, Grégory Arnolin a joué sous ses ordres au Sporting Gijón (Liga). Entretien avec le défenseur français.

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Grégory, à quel moment avez-vous appris la tragique nouvelle de ce jeudi ?
Je suis en vacances en Martinique, donc j’ai été prévenu en différé. En Espagne, c’était déjà l’après-midi. À mon réveil, j’ai reçu beaucoup d’appels et de messages. J’ai encore du mal à y croire. J’ai vite écrit sur mon compte Twitter pour transmettre mes condoléances. Si j’ai bien compris, le Sporting Gijón va organiser dans les prochaines heures une cérémonie dans son stade. Ça m’énerve, je ne pourrai pas y aller. J’aurais aimé être là pour un dernier hommage. Le pire, c’est qu’avec Preciado, on avait tous les deux prévu d’aller manger ensemble avant mon départ en vacances… Et finalement, on n’avait pas eu le temps.

Manuel Preciado entraînait Gijón depuis 2006. Jusqu’à son licenciement, début 2012. Quelques mois après, le club qu’il avait fait monter en Liga, il y a quatre ans, est redescendu en deuxième division.
Il avait encore une belle carrière d’entraîneur devant lui. En plus d’être un excellent coach, c’était une excellente personne, quelqu’un de très transparent, ce qui est rare aujourd’hui. Les meilleurs partent en premier, comme on dit. À Gijón, tout le monde l’aimait dans l’équipe, les gens qui jouaient, les gens qui ne jouaient pas. J’ai tellement de bons souvenirs dans la tête… Mais là, je préfère garder ça pour moi. C’est dur d’en parler à chaud, je suis encore sous le choc.

Preciado était connu pour son franc-parler. En novembre 2010, il avait traité José Mourinho de « canaille » . Une réponse sans langue de bois au coach du Real Madrid, qui lui avait reproché d’aligner une équipe bis sur le terrain du Barça.

Quand des choses ne lui allaient pas, il le disait en face, pas dans ton dos. C’était sa manière d’être et c’est aussi ce qui faisait progresser ses joueurs. Après la polémique avec Mourinho, je crois même qu’il est devenu ami avec lui. Lors de notre match retour contre Madrid, on avait gagné 1 à 0 à Bernabeu, j’étais sur le banc (avril 2011, 30e journée de Liga, ndlr). Mourinho était ensuite venu dans le vestiaire de Gijón pour serrer la main à tous les joueurs et à Preciado. Un grand souvenir.

Votre ancien entraîneur avait vécu plusieurs drames. Sa femme est décédée en 2002 à cause d’un cancer et son fils a péri en 2004 dans un accident de voiture.
C’était un battant. Pour lui, la vie continuait. Il avait cette force en lui et la transmettait au groupe. Il se montrait toujours content, toujours optimiste. Il voulait que nous donnions tout sur le terrain, jusqu’à nos limites. Le premier jour, quand je suis arrivé du Portugal (Guimarães, ndlr), il m’a serré dans ses bras et m’a dit : « Bienvenue à la maison. » Il était super proche de l’équipe, mangeait avec nous, sortait avec nous. Les autres entraîneurs que j’ai connus, eux, ils prenaient leurs distances. Ce coach a changé ma carrière. Il m’a ouvert les yeux, m’a montré que j’avais des qualités et m’a fait prendre confiance en moi. Là, j’ai 31 ans. Si seulement je l’avais connu plus tôt…

Propos recueillis par Adrien Pécout
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