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Apocalypse Now

Le parcours calamiteux des Bleus en Afrique du Sud aboutira peut-être à la remise en cause impérieuse d'une Fédération en proie aux plus grands doutes. Un futur en Technicolor est à ce prix...

Fernand Sastre, honorable président de la Fédération française entre 1972 et 1985, doit s'en retourner dans sa tombe. Et ça ne date pas d'hier. On pensait avoir touché le fond avec le règne de Jean Fournet-Fayard et le France-Bulgarie de novembre 1993. Le meilleur était à venir. Si l'on excepte la parenthèse enchantée du Mondial 2006 (où la thèse de l'autogestion des joueurs paraît aujourd'hui la plus probante) et les deux coupes en chocolat de la Confédération en 2001 et 2003, le dernier résultat éloquent de la sélection remonte à l'Euro 2000. Depuis l'avènement de Saint-Étienne au milieu des années 1970 et la fin de la pire période de l'histoire (1960/1975), le foot français fonctionnait selon un “savant” mouvement pendulaire. Lorsque les Bleus connaissaient un creux, les clubs prenaient la relève et inversement. L'apparition de l'arrêt Bosman en 1996 a quelque peu changé la donne puisque désormais les résultats des clubs sont bien plus indexés sur l'argent qu'auparavant. Avant son apparition, la France était deuxième à l'indice UEFA, l'Espagne quatrième et l'Angleterre cinquième. Aujourd'hui, Albion mène la danse devant les clubs de la Liga et la L1 plafonne à la cinquième place depuis une bonne douzaine d'années.

Un plan qui va bouleverser

Paradoxalement, c'est au moment où la France se rapproche du sommet de son siècle d'histoire (1998/2000) qu'elle commence déjà à décliner. Cruelle ironie, c'est Claude Simonet (1994/2005), le pathétique successeur de Jean Fournet-Fayard, qui recueillera les dividendes d'un travail vieux de plus de vingt ans. C'est au début des 70's, sous l'impulsion de Fernand Sastre et de Jean Sadoul (le président de la Ligue entre 1967 et 1991), que les instances ont mis en place un plan qui va lentement bouleverser l'organisation du football national : formation démultipliée des éducateurs, création des centres de formation, détection et maillage savant du territoire, relecture des critères de sélection, etc... Comme elle part de très loin, en comparaison de ses voisins, ce patient travail ne commencera à vraiment porter ses fruits qu'à partir de la fin des années 80. Dans un premier temps, ce seront les clubs qui en récolteront les bénéfices. Entre 1991 et 1997, sept clubs hexagonaux jouent une finale de coupe d'Europe. Ensuite, l'équipe nationale aura les succès que l'on connaît. On bade alors la formation française dans le monde entier mais dans le sport de haut niveau, comme ailleurs, qui n'avance pas régresse.


Petits arrangements entre chenapans

Ces résultats avaient été à la base le fruit de la réflexion de dirigeants d'envergure capables d'organiser une stratégie au long cours. Comme Fournet-Fayard, incapable de gérer l'après-Platini-Hidalgo, Claude “Simonet-Conti” se contentera de gérer l'acquis comme le petit épicier qu'il n'a jamais cessé d'être. La Fédération vit alors bien au-dessus de ses moyens et l'ex-trésorier du FC Nantes sera même condamné en avril 2007 pour avoir « maquillé d'un point de vue comptable » un déficit de...14 millions d'euros. Comme son prédécesseur, il sera contraint de partir sous la pression. Le système électif de la FFF ressemble à celui de disciplines ne rassemblant que quelques milliers de licenciés. Les baronnies et les arrangements entre chenapans y règnent en maîtres. Pire : le Conseil fédéral (21 membres), véritable gouvernement de la Fédération, œuvre avec la même force d'inertie. Toutes les familles du football y sont représentées et ce système paritaire agit par défaut et par compromis. On se croirait revenus sous la IVème République. Le plus beau symbole de ce fonctionnement “à-la-papa” tient dans la désignation du sélectionneur. Comme si la France regrettait sa monarchie, c'est le président de la Fédération qui choisit seul, “en son âme et conscience” l'heureux élu. Sur quelle base, en fonction de quels critères, avec quelle compétence ? On l'ignore encore. On se souvient de Simonet en 2002 se félicitant du sérieux de l'élève Santini et de son carnet d'écolier où il définissait son plan (et quel plan) pour le club France. Son successeur, le désormais tristement célèbre Jean-Pierre Escalettes allait faire encore plus fort, rayon fait-du-prince, en maintenant Domenech contre vents et marées et en dépit de l'échec de l'Euro 2008. Cette décision paraît tellement ubuesque qu'on aimerait en connaître les ressorts cachés, le deal trouble et diffus qui se cache nécessairement dessous...

L'exemple allemand

Aujourd'hui, le marasme est tel qu'on espère que Jean-Pierre Escalettes connaîtra le même sort que ses deux prédécesseurs. On ne voit pas à dire vrai comment pourrait-il en être autrement mais, sait-on jamais, ce genre d'apparatchik a de la ressource. Néanmoins, si cette démission ne s'accompagne pas d'une véritable autocritique et d'une authentique remise en question (et Dieu si ce n'est pas notre sport national), cela ne servira à rien. Sûrement, faudrait-il refondre en totalité le Conseil fédéral mais là, on rêve éveillé. Il faudrait peut-être (sûrement) lorgner du côté de l'Allemagne où la reconstruction est une seconde nature. Après deux coupes du monde moyennes plus un Euro 2000 complètement raté, les dirigeants de la Fédération allemande ont activé les grands moyens à partir de 1998 et dépêché des émissaires dans toutes les grandes académies de la planète (au Brésil, en, Argentine, au Ghana, à Arsenal, etc.). Ils se sont notamment inspirés, dans les grandes largeurs, du système de formation français. Depuis deux ans, les résultats commencent à payer : l'Allemagne est le premier pays à gagner sur la même période de deux ans les Euro des U17, U19, U20 et Espoirs. La Mannschaft présente à ce Mondial une formation rajeunie et cosmopolite (1), le Bayern était en finale de la Champions et Hambourg en demi-finale de l'Europa League. La Bundesliga est le championnat le plus fréquenté du monde. Ses stades sont flambant neufs et les clubs allemands ferraillent pour piquer aux Italiens leur troisième place au classement UEFA. Ce serait donc une bonne idée (et le bon moment) de copier les copieurs...

(1) : Il faut toutefois signaler que la loi sur la nationalité allemande a changé. Auparavant, naître sur le sol allemand ne suffisait pas, il fallait avoir des parents teutons. Le changement de la loi permet aujourd'hui à la Mannschaft d'avoir une équipe cosmopolite.

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