1. // Groupe H
  2. // Chili/Espagne (1-2)

Apéro Géant au Bernabeu

On était dans « la fan zone » installée sur le parking du stade du Real pour Chili-Espagne. Au pied du Bernabeu, il ya 20 000 personnes avec les mains occupées. Dans l'une le Calimoxo, dans l'autre le parapluie. Ambiance dans la capitale espagnole.

Modififié
0 0
Vendredi, en sortant de cours, c'est devant le Bernabeu qu'il faut se donner rendez-vous pour un apéro géant. Sauf qu'en Espagne on appelle ça un botellón (de botella, la bouteille). Ici le Calimoxo (le fameux rouge qui tâche mélangé à limonade) et le Whisky-Coke servi dans des verres d'un litre (appelé pudiquement « mini » ) remplacent la Kro chaude et le blanc sec. Aucun incident à signaler. Boire dans la dignité est un fait culturel espagnol. 20 000 personnes âgées au maximum de 22 ans sont entassées devant les deux écrans géants à la gloire de la Roja et d'une voiture coréenne. 20h20, Monica retrouve ses copines du lycée devant la porte 0 du stade, au deuxième feu-rouge à droite. Un orage vient d'éclater au-dessus de Madrid. Personne n'a de K-Way mais on s'en fout, l'Espagne doit gagner.
Mais la place reste en silence. Les mains sont accrochées aux quelques parapluies des plus prudents. Les visages sont refugiées sous des drapeaux transformés en abris bus. Il pleut des grosses gouttes sur l'installation électrique de fortune. L'Espagne se fait promener par le Chili pendant tout le premier quart-d'heure. Les commentateurs – à fond dans les haut-parleurs – ont toujours la même obsession «  le Toque, retrouver le Toque » . La Roja qui fait tourner la gonfle et combine devant la surface adverse, c'est le Chili. En face, les espagnols jouent en bleu et n'en touchent pas une. Ça ne vous rappelle rien ?

Mais heureusement David Villa est espagnol. Et Villa a une vieille manie : planter. Allier à un Iniesta intenable, l'Espagne joue pendant 20 minutes. Il ne pleut plus sur Madrid quand Andrès place le plat du pied qui va bien pour le 2-0. Torres, lui, est (encore) par terre et les chiliens se retrouvent à 10. Monica respire et chante avec les autres le tube de la Roja «  ¡A por ellos, oé ! » . Mais au retour de la mi-temps, la pluie insiste et les éclairs tout prêts font craindre pour l'intégrité physique de ces gens accrochés à ces grands poteaux métalliques. La retransmission se met à bégayer. Les images sursautent, le public aussi. Mourir ? Ok, mais juste après le match.

L'idole des jeunes

Les 10 chiliens restant sur la pelouse tiennent la tête aux 11 espagnols pendant la seconde mi-temps. Mais l'Espagne a changé et au lieu de s'effondrer et de s'énerver, elle l'emporte. Pour la première fois depuis Louis XVI, la Roja s'est faite ballader à son propre jeu. Même à 10, la possession a été l'oeuvre de chiliens bien disciplinés. Les espagnols n'ont frappé que trois fois dans le cadre. Résultat : 2 buts. Exactement le contraire que contre la Suisse. Comme il est bientôt minuit, la foule se disperse rapidement. Personne ne se bat, aucune bouteille ne vole et les klaxons résonnent (un peu). Les espagnols ont eu chaud. La pluie s'est arrêtée avant le temps additionnel. Paseo Castellana, on respire et on a de la tendresse pour les chiliens : «  ils sont moches mais ils sont super forts » . Parole d'adolescente.

L'Espagne ressemble de moins en moins à celle de l'Euro 2008. Plus les matchs avancent et plus son jeu est stéréotypé. C'est en gros ce que nous explique Javi, 18 ans : «  il est où le Tiqui-Taqua ? Heureusement qu'on a Villa et Iniesta sinon on serait déjà dehors » . Le Chili affrontera le Brésil, ce qui est loin d'être une bonne nouvelle pour l'équipe de Dunga. L'Espagne, elle, rencontrera son voisin de Péninsule, le Portugal. « C'est dommage pour Cristiano » regrette Carmen, copine de Monica. L'idole des jeunes ne fera plus battre le cœur de ces adolescentes l'espace d'un huitième de finale de coupe du monde. Une éternité.

Thibaud Leplat, à Madrid

Vous avez relevé une coquille ou une inexactitude dans ce papier ? Proposez une correction à nos secrétaires de rédaction.
Modifié

Aucun commentaire sur cet article.
Partenaires
Olive & Tom Logo FOOT.fr
Article suivant
Duel étoilé ?
0 0