Anthony Weber : « Mon échauffement est perturbé si je ne porte pas le bon caleçon »

Blessé l'an passé au tendon d'Achille, Anthony Weber devrait récupérer cette saison sa place dans la charnière centrale du Stade de Reims. Pour sa quatrième saison en Ligue 1, l'ancien de Strasbourg et du Paris FC revient sur sa convalescence, sa passion pour la NBA et son goût pour les vieux sous-vêtements.

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Tu as manqué l'essentiel de la saison passée à cause d'une rupture du tendon d'Achille en avril 2014 contre Nice. J'imagine que les souffrances de la préparation d'avant-saison passent mieux avec l'envie de faire une saison pleine ?
Tout à fait, quand on revient de blessure, on a une préparation tronquée. Celle d'avant-saison et celle en cours de saison ne sont pas pareilles. Là, cela se passe bien, je me sens bien, et je suis revanchard par rapport à la saison passée. J'ai une grosse envie.

Toi qui n'as disputé que 13 matchs la saison passée, tu vas être un peu comme une recrue pour Reims ?
Presque. L'important pour moi est d'être bien physiquement, de ne pas être gêné par des pépins physiques comme sur la saison passée et retrouver mon niveau. Je suis sur la bonne voie.

Quand on a été blessé sérieusement comme toi, a-t-on une appréhension au moment de revenir ?
Bien sûr, mon tendon a été raide pendant un long moment, il a fallu énormément de soins et de travail pour l'assouplir. Même si tout le monde me disait qu'il était solide et qu'il y avait peu de chances que cela pète à nouveau, il y avait une petite crainte, forcément. Au fil des jours, des séances d'entraînement et des matchs, cela a disparu.

C'était quoi le plus dur à supporter entre le jour où tu t'es blessé en avril et ton retour à la compétition en décembre ?
Être à l'écart du groupe. J'étais parti un mois en rééducation à Cap-Breton, et c'était la période justement où le groupe reprenait l'entraînement. Je me sentais mis à l'écart, même si ce n'était pas le cas. C'est toujours compliqué de ne pas être avec le groupe. Et la rééducation a été longue et difficile parce qu'un tendon est toujours difficile à consolider. J'ai dû faire pas mal de séances d'assouplissement du tendon, mais aussi de la musculation du mollet gauche, car j'avais perdu toute ma force musculaire à la jambe gauche. J'ai dû travailler énormément pour retrouver tout ça.

Tu t'es inquiété pour ta place de titulaire ?
À ce moment-là, je ne me posais pas la question. L'important pour moi, c'était de revenir le plus vite possible, je ne me concentrais que sur cela. Une fois qu'on se sent prêt physiquement, apte à reprendre les matchs de Ligue 1 et qu'on ne joue pas, forcément, c'est difficile. J'ai presque attendu trois mois avant de rejouer un match après la reprise des entraînements, c'était compliqué.

« La saison dernière, des joueurs ne se sentaient plus trop concernés par la vie de groupe et les résultats du club, car on était laissés sur le carreau. » Anthony Weber

L'objectif du club cette saison reste le même, le maintien avant tout ?
Pour l'instant, on n'a pas eu ce type de discours de la part du coach ou du président, mais on ressent de l'ambition au club. On n'a pas envie de refaire une saison comme on vient de vivre, c'est-à-dire galérer pour le maintien jusqu'à la dernière journée. Toutes les saisons sont différentes, on a l'esprit revanchard et l'envie de donner du plaisir à nos supporters, avec du bon football, de bons matchs à domicile, car c'était compliqué la saison passée. On va faire le maximum. Après, on ne sait jamais, une grosse saison est vite arrivée. Il y a quelques années, personne ne nous voyait monter en Ligue 1 et pourtant, on l'a fait. Pourquoi pas créer la surprise et finir dans la première partie de tableau, 10e ou 11e comme il y a deux ans ?

La saison passée, après une très bonne première partie de saison, les résultats se sont dégradés jusqu'au départ de Jean-Luc Vasseur. Comment expliques-tu ces difficultés hivernales autrement que par la Coupe d'Afrique des nations ?
La CAN a certainement joué avec le départ de quatre joueurs titulaires, cela a été compliqué. Perdre quatre joueurs importants alors qu'on est dans une belle dynamique, forcément, ça la casse. Et puis il y a eu des soucis en interne avec l'entraîneur, une cassure entre les titulaires et les remplaçants. Des choses se sont passées dans le vestiaire, on n'a pas su s'asseoir autour d'une table et dialoguer. Ou plutôt, on l'a fait, mais trop tard. C'est aussi pour cela que la seconde partie de saison était compliquée.

La gestion humaine des remplaçants n'avait pas fonctionné ?
C'est ça (il hésite). C'est toujours compliqué d'être remplaçant, mais là, c'était dur à vivre, car on était mis de côté et on ressentait que le coach avait besoin de certains joueurs et pas de tout le monde. Pas mal de joueurs ne se sentaient plus trop concernés par la vie de groupe et les résultats du club, car on était laissés sur le carreau.

Jusqu'à présent, ton plus beau souvenir à Reims, c'est la montée en 2012 ou les maintiens ?
Le plus fort, c'est la montée en Ligue 1. C'était extraordinaire de redonner aux supporters, au club, à la ville, une montée en Ligue 1, 33 ans après. À mon arrivée au club, je sentais qu'il y avait une grosse attente, faire ce que l'on a fait, ce n'était pas évident. L'année d'avant, on avait été 10es de Ligue 2. À la trêve, on était 19es et monter en Ligue 1 n'était pas l'objectif du club en début de saison. Au fil des matchs, on a senti qu'on pouvait le faire, on avait un groupe extraordinaire, une bande de potes qui ne se prenaient pas au sérieux, on s'entendait tous très bien en dehors du terrain et on faisait énormément d'activités ensemble. Cela se ressentait sur le terrain.

Une aventure humaine qui ressemble à la génération 87 à Strasbourg avec laquelle tu as gagné la Gambardella en 2006...
Exactement, c'était le même cas de figure que notre montée avec Reims, on était vraiment, vraiment des potes. Il n'y avait pas de remplaçant, pas de titulaire, on était ensemble, c'est tout. C'est grâce à ça qu'on est allés au bout, car on n'avait pas la meilleure équipe sur le papier, Lyon était largement meilleur que nous. On s'est qualifiés contre Lens alors qu'ils devaient nous massacrer 3 ou 4 à zéro, et finalement, on est passés aux penalties. On était tellement soudés, avec une telle envie d'être ensemble, que cela a fait la différence.

« Je me souviens du caleçon que je portais lors de mon premier but en Ligue 1. Depuis, c'est toujours le même que je porte en match. » Anthony Weber

De cette génération, à laquelle on peut ajouter Morgan Schneiderlin qui est de 89, mais qui était souvent surclassé, très peu ont eu leur chance en équipe première au Racing. Toi, tu as dû partir au Paris FC. Comment tu expliques que le club n'ait pas fait plus de place pour vous ?
On venait de descendre en Ligue 2, le président voulait absolument remonter l'année suivante, ils ont misé sur des joueurs d'expérience et moins sur la formation. Cela a peut-être été une erreur de leur part sur le long terme. Seuls Romain Gasmi et Kevin Gameiro avaient commencé à jouer en professionnel.

C'est vrai que tu aimerais devenir formateur après ta carrière ? Il y a des gens qui t'ont inspiré à Strasbourg ?
Je veux rester dans le football, ça, c'est sûr, et entraîner des jeunes me plairait vraiment. Ce que j'ai vu du métier de formateur avec François Keller (à l'époque entraîneur de la réserve, ndlr) et Claude Fichaux (éducateur au centre de formation à l'époque, ndlr), ce n'est pas qu'une relation joueur/entraîneur, mais bien plus que cela. De temps en temps, on s'envoie des textos, on s'appelle... Quand je les ai vus exercer à ce poste-là, cela m'a plu, cette vision du métier m'attire. Après, quand j'étais sous leurs ordres, on n'était pas forcément trop proches, il ne faut pas, mais on sentait qu'il y avait des liens d'amitié, et quand j'ai commencé à jouer en pro, à ne plus être avec eux, j'ai compris qu'on avait créé un lien fort.

En dehors du foot, ta passion, c'est le basket NBA ?
Exactement ! Je ne peux pas voir tous les matchs, car ils sont super tôt le matin, ce n'est pas possible pour moi. Mais je regarde NBA Extra sur beIN, je ne la rate jamais. Je ne supporte pas vraiment une équipe, mais je suis fan de Derrick Rose, donc forcément je suis fan des Chicago Bulls aussi. Sa façon de jouer, de se déplacer, il est super dynamique. Il n'est pas très grand (1,91m, ndlr), mais quand je le vois dunker, j'ai l'impression qu'il fait deux mètres comme Tim Duncan ou d'autres joueurs comme Lebron James. Il y a Stephen Curry aussi dans un registre plus élégant avec une technique extraordinaire. J'admire chez eux leur dévouement au travail, ce que l'on a peut-être moins, nous, les footballeurs. J'ai vu une fois un reportage sur Lebron James après sa deuxième finale perdue en NBA. Au lieu de partir en vacances, il était parti environ un mois pour une tournée marketing avec Nike, il avait emmené deux ou trois entraîneurs avec lui pour bosser dès qu'il avait du temps libre. Ils gagnent des millions de dollars et restent des monstres de travail et de grands athlètes.

Superstition : tu en es toujours à porter le même caleçon en match ? Combien d'années ?
C'est vrai, c'est vrai. J'ai changé il y a quelque temps, car l'ancien était en morceaux. Cela fait trois ans que je porte le même. Je ne sais pas comment on en vient là, mais c'est souvent assez idiot. Quand j'ai marqué contre Lille mon premier but en Ligue 1 (le 15 décembre 2012, ndlr), je me souviens du caleçon que je portais. Depuis, c'est toujours le même que je porte en match.

C'est un truc d'Alsacien ou quoi ? Frank Lebœuf le faisait aussi quand il jouait à Strasbourg...
Je sais pas... Lebœuf le faisait aussi ? Tu me l'apprends ! (rires) C'est un truc que je ne faisais pas quand j'étais plus jeune. J'ai commencé à le faire au Paris FC. Je ne sais pas si on s'imagine assurer le succès de notre carrière en faisant ça, mais cela permet de se sentir bien. Cela peut perturber mon échauffement de savoir que je ne porte pas le bon caleçon...


Propos recueillis par Nicolas Jucha
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