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Anthony Vanden Borre, le génie sans talent

Dans les équipes d’âges du Sporting d’Anderlecht, la star c’était lui, Anthony Vanden Borre. Pas Vincent Kompany, l’élève modèle. Il devait devenir un des meilleurs arrières droits d’Europe, il est en passe de perdre sa place à Genk… Retour sur une carrière aux allures d’énorme gâchis.

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Regarder jouer Anthony Vanden Borre, 24 ans, c’est presque poétique. Comme la neige qui tombe, tout n’est qu’éphémère dans son jeu. Vanden Borre appartient à une catégorie rare pour un arrière droit. De ceux qui préfèreront toujours un petit pont réussi, à un but de raccroc. Un Garrincha sans la patte folle. Et surtout, sans le peuple brésilien derrière lui, amoureux du beau geste, pour en faire une idole. Car il est né en Belgique. Avec AVB l’action se divise souvent en trois actes, comme une pièce de théâtre. La surprise quand il surgit et intercepte le cuir, l’extase lorsqu’il l’emmène, élégant, éliminant son opposant d’une finesse technique. Et puis la chute, presque inévitablement. Il ose « une Vanden Borre » , le geste superflu et se ramasse, par un gri-gri manqué, une passe mal calibrée, un manque de lucidité. Il a reçu du ciel un talent fou, mais sans le mode d’emploi. Mai 2010, AVB s’amuse à faire péter les flashs au volant de son Audi S3. Verdict ? 243 km/h. Il explose allégrement les performances de ses devanciers Emile Mpenza ou Jonathan Legear avec respectivement seulement 202 et 180 km/h. Le deuxième record de se jeune carrière déjà…

International à 16 ans

Le premier tombe alors qu’il n’a que 16 ans et 187 jours. Il intègre l’équipe première d’Anderlecht une saison après son pote, Vincent Kompany, et devient le 2ème plus jeune joueur de l’histoire du championnat à fouler les pelouses, derrière Paul Van Himst, le meilleur joueur belge de tout les temps. Le Belgo-Congolais a pratiquement tout, technique, vitesse, puissance physique. « C’est le plus grand talent que j’ai jamais vu de ma carrière » l’adoubera d’ailleurs Van Himst dit le "Pelé blanc". Il remporte d’emblée le titre de champion avec Anderlecht en 2004. Pas de doute, Anderlecht tient là un crack. Juste 5 matchs pro dans les jambes et déjà Aimé Anthuenis le sélectionne en équipe de Belgique pour affronter la Turquie. On salue déjà le successeur d’Eric Deflandre, voire le nouveau Gerets, en plus doué techniquement, mais moins charismatique. Et pour les 15 années à venir, au moins ! La Belgique entière se paluche.

Les saisons suivantes ne seront malheureusement pas du même tonneau. Blessures, manque de régularité, fautes de concentration… La pression qu’il subit est trop forte pour un jeune de cet âge, plus à l’aise avec ses potes des quartiers de Bruxelles, que dans le monde exigeant du foot pro. Comme lorsqu’il commet cette boulette en Ligue des Champions face à Chelsea qui précipite la défaite des siens.

Ses initiales tatouées dans les cheveux

S’en suit une excentricité capillaire des plus inattendues puisqu’il rase son crâne de manière à y faire apparaitre ses initiales « AVB » en grandes lettres. La Belgique du foot et tout le vestiaire anderlechtois se tordent de rire. Prends ça, Jonathan Legear! Ou face à Zulte-Waregem (déjà) en décembre 2005, Vercauteren le remplace à l’heure de jeu après une mauvaise prestation. Anthony fond en larmes dans les bras de son entraineur, devant les caméras. « Ca m'a très fort embêté d’entendre qu’on parlait de ma coupe de cheveux, explique-il ensuite dans la presse. Je sais que j’ai l’air d’un « je-m’en-foutiste » . Vous voyez comme on peut se tromper. Les gens ont une fausse image de moi. Je suis un être humain comme les autres, avec un cœur comme tout le monde! On n'aurait pas dit que j'étais un garçon sensible, hein? » .



En 2006-2007, il perd sa place au profit du Polonais Marcin Wasilewski, un défenseur limité mais au mental de Viêt-Cong. Secrètement, son kiff', c’est d’évoluer plus haut sur l’échiquier. Là, il pourrait tenter des gestes techniques, tranquille, sans devoir trop défendre, dans son style terriblement lymphatique. Un départ semble se profiler tant la maison mauve peine à encadrer son talent, comme trop souvent. Vanden Borre est le cas d’école. On citera également la mauvaise gestion par Anderlecht des turbulents Mbokani, Alin Stoica ou des incompréhensiblement sous-estimés Dries Mertens, Cheick Tioté ou encore Vadis Odidja. Son ami Vincent Kompany résume à l’époque : « Il reste le plus grand talent d’Anderlecht. Le club doit s’adapter un peu à lui. Il joue son meilleur football au milieu de terrain. Dans cette position, il peut devenir le meilleur joueur de l’histoire du football belge » . Rien que ça…

5 clubs à seulement 24 ans

La suite sera chaotique, une vraie période d’errance. En janvier 2007 il rejoint la Fiorentina pour 4 millions d’euros, puis le Genoa et Portsmouth sans jamais parvenir à s’imposer. Son style de défenseur fantasque convient-il au haut niveau ? De plus, la mort de sa mère en septembre 2007 affectera sérieusement le joueur de 20 ans. En équipe nationale, même topo et surtout deux matchs représentatifs. Une prestation 3 étoiles face à l’Espagne en 2008, en barrages de la Coupe du Monde. Une autre catastrophique, au match retour, l’année suivante, pour une défaite 5 à 0. Et dans la foulée, deux ans sans sélection.


Après la relégation de Pompey, Anthony se lie au KRC Genk, à l’été 2010, pour un retour au pays. Il y retrouve Franky Vercauteren, le coach de ses débuts. Pas de bol, le transfert est conclu hors délai, le joueur devra attendre janvier pour pouvoir être aligné. Un titre de champion et une participation à la Champions League plus tard, son niveau se révèle encourageant. Novembre 2011, Georges Leekens le sélectionne à nouveau en équipe nationale. Face à la Roumanie, Anthony livre une excellente prestation au poste d’arrière droit avec même un but à la clé. Au stade de France, quelques jours plus tard, un Leekens, frileux, opte pour la sécurité et titularise Tobi Alderweireld, de l’Ajax. Un joueur dont ce n’est même pas le poste puisqu’il évolue en défense centrale avec l’Ajax. La sécurité, encore et toujours…

Le talent ne suffit pas

Le joueur n’a jamais fait l’unanimité. «  Je suis le premier à reconnaitre que je me suis trop longtemps reposé sur mon talent. Mon attitude énervait Mario Been, il m’a dit que j’étais passé à côté d’une belle carrière. Ca m’a fait réfléchir, il était temps de tourner le bouton. A 24 ans, j’ai trouvé un équilibre dans ma vie. Je veux aller au Brésil en 2014 avec les diables, au poste de back droit » confie-il à Het Niewsblad, il y a quelque semaines. Enfin ?

Dimanche dernier, Vanden Borre rechute (encore). Il cochonne sa prestation contre Zulte-Waregem et se fait sortir par Mario Been, pour lequel il n’aura pas un regard. Been l’a mauvaise. « Je pense qu'il avait froid. Il n'a pas transpiré outre-mesure, parce qu'il n'a pas beaucoup couru. Je reviendrai certainement sur cet incident. Si tu t'en prends constamment à l'arbitre et à ce qu'il se passe autour de toi, tu ne peux pas te concentrer sur le match  » se lâche Mario Been, sarcastique. Ou comment gâcher son talent. Encore et encore…

Vidéo


Par Adrien de Marneffe
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