Animal Collective : « Je me sens un outsider »
Chelsea FC Cristiano Ronaldo José Mourinho Olympique de Marseille Ronaldo
Comment vous êtes vous intéressé au football ? A part lors d’un camp d’été avec mon grand frère quand j’avais huit ou neuf ans, je n’y ai jamais vraiment joué, j’étais plus basket au lycée. Je ne m’y suis vraiment intéressé qu’avec le début de la Major League Soccer, vers 1996. C’était nouveau, donc excitant. Et puis, il n’y avait pas d’équipe à Baltimore, où je vivais à l’époque, mais Washington, qui n’est pas loin, avait la meilleure équipe, ils ont gagné le championnat trois fois de suite. Cela a pas mal aidé ! Avec Deakin [un des membres d’Animal Collective, ndlr], on trouvait le football cool donc on a appelé notre label Soccer Star, mais plus tard, les autres membres du groupe ne s’y intéressaient pas vraiment, donc on a été forcés de le changer.
Votre meilleur et votre pire souvenir ? Le meilleur, c’est ma première année à Lisbonne, en 2004, quand je me suis mis à supporter Benfica. C’était une décision absolument pas technique : je voulais supporter l’équipe de l’endroit où je vivais, je crois pas mal en cette idée d’enracinement. Cette année-là, ils avaient une équipe plutôt moche mais ils ont quand même gagné le championnat. Le pire, justement, il y en a pas mal avec Benfica, difficile de dire… Celui dont je me souviens le mieux est plutôt le récent Portugal-Danemark, où le Portugal menait 2-1 avant de perdre 2-3 dans les cinq dernières minutes. Cela serait intéressant de savoir ce qui s’est passé mentalement : on a vraiment eu l’impression de les voir s’autodétruire.
Quels sont vos joueurs favoris ? J’aime bien les milieux à la fois offensifs et défensifs, des joueurs intelligents comme Pirlo ou Deco. Au Benfica, j’aimais beaucoup Ricardo Rocha, il n’avait pas l’air d’être le joueur le plus intéressant du monde, mais il avait du cœur. J’apprécie la même chose dans le sport et la musique : voir un groupe de personnes aller plus loin que ce qu’il se croyait capable de faire. Les sportifs sont des super-héros pour moi. Sinon, au Portugal, j’aime bien Petit ou Simao. J’ai une relation amour-haine avec Cristiano Ronaldo, je ne sais pas trop sur quel pied danser avec lui. Il a évidemment beaucoup de talent mais il est tellement arrogant, irrespectueux…
Et niveau équipe, en dehors de celle de Washington ? J’aime beaucoup Chelsea, je suis un gros fan de José Mourinho : lui aussi est très arrogant, mais il le sait. Je me suis intéressé au club un peu par hasard alors que nous cherchions une équipe à supporter en regardant des matches avec Rusty Santos, le producteur avec qui nous avons enregistré notre album Sung Tongs. En Italie, j’aime la Fiorentina, à cause de Mutu, et, en France, Marseille. Ils ont de bonnes vibes.
Avec des groupes indés comme Weezer, The National ou Clap Your Hands Say Yeah qui s’intéressent au football, on a l’impression qu’il devient hype dans la pop américaine… Vous connaissez une bonne chanson sur le foot composée par un groupe américain ? Je ne pourrais pas vous en citer une. Il m’est déjà arrivé de parler de sport avec d’autres groupes en tournée, pendant les voyages, et ils ne s’intéressaient jamais au football. Il faut bien comprendre qu’aux États-Unis, le football est une idée très lointaine, très européenne. Certains croient que Beckham va changer cela, mais je n’en suis pas sûr, on disait déjà cela dans les années 70 avec Pelé… Les autres sports sont des institutions culturelles et le football parait trop lent, par exemple en comparaison du basket, où les joueurs sont limités par la règle des 24 secondes de possession : au foot on peut parfois passer 90 minutes sans voir une occasion franche… Pour s’y intéresser aux États-Unis, il faut vraiment être intéressé par l’aspect tactique, presque comme un entraîneur.
Dans Animal Collective, il y a collectif. Dans le foot, vous préférez les performances collectives aux exploits individuels ? Il est très rare de voir une équipe réussir seulement à cause d’un ou deux joueurs, même si les journaux affirmant l’inverse en écrivant « Manchester est meilleur à cause de Ronaldo… ». Les défenseurs centraux, comme Luisao à Benfica, ne font jamais les gros titres mais sont très importants. D’ailleurs, ils sont souvent capitaines. C’est un peu la même chose qu’au football américain, ou l’on parle souvent du quaterback alors qu’il faut aussi des joueurs intelligents derrière, qui doivent connaître toutes les combinaisons possibles.
Une des choses les plus frappantes dans la musique d’Animal Collective est sa ferveur, son intensité. Vous aimez la ferveur qui entoure un sport comme le football ? Oui, c’est vrai, même si c’est un cliché de le dire, le football est une religion. Mais je me sentirai toujours un outsider par rapport à lui, car je ne suis pas né, je n’ai pas été élevé dans une famille qui entretenait une relation forte avec lui, où l’on se transmet cette passion.
Propos recueillis par Jean-Marie Pottier
Le prochain album d’Animal Collective paraîtra début 2009.
Cet article vient en complément du magazine So Foot n°60. Couverture : LE VRAI GOÛT DE L’AMÉRIQUE.






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