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Ángel Torres, l’intriguant président de Getafe au cœur meringue

Véritable star du club de la banlieue sud de la capitale, Ángel Torres n’en demeure pas moins un fervent aficionado du Real Madrid. Une particularité des plus espagnoles qui va de pair avec le parcours hors du commun de cet ancien mécano, syndicaliste et gérant de bar.

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Le ramdam provoqué par la fiesta d’Halloween des joueurs blaugrana occupe, encore aujourd’hui, une place médiatique de choix. Pas plus tard que ce jeudi, Dani Alves profite de son passage devant les micros de la Cadena Cope pour revenir sur l’épisode du Coliseum Alfonso Pérez : « Je jure et je re-jure que nous n’avons pas laissé le vestiaire de Getafe dans cet état. Nous ne sommes pas si mal éduqués pour faire une telle connerie. De toute façon, il existe une campagne de persécution contre le Barça depuis la capitale. » Une théorie complotiste à laquelle croit dur comme fer Gerard Piqué, autre protagoniste de la polémique : « Donner à des médias de la capitale des images du vestiaire, alors que nous ne l’avons pas laissé comme ça, ce n’est pas un manque de respect, c’est un mensonge. Nous savons tous que le président de Getafe est merengue et qu’il souhaite devenir un jour ou l’autre président du Real. » Pour sûr, Ángel Torres, socio madridista à la tête du club de la banlieue sud de la capitale depuis 2002, se veut un personnage haut en couleur. Une sorte de Florentino Pérez du pauvre à quelques différences près.

Torres, ce « marxiste des briques »


La jeunesse du natif de Toledo ne laisse pourtant rien présager d’un tel avenir. Élevé dans la plus grande modestie, il délaisse rapidement le chemin de l’école pour celui du garage. Mécano dès son quatorzième anniversaire, « il était alors insignifiant » , dixit l’un de ses anciens collègues au Pais : « Il est arrivé dans des circonstances tragiques, son père venait de mourir dans un accident de voiture. » Quatre ans plus tard, il devient ouvrier dans l’usine d’électroménager Kelvinator, toujours basée à Getafe. Sitôt arrivé, un nouveau drame le frappe : sa mère, avec qu’il « avait un super feeling » , décède à son tour. Désormais orphelin, il ne dit pourtant pas adieu à ses malheurs puisque, toujours dans l’année de sa majorité, il est limogé. En cause, son appartenance aux commissions ouvrières, syndicat le plus à gauche de l’échiquier espagnol. Après un passage d’un an dans la marine de Cadix, il retrouve le Sud de Madrid. À Fuenlabrada, il ne reste que cinq ans dans une entreprise de fabrication : « Les chefs voulaient virer un collègue. J’ai dit que s’il s’en allait, je me cassais également. Du coup, ils ont viré les deux. »

Cette expérience est la dernière d’Ángel Torres en tant que petite main. Désormais seul maître de son bateau, il fait marcher à plein régime ses relations dans le monde syndical et politique de Getafe, ville où ouvriers et migrants composent en majorité la population. Comme le raconte un ancien promoteur municipal ayant supervisé la construction du secteur 3, aux plus de 6500 logements pour travailleurs : « Avec l’association des voisins de Getafe, il a inventé une coopérative qui s’appelait Nuevo Hogar (Nouveau foyer en VF, ndlr). Presque tous les promoteurs du projet venaient du parti communiste espagnol. On les appelait les marxistes des briques. » Un sobriquet qui prête à sourire, mais qui, dans une Espagne encore franquiste, se révèle des plus dangereux. Qu’importe pour Ángel Torres qui fait de son bagou sa principale arme. « C’est une personne qui ne doit rien à personne, c’est pour cela qu’il se permet d’être comme il est » , rétorque Ignacio Sánchez, porte-parole du parti Izquierda Unida de Getafe. Ainsi, à la surprise générale, il décide de vendre ses parts de la coopérative et s’achète un bar en plein centre-ville : le Lovely Bar.

BTP, buste à son honneur et insignifiance


De mémoire de Pedro Castro, maire PS de Getafe de 1983 à 2011, « c’est à partir de là que tout a changé » . Adepte des tractations en face à face, sa gouaille lui permet de devenir un intermédiaire essentiel dans le BTP local. Idem, sa réputation grandit auprès de la population locale et pousse le maire, en 2002, à lui proposer un deal en or. Admirateur du Real Madrid et fervent supporter du Geta, il prend en charge la destinée du club lorsque ce dernier est sur le point de disparaître. « Si j’avais été le premier président de Getafe, cela ferait 15 ans que nous serions en Première Division. Tous ceux qui ont été présidents avant moi, depuis 1983, ont pioché dans les caisses du club » , dit-il dès son acquisition de 70% des parts du club. Dès lors, il fait du Geta sa chose. Un brin mégalo, il dispose ainsi d’un buste à son honneur devant le Coliseum Alfonso Pérez et ne travaille qu’en cercle très réduit, pour ne pas dire seul. Une stratégie à double tranchant : déjà tombeur du Real, du Barça ou encore du Bayern, Getafe n’en demeure pas moins le club le plus insignifiant d’Espagne, a contrario de son président. N’est-ce pas, Dani et Gerard ?

Par Robin Delorme, à Madrid
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