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Ancelotti, de good cop à bad cop

De Carlo Ancelotti, on connaissait son côté stratège, humain, proche des joueurs. Depuis dix jours, on est surpris de voir le coach italien élever la voix. D'abord contre l'arbitrage à Montpellier puis, et c'est plus surprenant, contre son équipe après le fiasco rennais. Et si le Mister était contraint de changer de méthode ?

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À la fin du match contre Rennes samedi au Parc des Princes (1-2), Carlo Ancelotti a eu des gestes d'énervement envers Salvatore Sirigu et Javier Pastore. Une première. Jusque-là, on avait toujours connu l'ancien coach de l'AC Milan plutôt adepte de la méthode du câlin et de la responsabilisation des siens. Or, au PSG, cette méthode ne semble pas fonctionner. On ne sait pas encore si le groupe comprend parfaitement le mode de fonctionnement du Transalpin, mais une chose est certaine, Ancelotti commence à perdre patience avec les siens. Il l’a d’ailleurs clairement balancé à la presse après le couac rennais. « C’est incroyable de ne pas gagner à 11 contre 9. Nous n’avons pas eu une bonne attitude sur le terrain. Nous ne sommes pas encore une équipe. C’est la raison. Pour sortir de cette mauvaise passe, il faut changer quelque chose et je vais le changer. »

Avant d’en remettre une couche quelques minutes plus tard : « Je pense que l’attitude des joueurs va changer. Oui, il va y avoir une prise en main. » Concrètement, c’est quoi le problème ? Sont-ce les joueurs qui n’arrivent pas à appliquer – volontairement ou non – les consignes du coach ? Sont-ce les méthodes de l’Italien dont on a souvent pointé le manque d’intensité de certaines séances qui sont remises en cause ? Ou alors la manière dont le Mister protège son groupe ? Il y a un peu de tout. Surtout, Ancelotti n’a toujours pas trouvé de relais au sein de son équipe. À Milan, il pouvait compter sur sa garde rapprochée : Gattuso, Pirlo, Ambrosini, Maldini, Nesta. Des cadres qui savaient gérer un vestiaire et un match sans qu’on leur tienne la main. Idem à Chelsea où l’Italien pouvait compter sur ses cinq fantastiques (Terry, Čech, Cole, Lampard, Drogba). À Paris, Carlo n’a rien de tout ça.

Thiago Motta, l’absence qui dérange

Ibrahimović est un immense attaquant, mais il pense avant tout à sa gueule. Pas question d’en faire un relais privilégié. Thiago Silva, qui pourrait être cet homme, compte tenu de son charisme et de son bagage, est dans son monde. Il est en retrait. Et puis comment ériger en patron de vestiaire un mec qui a maintes fois clamé que sa venue à Paris n’était pas de son fait ? Restent Ménez, Jallet, Sakho, Sirigu, Chantôme, Matuidi, Pastore ou Nene. Des mecs talentueux, mais incapables de faire l’unanimité sur le long terme du fait de leur inexpérience ou de leur incapacité à transcender un collectif par la parole. Reste le joueur idoine : Thiago Motta. Un type formé à la Masia, expérimenté, titré et idéalement placé sur le pré. Motta, c’est le point de fixation que voulait Ancelotti. Un joueur sur lequel s’appuyer sur et en dehors du pré. Or, l’international italien passe son temps à l’infirmerie. Même remarque pour Momo Sissoko, un autre joueur sur lequel l’entraîneur aurait aimé s’appuyer. Faute de mieux, Ancelotti est obligé de secouer son groupe. Il se charge de la sale besogne. Il n’a pas le choix. Et ça, il ne sait pas faire. L’Italien n’a jamais eu à se muer en bad cop pour réveiller ses ouailles, car il a toujours pu compter sur des vestiaires qui marchaient en pilotage automatique.


D’ailleurs, une phrase lâchée par le coach est lourde de sens : « Je suis là pour chercher une équipe et nous ne sommes pas une équipe. Nous jouons parfois trop individuellement. » Tout est résumé. Le PSG n’a pas encore trouvé d’équilibre collectif, car le onze change systématiquement. Ça manque clairement de continuité (blessures, méformes, suspensions). Dans ce désert de caractères, personne ne s’est révélé capable de prendre en main l’équipe. Ce n’est pas pour rien que le blase de De Rossi revient avec insistance dans la rubrique mercato. En attendant, Ancelotti se retrouve obligé de faire quelque chose qu’il déteste : pousser une gueulante. Hier, en conférence de presse, l’Italien a demandé à ses joueurs de « prendre leur responsabilité  » . Lui a pris les siennes. Il a haussé le ton. Plus par défaut que par conviction. Cela apportera-t-il des résultats ? Début de réponse ce soir avec une qualification pour les huitièmes de finale de Ligue des champions en poche en cas de bon résultat à Kiev. Au pire, il reste la méthode godasse de football balancée dans la tronche à travers le vestiaire. Ça peut donner de bons résultats parfois.

Par Mathieu Faure
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