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Allemagne-Italie 1970, vraiment le match du siècle ?

L'Allemagne va de nouveau goûter à son poison italien. Peu importe le niveau de la Nazionale, elle reste un cauchemar pour la Mannschaft. D'autant plus qu'elle s'est permis de remporter le « match du siècle » – décrété par un jury de 50 personnalités – lors du Mondial 1970 au Mexique. Depuis, toutes les confrontations rejouent cette guerre des mémoires et en rajoutent dans la saga.

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À tous ceux qui se sont demandé comment la France avait pu laisser filer la victoire à Séville en 1982 contre une Allemagne qui prenait l'eau, une réponse s'impose : l'Italie avait déjà gagné ce match en 1970, contre ces mêmes et diaboliques adversaires, dans des circonstances assez similaires. « Les Allemands, c’étaient nous » , aurait lancé Angelo Domenghini à la sortie du terrain, avec un certain talent divinatoire finalement. Nous voici donc au cœur des merveilleuses contradictions du rapport entre le foot et la mémoire collective qui, comme l'expliquait le sociologue Maurice Halbwachs, « ne conserve pas le passé, mais elle le reconstruit à l'aide des traces matérielles, des rites, des traditions qu'il a laissés, et aussi à l'aide des données psychologiques et sociales récentes, c'est-à-dire avec le présent » .

Plaque commémorative à l'Estadio Azteca


Bref, peu importe la réalité de ce qu'il s'est effectivement passé lors de ces 120 minutes, la trace laissée dans les cœurs et les narrations familiales comme la « Partita del Secolo » , ou le « Jahrhundertspiel » de l'autre coté du Rhin, s'impose en matière de « légitimité » , et un million de vues sur YouTube n'y changeront plus rien. L'Estadio Azteca porte ainsi une plaque commémorative qui résume bien cet enjeu : « El Estadio Azteca rinde homenaje a las selecciones de Italia (4) y Alemania (3) protagonistas en el Mundial de 1970, del "Partido del Siglo" 17 de junio de 1970. » ( « Le stade Azteca rend hommage aux équipes nationales de l'Italie (4) et l'Allemagne (3), qui ont joué pour cette Coupe du monde de la FIFA 1970 le "match​​ du siècle". 17 juin 1970. » ). Un hommage n'est pas un titre ni un trophée. C'est presque plus dur à remporter.

Tout d'abord, visiter ce match patrimonial de l'épopée des Coupes du monde constitue un excellent remède contre la fâcheuse tendance au gallicanisme footballistique, qui pousse toujours à ramener l'histoire du football à nos petits traumatismes nationaux. Hors de nos frontières et de l'Hexagone, il existe des rencontres qui ont infiniment plus illuminé leur temps que le drame de Séville ou le coup de boule de Zidane. Pour nos amis germains en particulier, si 1982 ne se révèle être qu'une demi-finale supplémentaire, gagnée certes un peu plus difficilement que prévu, l'injustice de 1966 (avec son célèbre soviet linesman qui aurait vengé Stalingrad), et surtout ce choc monstrueux contre l'Italie en 1970, ont bien davantage pris leur place dans le panthéon germanique du ballon rond. Preuve que, y compris outre-Rhin, le culte de la victoire sait composer avec un certain romantisme très XIXe.

La renaissance d'une nation


Toutefois, c'est bel et bien dans la Botte que cette journée n'en finit pas d'alimenter la machine mémorielle, au point que les guides touristiques y consacrent parfois un petit encadré pour expliquer le football aux touristes de passage qui risqueraient de penser que ce n'est que du foot. « C'est vraiment un match à part qui signale pour les Italiens une forme de renaissance, détaille l'historien Fabien Archambault. Pour une nation de paysans à l'industrialisation tardive, battre les Allemands indique une revanche et un renversement du rapport de force, sportif et symbolique. » Au point même d'occulter, partiellement, la cinglante défaite en finale contre le Brésil d'un Pelé crépusculaire. Rappelons néanmoins que le retour au pays a été moins anecdotique pour tout le monde. Walter Mandelli, le responsable fédéral de l’équipe, se souvient que des jeunes gens portant parfois des signes maoïstes ont brûlé des effigies « Vive Rivera, Mandelli en prison » , et que sa fille a reçu un coup de poing.


Tous les éléments y étaient rassemblés. Deux grandes équipes, avec déjà leurs petites étoiles sur le maillot, et d'immenses joueurs, un face-à-face dantesque. Une Italie qui règne sur l'Europe avec ses deux Milans, et des Allemands qui ont soif de revanche et de reconnaissance, surtout après avoir écarté en quarts une Angleterre arrogante, qui avait cru le match plié à 2 à 0 (score final 3-2 ap). Malgré, ou peut-être à cause d'une chaleur assommante (Gerd Müller aurait perdu 7 kilos), l'affiche tiendra ses promesses, et cela devant 102 00 spectateurs qui ne regrettent sûrement toujours pas aujourd'hui aucune de leur goutte de sueur.

La télé inventa « les matchs du siècles »


Après un temps réglementaire où les deux formations se sont neutralisées (1-1), la prolongation réinvente un autre match en forme de course contre la montre. Une poursuite infernale dans laquelle la Mannschaft repasse devant avant d'être rejointe sur un but, son seul en sélection, de Tarcisio Burgnich de l'Inter, puis dépassé sur un goal de Luigi Riva, de Cagliari, à la 104e minute, qui crucifie Sepp Meier, le portier – déjà – du Bayern. Gerd Müller doit se dire qu'il réalise le chef-d'œuvre de sa vie quand il égalise six minutes plus tard. Dans les studios, on rembobine tranquillement les bandes pour le ralenti, lorsque Giovanni Rivera profite d'un moment de flottement, et sûrement d'épuisement, pour achever définitivement les espoirs allemands, sous le regard impuissant d'un Franz Beckenbauer le bras en écharpe (une clavicule cassée à la suite d'un choc), resté sur le terrain un peu inutilement, puisque les deux remplacements autorisés ont déjà été effectués. Cette image du Deutsch Held sera souvent employée par la suite pour transformer cette défaite en héroïque résistance et modèle du fair-play qualität.


La dramaturgie est posée. Néanmoins, si ce match peut aujourd'hui se trimbaler une si flatteuse image, il le doit aussi à son époque et à une petite lucarne qui commence à reformater la place du foot dans le disque dur de nos sociétés. Il s'agit en effet d'une des premières rencontres à profiter d'une telle diffusion audiovisuelle, et pour la première fois en couleur, ce qui, sous le soleil mexicain, n'est pas un banal détail visuel. Même en France, éliminée en phase qualificative, 20 des 32 matchs de l'épreuve sont proposés au public, et ceci malgré un décalage horaire pas vraiment entré dans les moeurs. De l'autre côté des Alpes, 18 millions de paires d'yeux contemplent la demi-finale, et leurs oreilles saignent de bonheur en entendant exulter, à deux heures du matin, dans la nuit du 17 au 18 juin 1970, le présentateur Nando Martellini « Riverarretee ! Rivera ancora, quattro a tre ! » puis « Quel match merveilleux, téléspectateurs italiens ! »

Style de jeu en rupture des canons traditionnels


Cette nuit devient mexicaine et embrasse la péninsule. La Gazzetta dello Sport s'émerveille comme devant un succès en finale : « Tous semblaient ivres, mais ils étaient ivres de joie. » Même l'Unita, journal du PCI (Parti communiste italien qui frôle à ce moment les 28% aux élections) s'ébahit, n'hésite pas à attribuer une signification politique à cette communion : « À certains moments, j’ai cru revoir certains aspects de Paris en mai 68, à savoir le même bonheur de se parler en dehors de toute convention, d’être libre en dehors de toute contrainte. » (L’Unità, 23 juin 1970)


Il est vrai que la manière dont la Nazionale a pris le dessus brise bien des clichés et réconcilie une jeunesse italienne avec un football davantage à son image. « Le style de jeu très offensif s'avérait en rupture du catenaccio, explique l'historien Fabien Archambault. La presse proche des communistes assimilait alors ce dernier à la démocratie chrétienne vieillissante. Cette victoire semblait indiquer, même sur le terrain, un changement en cours. » Nando Dalla Chiesa, le fils du célèbre général abattu par la mafia à Palerme, raconte, du haut de ses souvenirs de jeunesse militante, sa joie devant cette « première, merveilleuse constatation que, dans la vie, si l’on est courageux, on peut même gagner » . Guy Debord l'aurait exprimé autrement : « À mesure que la nécessité se trouve socialement rêvée, le rêve devient nécessaire. » Les Italiens seront-ils situationnistes ce samedi soir ?

Par Nicolas Kssis-Martov
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Dans cet article

GhjuvanFilippu Niveau : CFA2
La prolongation est épique, mais le match en tant que tel je l'ai revu il y a quelques années sur You Tube il n'est pas fameux ... La prolongation, Beckembaeur avec le bras en écharpe et le fait d'être dans (avis perso) la plus belle coupe du monde de l'Histoire font que c'est "le match du siècle".
Le match est pas mal, voir très très bon en seconde période.
Overath touche la barre, il y a des polémiques (2 penaltys "oubliés" pour les Allemands dans le match), Libuda qui fout le bordel, Albertosi qui sort le grand jeu et des joueurs de classes mondiale.
Le plus fabuleux c'est que la RFA sortait d'un match épique en quart vs Angleterre, et ils remettent ça trois jours après.
Classic shit
ultimo minuto Niveau : DHR
"Après un temps réglementaire où les deux formations se sont neutralisées (1-1)"

On rappelle d'abord que c'est le défenseur du... Milan Schnellinger qui égalise à... la dernière minute du temps réglementaire d'une rencontre assez moyenne; sans quoi, personne n'aurait parlé de match de légende car la légende, elle ne vient pas de ces premières 90 minutes. Elle vient des prolongations durant lesquelles la fatigue et la chaleur ont fait que tous les schémas tactiques ont sauté; cela a permis 30 minutes de folie avec d'incessants retournements de situation et un suspense haletant jusqu'à la dernière seconde.
Effectivement, à cause de la chaleur et la fatigue, il y a eu pas mal de buts gags dans cette prolongation ...
C'est magnifique cette capacité a toujours tout vouloir rabaissé.
OK, c'est pas le match du siècle car la première heure est banale (et non "moche" comme disent certains).
Alors c'est quoi le match du siècle?
France/RFA? Parce que se faire reprendre 3-1 en dix minutes en étant au-dessus techniquement, c'est pas un gag?
France/Brésil 1986? Parce qu'avoir autant de chatte que les français c'est pas un gag?
RFA/Hongrie 1954? Parce que mené 2-0 en finale de coupe du monde, gâché tout comme l'ont fait les Hongrois avec des occasions en or c'est pas un gag?
"C'est le match du siècle juste pour les 30 minutes de la prolongation" et alors? Liverpool/Milan 2005 ça restera dans les annales pour six minutes de jeu. Tu retires ça, tu retires tout.
Un match c'est un ensemble, un contexte, une histoire.
ultimo minuto Niveau : DHR
"Le match du siècle" est une notion subjective et variable pour tout un chacun. Pour moi, s'il fallait en désigner un, ce serait le Brésil-Italie de 82 car il s'agit de la rencontre qui a le plus émoustillé mes sens de la première à la dernière seconde.
Alain Proviste Niveau : Ligue 1
Message posté par Franz
C'est magnifique cette capacité a toujours tout vouloir rabaissé.
OK, c'est pas le match du siècle car la première heure est banale (et non "moche" comme disent certains).
Alors c'est quoi le match du siècle?
France/RFA? Parce que se faire reprendre 3-1 en dix minutes en étant au-dessus techniquement, c'est pas un gag?
France/Brésil 1986? Parce qu'avoir autant de chatte que les français c'est pas un gag?
RFA/Hongrie 1954? Parce que mené 2-0 en finale de coupe du monde, gâché tout comme l'ont fait les Hongrois avec des occasions en or c'est pas un gag?
"C'est le match du siècle juste pour les 30 minutes de la prolongation" et alors? Liverpool/Milan 2005 ça restera dans les annales pour six minutes de jeu. Tu retires ça, tu retires tout.
Un match c'est un ensemble, un contexte, une histoire.


Pas mieux...
L'idée du match du siècle repose sur plusieurs éléments :
les prolongations relèvent à l'époque de la nouveauté.
Or voir cette innovation accoucher de 30 minutes de folie dans une coupe du monde elle-même remarquable qui plus est à ce stade de la compétition ( demi-finale) a contribuer à forger le mythe.

Et puis Beckenbauer "le visage pâle" avec un bandage tel " Napoléon sur le pont d'Arcole" (dixit l'Equipe Magazine dans le classement des 100 sportifs du XXème siècle) ajoute à la dramaturgie du match.
Le balayage non-sifflé de Bertini sur Seeler, aujourd'hui ça finirait en alerte info sur BFM TV.
Karl-Heinz Schnellinger parlant de ce fameux match:
"Et pourtant, jusqu’à la 90e, c’était un match très moche. Aucune des deux équipes ne voulait prendre de but et elles pensaient seulement à se défendre. C’était vraiment vilain, heureusement qu’il y a eu la prolongation."
Message posté par ZizouGabor
Karl-Heinz Schnellinger parlant de ce fameux match:
"Et pourtant, jusqu’à la 90e, c’était un match très moche. Aucune des deux équipes ne voulait prendre de but et elles pensaient seulement à se défendre. C’était vraiment vilain, heureusement qu’il y a eu la prolongation."


Il peut dire ce qu'il veut, les images parlent d'eux-mêmes.
Tu fais bêtement un copier-coller, mais as-tu vu le match?

Tu sais, Bruno Bellone était au bord du terrain en 1982 à Séville et il a dit "si Didier Six marque, c'est fini" : j'tinvite à revoir le match pour comprendre que les protagonistes peuvent aussi se tromper.
@Franz,

Oui je fais bêtement un copier-coller, tu préfères peut-être que je lui invente des propos pendant qu'on y est ? Le mec était sur le terrain et il le dit lui-même, qu'est ce qu'il te faut de plus ...
J'ai retrouvé le match sur sur youtube:
https://www.youtube.com/watch?v=NwofEKl8VXk
Perso je dirais que les 90 premières minutes sont classiques pour un match de cette époque, rien de fou, 2 blocs équipes sérieux et travailleurs, mais d'accord avec toi pour l'arbitrage pro-italien. Aux gens maintenant de se faire une idée ...
Nous sommes le 20 Janvier 2017 et bien évidemment la FIFA a bloqué la vidéo pour les droits d'auteur ...
1 réponse à ce commentaire.
Ce match fut aussi, voire surtout, le dernier fait d'armes italien avant 1982..
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